Le Death Dealer a encore frappé. Et pour le coup, il a frappé fort, tuant le père qui l'avait extrait des limbes de l'Enfer, son tireur de portrait officiel, son paparazzo préféré, Frank Frazetta. Et tous les ghoules, barbares et démons de la création de marquer une minute de silence sur le champs de bataille.
Né en 1928 à New-York, ce Babel des Temps Modernes dont le bruit et la fureur courent en sous-main sur l'ensemble de son oeuvre, Frazetta débute sa carrière en 1944 comme simple illustrateur de comics, assistant ici de Al Capp (créateur du génial Li'l Abner), là d'Harvey Kurtzman (fondateur de l'historique Mad). Un apprentissage placé sous le signe de la satire et du trait exagéré, deux aspects dont Frazetta fera ses choux gras tout au long de sa carrière, mariant avec un bonheur rare hyperréalisme et fantaisie la plus débridée. À la même époque, Frazetta se frotte au macabre via des piges pour les fameux E.C. Comics, référence absolu du neuvième art tendance horrifique, où son trait s'épanouit dans l'expression de la peur et de l'angoisse. Passant de studio en studio, Frazetta tâte de tous les genres en vogue, de la science fiction (Buck Rogers) au western, mais c'est bien la caricature qui le fera repérer par Hollywood, plus précisément un portrait de Ringo Star paru dans Mad qui vient taper dans l'oeil de United Artists. S'en suit une carrière d'illustrateur pur et dur qui le voit abandonner les comics pour se consacrer à l'art de l'affiche cinéma (The Gauntlet de Clint Eastwood, What's New Pussycat de Clive Donner, Le Bal des Vampires de Roman Polanski...), mais aussi (et surtout) à celui de l'illustration de livres, couverture et intérieur compris.
Deux personnages romanesques en particulier retiennent son talent, Conan Le Barbare et Tarzan. Deux personnages indissociables depuis de la représentation qu'en donne Frazetta (John Milius ne s'y trompa pas, utilisant en visuel de son Conan celui de Frazetta). Deux héros légendaires qui, par la grâce de véritables tableaux ultra dynamiques, s'extirpent du carcan des mots pour toucher à l'inconscient collectif. On s'amusera toujours de savoir que Frazetta ne lut aucun des livres qu'il illustra, se bornant à sa vision fantasmagorique et ne collant quasiment jamais à l'intrigue proposée. Un aveu narquois, le bougre précisant que personne ne s'en était jamais plaint. Et peut-être aussi une des raisons précises faisant que ses illustrations s'échappèrent des livres les emprisonnant tels des images-clés signifiantes par elles-mêmes, scènes primales résumant en un plan l'essence dont les héros sont faits.
Avare en albums conçus par ses soins, Frazetta est un cas atypique. Toujours au service de l'autre, son trait est si caractéristique que l'autre s'en retrouve souvent phagocyté (le cas Conan en atteste, pesant tout simplement sur l'ensemble de la production d'Heroïc Fantasy des 40 dernières années). Illustrateur de la marge, Frazetta a réussi à s'imposer là où d'autres se prévalent de leur génie intrinsèque. Il ne se laissa vraiment mettre en avant qu'une seule fois. C'était à l'occasion du film d'animation de Ralph Bakshi, Fire & Ice, qu'il coproduisit et dont il signa le character design. Le film fut un échec. Le seul véritable d'une carrière bien remplie. Alors le Death Dealer a certes fait son boulot, mais là, c'était franchement un sale boulot. R.I.P. Frank Frazetta.
trailer du documentaire Frank Frazetta : Painting with Fire
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment Insérer un commentaire :