Un Atlas au format poche, qui en 80 pages bien condensées retrace la naissance des mafias et leurs évolutions. On pourrait penser que l’outil n’est pas indispensable, sans doute un peu superficiel. Erreur. La synthèse réalisée par Marie Anne Matard-Bonucci et Fabrizio Maccaglia est remarquablement précise, et la mise en page permet une compréhension claire des nébuleuses impliquées.
L’approche didactique vient sans doute de la fonction même des co-auteurs de cet ouvrage, l’un maître de conférence en géographie, spécialiste des politiques urbaines en Sicile, l’autre, chercheuse au CRHIPA (Centre de recherche en histoire et histoire de l’art en Italie). Le cartographe Alexandre Nicolas a également réalisé un travail de simplification extrêmement réussi, qui permet une illustration éclairante sur un sujet on ne peut plus complexe.
La mafia apparaît en 1865 en Sicile, et désigne alors une organisation criminelle bien précise. Le terme est repris par la suite puis détourné, pour désigner plus largement toutes les organisations impliquées dans un trafic, qu’elles soient nationales ou transnationales. On s’aperçoit alors que la réalité des mafias n’a plus grand chose à voir avec les origines. Au cœur du mythe, des systèmes extrêmement bien pensés, souvent en « pieuvre », qui permettent à ses membres d’infiltrer efficacement et durablement des circuits traditionnels : l’interpénétration entre illégalité et légalité rendant leur étude d’autant plus difficile.
Atlas à la fois historique et géographique, il retrace les différents courants : mafias italiennes, russes, chinoises, japonaise et bien sûr américaine. Il permet également une recherche en fonction de « l’objet » de la criminalité : stupéfiant, traite humaine, contrebande, blanchiment d’argent… On comprend surtout que tout n’est pas aussi bien défini, et que ces objets se recoupent et s’alimentent constamment, profitant des failles du système Etatique et de la croissance économique internationale.
Loin d’être manichéen, ce petit livre de poche met également en avant certaines situations paradoxales ou ambiguës, comme celle de Pablo Escobar, l’un des plus grands trafiquant de cocaïne du 20ème siècle, également figure emblématique de la modernisation de son pays pour beaucoup de Colombiens.
Un livre à feuilleter pour tous les aficionados des films de gangster, et pour les justiciers humanistes en quête de compréhension.