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Florent Chavouet - "Manabé Shima"
La BD
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L’an dernier, au moment de saluer son excellent Tokyo Sanpo, nous nous réjouissions à l’avance que Florent Chavouet remette le couvert d’un carnet de voyages au Japon. Au moment de commencer à feuilleter Manabé Shima, on ne peut néanmoins s’empêcher d’être gagné par une petite appréhension : et si le fameux charme de la première fois n’opérait plus ? et si le mode opératoire assez identique (des petites scènes de vie nippone croquées sur le vif) virait déjà au procédé ?... Ecueil évité haut la main ! D’abord parce que l’humour ravageur de Florent Chavouet fait toujours mouche, son art des petites digressions en coin de case aussi (quelque chose nous dit que la coccinelle de Gotlib pourrait bien avoir été une féconde source d’inspiration…), son dessin a encore gagné en richesse, nous offrant quelques pages visuellement vraiment splendides (la 131, parmi d’autres). Mais surtout parce que, Manabé Shima, c’est la même chose que Tokyo Sanpo mais ça n’a rien à voir ! ![]() Certes, les deux livres nous parlent du même pays mais le Japon de Manabé Shima (minuscule île de la mer intérieure du Japon, au large d’Osaka, peuplée de moins de 500 habitants) n’a pas grand-chose à voir avec celui de la mégapole souvent frénétique qu’est Tokyo. Manabé Shima, c’est vraiment le Japon qui prend son temps, plus méridional, où les notions de compétitivité semblent ne pas avoir encore accosté. Ça tombe bien, Florent Chavouet n’est pas pressé non plus, qui choisit cette île pour une villégiature estivale de deux mois, qui lui laissent cette fois largement le temps de faire le tour des lieux et surtout d’en connaître tous les habitants, le moindre chat errant, le plus petit crabe se baladant sur la plage. Tokyo Sanpo était le regard amusé, intrigué, souvent interloqué d’un étranger dans un pays totalement inconnu ; Manabé Shima est la description du fonctionnement d’une petite communauté à moitié autarcique par un témoin qui finit rapidement par en faire aussi plus ou moins partie. Depuis son premier livre, Chavouet a appris suffisamment de rudiments de japonais pour lui permettre de communiquer a minima avec ses voisins et, sans trop avoir l’air d'y toucher, nous raconter aussi la disparition progressive d’un mode de vie japonais rural, en osmose total avec la nature, osmose inévitablement moins présente dans les grandes villes (même si on sait le lien souvent animiste que les Japonais conservent avec la nature, qui n’a rien à voir avec le nôtre, infiniment plus utilitariste). Si l’on goûte le cinéma japonais, on retrouve alors quelques échos de ces films japonais qui s’éloignent des grands centres urbains, comme L’Anguille (Shohei Imamura), Maborosi (Hirokazu Kore-eda), L’Eté de Kikujiro (Takeshi Kitano), Les Feux d’Himatsuri (Mitsuo Yanagimachi), voire même L’Ile nue (Kaneto Shindo), en remontant plus loin dans le temps. On y apprend aussi plein de choses sur la faune abondante de ces petites îles et son lexique vous permettra de briller en commandant désormais vos sushis, sashimis et autres makis (enfin, assurez-vous à l’avance que le personnel de votre restaurant "japonais" préféré comprend bien la langue de Kawabata, ce qui est assez peu souvent le cas, dans nos contrées…). Pour peu qu’on soit prêt à avaler des trucs un peu bizarres et surtout à boire des quantités d’alcool déraisonnables (condition sine qua non pour vraiment "faire partie de la famille" des insulaires locaux), on a même drôlement envie, nous aussi, de partir quelques temps à Manabé Shima, goûter au farniente à la japonaise… Retrouvez d'autres articles sur Florent Chavouet : Florent Chavouet – "Tokyo Sanpo"
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