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Jean-Michel Guenassia - "La vie rêvée d'Ernesto G."

France
Posté par Julien Cassefieres le 2012-09-17



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Une exaltante histoire, aussi séduisante soit-elle, ne révèle pas automatiquement un roman passionnant. A ce titre, "La vie rêvée d’Ernesto G." est un parfait exemple.

Jean-Michel Guenassia, déjà auteur d’un premier roman prometteur, "Le Club des incorrigibles optimistes", signe le récit d’un homme esquivant les foudres du siècle et l’ironie des hommes mais qui conservera fidèlement l’empreinte des lieux traversés. L’histoire du XXe siècle à travers les événements survenus sur le Vieux Continent s’avère (malheureusement) être riche en tragédie humaine. Le héros de son roman, né à Prague au début du siècle, rejoint rapidement Paris afin de poursuivre ses études de médecine. La vie nocturne de la capitale dans ces années encore folles happera les restes d’innocence du jeune homme. L’art du tango lui assurera l’élégance nécessaire pour séduire la gent féminine. Cet hédonisme prononcé le détournera des passions politiques et de ses rêves de jeunesse. Il renoncera ainsi à partir se battre au sein des Brigades Internationales pour la défense de l’Espagne Républicaine.
Promu à Alger dans un laboratoire de biologie, il s’épanouira véritablement dans cette ville où les classes sociales européennes se mélangent à l’abri du soleil et de la Méditerranée. (Pour l’anecdote, il fréquentera notamment un acteur jouant dans une compagnie de théâtre dont les traits se confondent avec ceux d’Albert Camus). L’avènement de la Seconde guerre mondiale viendra subitement tarir son bonheur. Il fuira les rafles des policiers de la France de Vichy et assurera sa survie dans un endroit reculé de ce vaste pays qu’est l’Algérie. Son amour en exil et ses amitiés passées ne résisteront pas à la force du temps.
Le récit ne manque pas d’attrait malheureusement le texte pèche par la simplicité d’écriture de l’auteur. Le manque d’épaisseur des personnages, la pénible transcription de leurs sentiments constituent une limite certaine à la qualité du roman et à sa puissance narrative. A notre grand regret, l’auteur a gardé la plume qui fonctionnait à merveille pour un enfant à la découverte de Paris ("Le Club des incorrigibles optimistes") mais qui se révèle insuffisante pour mentionner les aléas de personnes adultes.

La seconde partie du livre diffère quelque peu. Joseph Kaplan retourne en Tchécoslovaquie et se trouve confronté à l’oppression insinue d’un pouvoir sous tutelle soviétique démasquant sans relâche les pseudos « ennemis de la révolution ». Médecin de formation, il sera amené à soigner Ernesto Guevara dans la plus stricte confidentialité. L’histoire d’amour qui naitra entre le héros de la Révolution cubaine et sa fille assurera au récit une accélération du rythme lui permettant de trouver un certain souffle romanesque. Le final, émouvant, parfera ce sentiment. Cette uchrononie dans la vie du Che n’est pas totalement factice. En effet, ce dernier a réellement passé quelque temps en Tchécoslovaquie avant de perdre la vie dans l’ultime combat qu’il mena au sein de la guérilla en Bolivie. Il est notable d’observer également l’apparition de personnages déjà présents dans le premier roman de l’auteur.

Ainsi, un gout d’inachevé nous parcourt à la fin du récit. Jean-Michel Guenassia, auréolé du succès de son précédent livre, a peut être cédé à une facilité dommageable pour la qualité de son nouveau roman.


La vie rêvée d'Ernesto G.
un roman de Jean-Michel Guenassia,
paru aux éditions Albin Michel





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Commentaires
De : Laude

Ce livre, que j'ai dévoré pendant un week-end, ne m'a pas laissé "un gout d’inachevé". Je trouve votre jugement "Le récit ne manque pas d’attrait" assez étonnant ! Il faudrait définir ce qu'est l'attrait pour vous ! Moi j'ai voyagé avec des personnages attachants qui sont embarqués dans le cours de l'histoire et de leurs propres coeurs, qui font des choix ou subissent ceux des autres ... Je ne suis pas du tout d'accord avec votre critique, Jean-Michel Guenassia n'est pas Victor Hugo certes, mais en tant que lectrice il m'a donné du bonheur !!

De : Rosie

Moi aussi, je ne partage pas votre analyse. J'ai adoré ce roman. J'ai regretté de le finir. Aucun autre livre, cette année, ne m'a à ce point passionné et bouleversé. Comme dans son roman précédent, j'y ai trouvé réfléxion, profondeur et humour, et aussi un style d'une grande musicalité et d'une fluidité rare. Un roman magnifique

De : Hubert

Je confirme : livre passionnant bien éloigné de la critique faite ci dessus

De : AIMER

J'ai lu "le club des incorrigible optimistes" j'ai adoré. L'écriture est comme
une personne avec qui l'ont fait la conversation. Un pur bonheur de
lecture.
Je vais m'empresser de lire le prochain, après un petit moment de "repos"
pour me sortir de cette histoire formidable.................
A lire sans modération...........


De : Alain 34790

votre critique est sévère, voie un peu injuste, mais je la comprend. J'ai pris un tel plaisir à la lecture du "club" que j'avais un certaine appréhension, et j'ai cru ressentir aussi une petite déception; c'est qu'il est difficile après le "club" d'écrire un nouveau roman, qui soit aussi riche; et qu'il est difficile pour le lecteur de ne pas retrouver le charme.
Pourtant il s'agit quand même d'un très beau roman, riche, et plus structuré.
Allez, les allusions dans celui-ci au "club" laissent à penser que nous en aurons un autre... à suivre

De : michel

Je ne suis pas d'accord avec cette critique (et ne semble pas être le seul). J'ai même préféré ce roman au "Club", je l'ai trouvé plus riche, plus profond, plus désenchanté aussi bien-sûr.
C'est toujours un grand défi de surfer sur la vague d'un premier succès sans décevoir; le pari est remporté haut la main.
Un très bon moment de lecture que je conseille à tous.

De : Michèle

Pas d'accord non plus avec la critique ; ce livre est passionnant, les personnages sont attachants et les allusions au "Club" donnent envie de le relire.
On a envie d'interroger ses parents et grands parents sur le siècle passé, de découvrir Alger, Prague, la musique argentine, relire ses cours d'histoire sur la guerre froide, Kafka, Camus, ... une véritable invitation !
J'ai adoré ce livre et comme Michel, je le conseille à tous !
Vivement le prochain !

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