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Femmes battues, Femmes humilées : la Bande Dessinée se mobilise contre la violence faite aux Femmes

La BD
Posté par David Donnat le 2010-06-23



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Inès / scénario de Loïc Dauvillier, dessins de Jérôme D’Aviau. Drugstore
A la folie / scénario de Sylvain Ricard, dessins de James. Futuropolis
En chemin elle rencontre… / collectif dirigée par Marie Moinard. Des Ronds dans l’O / Amnesty International

Qui a dit que la bande dessinée devait rester à sa place au milieu des petits mickeys, des grosses épées, des dragons cracheurs de cendres et d’improbables justiciers-milliardaires ? Qui a dit que la bande dessinée ne pouvait s’emparer d’un débat de société pour en proposer un point de vue, faire passer un message ? Bref qui a dit que la bande dessinée ne pouvait s’engager ? Certainement pas eux. Eux ce sont les auteurs d’Inès (Loic Dauvillier et Jérôme D’Aviau), de A la folie (Sylvain Ricard et James) et du collectif En Chemin elle rencontre (Marie Moinard, éditrice et instigatrice du projet).  Ces trois albums parus en 2009 (mars et septembre) traitent de la violence faite aux femmes, pas seulement celle de l’intimité conjugale, mais également la quotidienne, la subtile, la normée, voire même la festive, celle des « gentilles » chansons paillardes des banquets un peu arrosés.
 

Pour évoquer ce sujet, chacun a adopté son propre point du vue. En Chemin elle rencontre multiplie les histoires, témoignages, planches uniques et dessins. Signés par plusieurs grands auteurs de diverses branches et époque du 9e art (Caza, Emmanuel Lepage, Christian Durieux, Kris, Turk, Corbeyran…), ils dénoncent une culture commune de la violence, symbolique ou non. En point d’orgue de l’album, le témoignage troublant de Marie Moinard elle-même, à la fois troublant et d’une profonde simplicité. Elle montre la banalisation de la violence, la surprise d’y être confronté, la profonde tristesse également et la honte surtout. Ici, une mise en scène simple, les yeux dans les yeux, des mots et des images qui frappent au cœur, qui dérangent.

Déranger, c’est justement le principe d’Inès de Loic Dauvillier et Jérôme D’Aviau. Cet album est un fuite vers le drame, un album d’une violence symbolique rare, un crachat au visage de la société... Dans un dessin aux lignes sans fioritures et à l’aide d’un découpage efficace, rapide, sans concession, Inès raconte une journée de la vie d’une femme maltraitée. Une femme anonyme, seule au milieu de la ville, enfermée dans un huis-clos psychologique de violence quotidienne. On ne trouve plus aucune pointe d’amour dans cette vie, juste du mépris et des insultes, juste de la cruauté et des humiliations. Et pourtant, elle ne peut pas franchir la porte de sa prison, incapable de partir malgré sa fille. Inès dénonce aussi les lâchetés ordinaires de l’autre, des voisins se contentant de se poser des questions, des amis qui voient et ne font rien. Et en filigrane, cette question, dérangeante forcement : et si j’étais à leur place ?
 

Dans A la folie, Sylvain Ricard signe un scénario tout aussi puissant mais adoptant un rythme bien moins soutenu. Cet album raconte l’histoire d’un couple, de leur rencontre jusqu’au moment où... Si dans Inès, Loïc Dauvillier utilise l’anonymat pour donner une portée universelle à son histoire, ici c’est le style semi-réaliste semi-anthropomorphique de James qui joue ce rôle. Ce trait, habituellement réservé aux bd plus humoristiques, surprend et créé une atmosphère particulièrement décalée. Symboliquement, les humains ont des masques et sous ces masques on ne trouve personne… ou tout le monde ! Adoptant tour à tour le point de vue de chacun par un habile effet de transition – les deux personnages témoignent sur un divan face caméra – cet album décortique le processus de violence ordinaire : la soumission et l’isolement, le refus ou l’absence d’aides, la lâcheté des uns, les valeurs des autres (je pense en particulier à cette discussion d’un autre temps entre la femme et sa mère) et malgré tout cela, aussi incroyable que cela puisse paraître, l’amour toujours présent… Que dire ? Que faire ? Pas grand-chose à part tenter d’ouvrir les yeux. Une conclusion qui laisse un goût bien amer, un goût d’impuissance. Imperceptiblement, Inès et A la folie se rejoignent dans cette conclusion, le premier devenant l’aboutissement presque logique, mais tout aussi horrible, du second.
 

Lâcheté, isolement, soumission, trois mots qui résonnent dans ces trois albums pourtant très différents dans le fond et dans le traitement du sujet. Des albums courageux qui apportent chacun une pierre à l’édifice de la dénonciation d’un fait pourtant connu de tous (on peut toutefois se poser la question) : la violence quotidienne et ordinaire nous touchant tous et partout. Trois gouttes d’eau certes, mais tout de même importante. Des albums à la fois dérangeant et indispensable.


David (http://iddbd.canalblog.com)
 




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