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Jean Gourounas - "Avis de tempête" (6-8 ans)

La jeunesse
Posté par Emily Relingher le 2010-02-01



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Chez les enfants, il y a deux catégories de baigneurs : ceux qui détestent se laver et qui épuisent toutes les ruses possibles pour échapper au bain ou à la douche. Généralement, il faut leur courir après pendant des heures et les mettre de force sous l’eau pour venir à bout de la crasse accumulée toutes les fois où ils ont fait semblant de se laver. Puis il y a ceux qui raffolent de l’eau et qu’on ne peut plus déloger de la salle de bain, au grand désespoir des autres occupants de la maisonnée.

Comme son titre ne l’indique pas, Avis de tempête nous dresse un portrait comique des barboteurs de la seconde catégorie. Mais pas n’importe lesquels. Pas ceux qui font simplement "plouf" dans l’eau chaude et jouent gentiment avec les bulles. Non, là, on parle des purs et durs, ceux de la trempe de Loïc, le spéléologue du siphon.

Ici, l’Indiana Jones de la baignoire se présente sous la forme d’un petit bout de chou candide qui prend tout simplement l’heureuse initiative d’aller se laver. Le fait est assez rare pour être applaudi des deux mains. Une fois dans la baignoire, Loïc obéit benoîtement aux injonctions maternelles en s’astiquant comme il se doit. Et puis, c’est le drame, comme ils disent au journal de 20h. Car, petit à petit, l’enfant bascule et glisse lentement dans les joies de l’exploration exhaustive de tous les délires possibles (mais pas toujours permis) qu’offre le bain.

Ça commence en toute modestie avec un record du monde d’apnée dûment félicité par maman. Jusque là, rien d’anormal. Et puis, rapidement, c’est la guerre, sous forme de bataille navale de savon. Un 747 sombre en cours de route et un terrible typhon-douche s’abat sur la zone sinistrée. La fonte des glaces et la montée des eaux à l’échelon  autant planétaire que personnel noient l’humanité et, accessoirement, inondent le sol de la salle de bain. Puis un tsunami de bain moussant annonce la fin du monde et surtout, la fin de la salle du bain, lorsque le voisin du dessous débarque pour cause de dégâts des eaux, merci Loïc.

Alors évidemment, d’un point de vue strictement littéraire, les aventures à la fois banales et dantesques de Loïc pourraient être considérées comme un avis de tempête dans un verre d’eau. La narration y est extrêmement simple. Aucune leçon à tirer, si ce n’est les risques extravagants et tragi-comiques des joies excessives d’un bain prolongé lorsque l’enfant se prend pour Dieu. Cependant, la construction du récit suit l’imagination enfantine dans une sorte d’esprit d’escalier avec une justesse plutôt jouissive. Et le délire du protagoniste y est assorti d’un humour décalé franchement cocasse. Notamment lorsque Loïc exhorte sa mère à ne pas entrer dans le champ de bataille aquatique qu’est devenue la salle de bain sous prétexte qu’il y est tout nu. Le graphisme des dessins y est à la fois simple, efficace et drôle. Le petit Loïc se résume quasiment à un rond rose avec un rond noir ovoïde en guise de bouche et trois fils de fer pour tignasse. Une baignoire blanche. Un fond bleu. Et puis c’est tout. Mais ça suffit. Et surtout : ça marche.

Donc, si vous avez envie de faire découvrir les joies du bain à votre enfant récalcitrant, de mettre un frein aux jeux de son cousin trop enthousiaste ou de vous remémorer vos propres délires, on vous encourage à le lire, pour le plaisir, tout simplement.





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