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Lázló Krasznahorkai - "Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'e

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Posté par gee wee le 2011-06-23



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Troisième roman a être traduit en France de Lázló Krasznahorkai, après le Tango de Satan (adapté par Belá Tarr au cinéma) et La Mélancolie de la résistance, Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau évoque déjà beaucoup par son titre : l'idée d'un centre circonscrit dans les quatres directions de l'horizon ; une teinte de philosophie initiatique par la présence de ces mêmes points cardinaux et de ce centre non nommé, indéfini, inatteignable peut-être ; stylistiquement un rythme particulier accordé aux mots, quelque chose de fluide, d'étiré.

Nous entrons dans Au nord par une montagne... directement par le second chapitre, comme si nous y glissions, glissions dans un monde qui existe déjà - avant nous, lecteur - et qui existera probablement encore après notre passage. Un monde pourtant fragile qui n'existe que grâce à la littérature qui garantit son intégrité et sa visibilité, qui contient et exprime sa nature. Et ce monde est d'une nature circulaire. Le cercle est infini autant qu'il peut s'effondrer en un point et disparaître. Absolu et fragile.
La matière qui est travaillée dans Au nord par une montagne..., est spatiale et temporelle avant tout. Une écriture de l'espace et du temps qui fait de la boucle son unité. Un mouvement comme un pouls nourrit tout le livre, à l'échelle du chapitre ou de la phrase, et suscite des retours en arrière, des répétitions ; le tout écrit dans une langue magnifiquement fluide (à ce titre, la traduction est exemplaire tant le hongrois est d'une nature liquide) qui nous embarque dans son rythme et dans sa mélodie doucereuse, dans ses ramifications brumeuses nimbées d'une lumière onirique.

Au nord par une montagne... nous conte la quête du petit fils du prince Genji, à la recherche d'un jardin à la beauté et à l'équilibre mythiques. L'occasion pour Lázló Krasznahorkai de rendre un hommage particulièrement sensible à l'art architectural japonais quand cette quête du jardin nous mène dans un monastère déjà hors de l'espace et du temps, un monastère hors norme, un monastère rêvé, figé, suspendu, aux rares traces humaines. Le parcours sur les places, au travers des portes, dans les pavillons du monastère est le lieu d'un discours quasi documentaire sur la conception au soin infini de ces espaces, est comme un labyrinthe kafkaïen aux bords émoussés, adoucis par l'érosion du vent, est l'endroit où s'écrit une mélancolie profonde sur le devenir du monde et des hommes.

Ce livre de Lázló Krasznahorkai révèle le pouvoir qu'il accorde à la littérature, celui de circonscrire le chagrin et de tourner autour pour l'observer sinon le comprendre. Si la beauté nous est perdue, inaccessible - la littérature est là pour la faire émerger par volutes, par touches, par esquisses. La place du mot, la construction des phrases, la structure narrative sont autant de normes qu'elle tord, déplace pour définir d'autres espaces.
Au nord par une montagne... est une démonstration aussi implacable qu'humble que la littérature est un ailleurs. Et c'est absolument prenant.


Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau
Lázló Krasznahorkai

Paru aux Editions Cambourakis
Traduit du Hongrois par Joëlle Dufeuilly


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