Entre 1910 et 1920, le Mexique vit un tournant majeur de son histoire. La terre est la propriété de quelques hommes, et la pauvreté la condition de millions d’autres qui, en ce début de siècle, décident de prendre leur destin en main. Une époque marquée par une instabilité politique et des combats sanglants, dressant un bilan noir de ces années de luttes, mais porteur également d’un avenir à écrire pour les Mexicains.
Jesùs Silva Herzog n’a certes pas été un acteur de ce qui est la plus grande révolution mexicaine du 20ème siècle, mais il en a été l’un des témoin attentif, ainsi qu’un fidèle serviteur de la reconstruction de son pays. Ce livre, écrit dans les années 40, est un manuel d’introduction parfait pour comprendre à la fois cet événement majeur, et la situation du Mexique aujourd’hui. Les raisons de son succès : un récit alliant textes d’époque et style narratif presque romanesque, qui en permettent une lecture aisée. La qualité du témoignage est également un atout majeur : une analyse historique réalisée quelques années après les événements, fournissant à la fois le point de vue subjectif du jeune homme ayant vécu ces événements et le recul objectif de l’homme qu’il devint par la suite. Et pour ne rien gâcher l’édition proposée par Lux est augmentée de quelques textes d’origines supplémentaires, ainsi que d’une filmographie liée à ce sujet passionnant.
Consacrant un premier chapitre à la question des propriétés foncières (cause majeure de la révolution de 1910), il termine son ouvrage en 1917, à la promulgation de la constitution. Entre temps, la révolution conduit Maderos au pouvoir (1911). Mais son gouvernement est trop utopiste et ne prend pas en compte les réalités d’un peuple qui meurt de faim. La guerre civile éclate, provoquant des luttes intestines entre les acteurs même de la révolution, de Zapata à Obregon. Celles-ci finissent d’assombrir la victoire de la révolution. Une histoire en demi teinte, marquée par des conflits récurrents dans les années 20,30 et 40, mais que Jesus Sylvia Herzog décide volontairement de « raccourcir », pour ne garder que les années de construction héroïque de sa nation.
Homme de gauche, son livre est à voir comme le récit véritable d’une révolution glorieuse, mais ne doit pas être pris pour un livre exhaustif sur la Révolution Mexicaine. Il garde cependant une valeur historique et un attrait littéraire bienvenus, nous plongeant dans un roman épique et historique de grande qualité.