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Isabel Kreitz - "L'espion de Staline"

La BD
Posté par Hectorvadair le 2010-05-17



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La collection "Ecritures" compte aujourd'hui une soixantaine de titres et force est de constater que la plupart ont permis de découvrir un certain nombre d'histoires d'auteurs étrangers bien souvent remarquables. *
 
C'est le cas à nouveau de cet "Espion" d'une auteure allemande dont c'est la première publication française.
Née en 1967, Isabel Kreitz a débuté ses études à l'école supérieure dArts graphiques d'Hambourg, les poursuivant à la Parsons School of design de New-York. Bien que l'idée d'adapter cet épisode méconnu de la seconde guerre mondiale ait été lancée par le dessinateur allemand Jürgen Seebeck, spécialisé dans les relations asie-allemagne, Isabel Kreitz a su relever magnifiquement le défi.
 
Au long de 244 pages (plus 10 d'appendice documentaire), l'auteure nous décrit l'ambiance feutrée de l'ambassade d'Allemagne à Tokyo durant l'année 1941 à la veille de l'engagement des troupes russes. En effet, d'abord émigrée à Shangai en 1930 pour suivre son mari en recherche d'emploi, c'est là que Eta Harich-Sneider, la narratrice, fait la connaissance de Richard Sorge faisant partie du groupe communiste de son mari. En 1932, l'invasion de la Mandchourie par les troupes Japonaises pousse néanmoins celui-ci à rejoindre le Japon. La famille Hari-Schneider rentrant elle en Allemagne un an plus tard. La seconde guerre mondiale éclate ensuite, et Eta débarque àTokyo en 1941 sous le prétexte d'une série de concerts, puisqu'elle est devenue pianiste renommée. Elle est accueillie par la famille Ott, ambassadeurs allemands à Tokyo, où elle retrouve Mr Sorge, hebergé lui aussi à l'ambassade, avec un nouveau statut de journaliste au "Frankfuer Zeitung". En fait, Sorge, d'origine russe bien que complètement intégré au sein de l'administration allemande et ayant toute confiance de l'autorité nazie présente continue à informer la russie via son réseau communiste (allemand et japonais). Eta Herich et lui vont avoir une liaison...
 
...Raconter l'histoire réelle d'un espion aujourd'hui en noir et blanc sur plus de 200 pages pourrait relever de la gageure. C'est sans compter sans le trait réaliste d'Isabel Kreitz, dont le travail au crayon surprend par sa minutie. En dehors d'une belle recherche documentaire qui fait de son scénario une base très solide, les détails anatomiques et sur les décors sont aussi remarquables. On pourrait y voir une rigueur toute germanique si tous les auteurs allemands procédaient de même, mais ce n'est pas le cas. Les études de l'auteure en sont certainement d'avantage responsables.



Page 58 : l'ambiance très cosi de l'ambassade.
 
Il n'empêche qu'arriver à traiter tout un récit avec une telle qualité de dessin, tout en restant fluide et en évitant les poses théâtrales que l'on peut remarquer parfois dans ce genre d'exercice est un exploit.
 
La narration et le suspens sont aussi maîtrisés, et les "chapitres" sont entrecoupés très agréablement de témoignages des principaux protagonistes, réalisés dans un temps proche de notre époque. Sur une page, des vieillards nous livrent leurs impression souvenirs sur le récit en cours.
 
Si on ne peut s'empêcher à la lecture de ce très bon roman graphique de penser à un film comme "L'espion venu du froid" (John le Carré et adaptation au cinéma de Martin Ritt, 1965), ou à d'autres références comme « la Chute », (film d'Olivier Hirschbiegel) plus simplement « le Lotus bleu » (Hergé) pour son aspect relation politiques entre forces en présence; celui-ci a en plus le mérite de nous montrer une autre vision de l'allemagne, une sorte de résistance à l'idéologie nazie alors omniprésente, comme a pu le proposer sous une autre forme Berlin de Jason Lutès. Ce n'est pas un de ses moindre atouts.
 
Isabel Kreitz est l'auteure d'une poignée d'autres albums, voici sa biblio.

(*) Taniguchi avec "Quartier lointain", Chester Brown (Louis Riel)..., Ben Katchor (après Amok), Craig Thompson...etc, même si on pourra lui reprocher cette maquette sobre et uniforme qui ne rend pas justice à la plupart des couvertures originales.

L'espion de Staline
Isabel Kreitz
Casterman, Dec 2009


 
Page 164 : un beau début de scène nerveuse dans les rues de Tokyo.




Retrouvez Hectorvadair sur le blog du même nom




 




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