
|
Entretien avec Gilles Bachelet, auteur jeunesse (mais pas seulement...)
Autres (entretiens, etc)
|
![]() ![]() |
|
Récemment, Culturopoing vous parlait des bestiaires délirants de l’auteur pour jeunesse Gilles Bachelet. Nous complétons aujourd’hui le tour d’horizon de cette œuvre singulière avec un long entretien, pour lequel nous remercions chaleureusement Gilles Bachelet. Quand vous étiez plus jeune, vous vous destiniez à quoi ? Je voulais être vétérinaire. J’ai même passé un bac scientifique. Un métier qui avait à voir avec les animaux, donc… Oui, voilà, le lien est là. Et puis finalement j’ai commencé par faire la fac d’arts plastiques. Comme on était en pleine période post-68, c’était tout récent. Les cours étaient répartis dans des universités différentes. Par la suite, l’enseignement a été centralisé mais, à l’époque, on avait sept lieux de cours dans Paris. Et puis, on ne faisait pas de pratique, l’enseignement y était très théorique. Moi, ce qui m’intéressait, c’était d’apprendre des techniques, la gravure, la peinture, des choses comme ça. Donc j’ai passé le concours des Arts Déco. J’ai été admis au bout de la deuxième fois. Vous avez très vite commencé à travailler. C’est-à-dire que j’ai eu l’opportunité d’aller travailler en Iran pendant que j’étais aux Arts Déco. Donc j’ai raté une année d’étude et je suis parti à Téhéran, dans un bureau d’études français, pendant 7 mois. C’était une boîte d’ingénieur qui faisait du graphisme d’entreprise. Ça faisait des années que je faisais des petits boulots pour eux pendant les vacances. Ils avaient une mission là-bas, je me suis porté candidat. C’était juste avant la chute du Shah d’Iran. Après, vous êtes donc retourné aux Arts Déco. Oui, j’ai repris brièvement. C’est là que j’ai commencé à démarcher, grâce à des conseils de certains de mes profs, qui m’ont très gentiment ouvert leurs carnets d’adresse. Et ça a marché tout de suite, très vite. Surtout en presse. En illustration. Vous avez un rapport aux animaux assez fort. Vous avez commencé tôt dans ce domaine. Au début, je travaillais dans un domaine généraliste, à la commande. Mais effectivement, j’avais des sujets de prédilection et on m’a assez vite demandé de dessiner des animaux. J’ai travaillé pour des magazines pendant une vingtaine d’années. Vous avez développé rapidement cette espèce d’humour surréaliste décalé ? Autant que ce genre de travail le permettait. Quand on fait des travaux de commande, on n’est pas l’initiateur du sujet à illustrer. J’essayais d’introduire un petit peu de décalage, même à travers des choses un peu sérieuses. J’ai travaillé pour Marie-Claire pendant très longtemps. J’illustrais essentiellement des sujets de société. Donc, j’essayais d’y mettre un peu de moi-même, avec quelques petits détails drôles. Mais ça laissait tout de même une place un peu mince pour l’expression personnelle. ![]() Comment avez-vous eu l’idée de revisiter les contes de fées avec des autruches ? Je bloquais sur un projet que je n’arrivais pas à mettre au point. Je gribouillais des dessins sur un carnet de croquis, comme je le fais souvent dans ces cas-là. Il y avait un titre qui m’amusait, c’était "Boucle d’Or et les trois autruches". Il n’y avait pas d’intention particulière. Mon projet ne se débloquait pas. Je me suis dit : je vais voir si ça peut se débloquer sur d’autres contes comme ça, et puis… je me suis retrouvé avec toute une liste de pastiches d’illustrations de contes. Ah oui, ça a l’air simple vu comme ça ! C’est effectivement comme ça que ça se passe. Parce que pour Mon chat le plus bête du monde, ça s’est plus ou moins passé comme ça. Je notais au départ des petites choses sur mon vrai chat, qui est très gros et très bête. En même temps, je dessinais des petits éléphants et les deux idées se sont télescopées. Et Le Singe à Buffon ? Au départ, c’était un vieux projet qui traînait dans un tiroir depuis longtemps, mais pas sous cette forme-là. Et puis, entre temps, j’ai eu un petit garçon qui est grand maintenant. J’ai fait le rapprochement entre les bêtises que faisaient mon fils et ce "singe à Buffon". Au départ, c’était une idée qui n’avait rien à voir. Buffon a réellement eu un singe. C’est une réalité historique. Je voulais faire une histoire autour de ce singe qui, au contact des humains, était devenu alcoolique. Donc je l’ai ressortie et je l’ai transformée. C’est devenu l’histoire des bêtises que peuvent faire tous les enfants, avec l’idée que le singe à Buffon était en fait mon fils. C’était donc l’incompréhension d’un père face à son fils. Vous avez un goût particulier pour l’Histoire ? Non, j’étais très mauvais en Histoire au collège et au lycée. Parce qu’il y a un album avec Napoléon aussi. Champignon Bonaparte ? C’est parti d’une discussion avec mon éditeur. Un jour, lors d’un déjeuner, on parlait de la pièce de théâtre Le Souper, de Jean-Claude Brisville, qui raconte un dîner entre Talleyrand et Fouché. Patrick me dit : ça serait drôle d’illustrer ça, mais avec des animaux à la place des personnages historiques. L’idée a fait son chemin. Les animaux anthropomorphes, ça n’est pas trop mon truc. Je préfère les laisser à leur état naturel. Talleyrand et Fouché étaient les ministres de Napoléon, dont le chapeau me faisait penser à un champignon. Tout ça est un peu tordu, mais c’est comme ça que ça s’est passé. C’est généralement par association d’idées que les choses se mettent en place. Et puis j’aime beaucoup les champignons : à cueillir, à manger, à cuisiner, à regarder, à dessiner aussi. Oui, d’ailleurs, dans Il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées, il y a des champignons à chaque planche. Oui, c’est un petit clin d’œil, une sorte de leitmotiv que j’ai repris dans l’album. L’Hôtel des voyageurs par contre est plutôt pour adultes… Oui, et il est beaucoup plus ancien, pour le coup. Il a été réédité il y a quelques années. C’est un livre qui a plus de vingt ans. Je l’ai fait pendant cette période où je faisais essentiellement des travaux de commande. En fait, il faut voir que je ne suis pas très bon pour dessiner des personnages. Si je dessine beaucoup d’animaux et d’objets, c’est aussi une façon de biaiser. Je ne suis pas très bon pour dessiner des humains. Et puis ça m’amuse plus de dessiner des animaux à la place des hommes. Là, je voulais faire un livre touchant à la pornographie gentille. Pour y arriver, je voulais trouver le moyen de représenter certaines scènes de telle sorte que si un enfant se trouvait avec le livre dans les mains, il ne soit pas choqué. L’idée étant de n’y trouver que ce qu’on y projette en tant que lecteur, en fonction de son âge. De fait, mon fils regardait facilement ce livre, quand il était enfant. Puis, vers 13-14 ans, il a voulu le montrer à un ami, et là, tout d’un coup, il a réalisé qu’il y avait un deuxième degré qu’il n’avait pas perçu quand il était gamin. Il croyait juste que c’était des batailles d’oreillers et de polochons. Ça a dû lui faire un choc ! Oui, enfin il s’en est remis quand même (rires)… Suite à cet ouvrage, j’ai fait beaucoup d’illustrations pour adultes dans la même veine. Par exemple, à Marie-Claire, j’en ai fait beaucoup sur la sexualité. C’était une façon d’illustrer ces thèmes de manière rigolote, sans choquer. Parce que, bizarrement, on parle très facilement de sexualité mais il ne faut rien montrer. ![]() Vous auriez d’autres projets adultes dans la même veine ? Oui, j’aimerais bien. Mais c’est plus difficile parce que les albums sont plus compliqués à faire vivre. C’est une forme un peu bâtarde. Ça ne peut bien évidemment pas être classé en rayon jeunesse, mais ça a la forme d’un album jeunesse. Commercialement, ça n’est pas facile à placer. Est-ce que vous lisez des livres pour enfants ? Oui, bien sûr. Je passe beaucoup de temps sur les salons jeunesse. Donc je rencontre des gens. Et puis j’ai toujours collectionné les livres pour enfants. C’est aussi une source d’inspiration. Quelles sont vos activités en dehors du dessin ? Deux jours par semaine, j’enseigne l’illustration et les techniques d’édition à l’École Supérieure d’Art de Cambrai, dans le nord de la France. Et puis, sinon, je joue de l’accordéon diatonique. Je parle à mes chats et à mon fils qui vit chez moi. Et j’ai été un grand passionné de cirque pendant longtemps. J’ai même fait une année chez Fratellini, après les Arts Déco. Alors, non, je vous vois venir, je n’ai pas fait clown. J’ai surtout fait du jonglage et puis un petit peu d’acrobatie, ce qui s’est visiblement transmis à mon fils… Qu’est-ce qui vous fait rire ? Le décalage. Je n’ai pas nécessairement envie de faire de l’humour satirique. Je ne ferais pas un bon dessinateur de presse politique par exemple. Je n’ai pas cet esprit-là. Je suis plus sensible à l’humour sur des choses de la vie quand on les déforme un petit peu. Une façon de regarder les événements avec décalage. Vous avez eu des velléités d’animation ? Pas de mon fait. Il y a eu quelques projets à partir de mes albums qui n’ont pas abouti. Mais je ne suis pas fasciné par ça. L’image fixe me convient, ainsi que le temps entre les images qu’il y a entre deux pages d’un livre. Je suis très attaché à l’objet livre. Il y a des films d’animation et des dessinateurs que j’aime beaucoup mais ça ne m’a jamais tenté. Je préfère le papier. Retrouvez d'autres articles sur Gilles Bachelet : Le bestiaire délirant de Gilles Bachelet
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment Insérer un commentaire : |
