"Grand-père glissait bien. Peut-être est-ce pour cela que je l'aimais", voici ce qu'on lit sur la 4ème de couverture de
L'homme de paille, avec le dessin d'un petit garçon qui, vraisemblablement, fait de la luge
avec son grand-père. Humour noir se dit-on, François Morel tout ça. Mais voilà,
L'homme de paille est un album pour enfants, son format, sa mise en page, puis l'éditeur ne trompe pas, c'est Gallimard jeunesse. Et du coup, ce petit livre noir et destabilisant prend une ampleur encore plus forte, du fait même qu'il soit destiné aux enfants. Ca devient quelque chose d'extrêmement subversif dans le rapport de l'éducation et de la culture à la morale et à la norme. Ce livre fait émerger à mon sens une très puissante beauté morbide dont on ne saurait dire qu'elle ne convoque à rien d'humain. Au contraire, la simplicité du texte, son naturel, en font une fable sur la vie, le bonheur, l'éternité, la mort... où tout est condensé et s'agence logiquement dans l'histoire du héros, sans désir de choquer, sans rien de surfait. Ce petit bouquin a à mon sens compris quelque chose de fort du monde de l'enfant où tout est encore entremêlé, indistinct, où aucun sens n'est encore arrêté, où l'effrayant a encore la chance de devenir beau.