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Edward Bernays - "Propaganda : Comment manipuler l'opinion en démocratie"

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Posté par Marion Oddon le 2009-06-20



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« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays ».
 
Nous sommes en 1928 lorsque Edwards Bernays sort son manuel des relations publiques. Cette phrase introductive résume à elle seule toute la force et l’importance du propos de Bernays, qui préfigurera les plus grandes opérations de contrôle des masses à venir, Goebbles en premier élève de cette nouvelle doctrine de "démocratie" libérale.
 
On y trouve condensés les principes fondateurs de notre capitalisme actuel, et les clefs pour comprendre les enjeux politiques qui sous-tendent toutes les actions de communication entreprises par les dirigeants, à l’échelle de l’entreprise comme à celle du pays, l’enjeu s’accroissant mais restant fondamentalement le même : obtenir le pouvoir. Comme cet ouvrage n’est pas une thèse mais un manuel, il est clair et facile d’accès, et d’une objectivité presque implacable tant la bonne fois de l’auteur s’affiche avec bonhomie…qu’il était heureux le temps où l’on pouvait affirmer ouvertement sa volonté de manipulation, et la création légitimé d’une entité souterraine pour orienter les désirs d’un peuple asservi…
 
C’est avec une légèreté fascinante que Bernays explique l’importance pour tout homme de pouvoir de s’adjoindre les services des « hommes d’autorités » (médecins, juges et tout autre personne considérée dans l’esprit général comme neutre et impartiale). Ce n'est pas pour rien que Noam Chomsky considère ce texte comme l'un des plus important du 20eme siècle, lui pour qui "la propagande est à la démocratie ce que la violence est à un Etat totalitaire".
 
Normand Baillargeon, homme de lettre québécois d’influence ouvertement anarchiste (disons libertaire pour ne pas fâcher la bonne morale démocratique), publie en français ce texte fondateur. Il livre – chose rare et appréciable – une préface aussi utile et intéressante que le texte de Bernays lui-même, et ce à une époque où les fils de la manipulation politique se brisent et se dévoilent progressivement, crise financière oblige.
 
Celle-ci permet, de par son ampleur internationale - libérée des gardes fous traditionnels - mais également par le caractère inédit de sa médiatisation, de dégager des zones d’expérimentations dans tous les domaines touchant à la vie publique : économique, sociale et politique. Plus que jamais, le « gouvernement invisible » assouvit sa soif de conquête, profitant de l’instabilité et de l’incertitude qui en découle pour manipuler les esprits les plus anxieux et les plus faibles. Agissant comme un révélateur, elle met à nu les failles du capitalisme et renforce paradoxalement l’impression d’urgence de mesures pansements, créant une ZONE de perturbation à écrire. Reste à savoir qui prendra la plume…
 
Une situation proche de celle de 29 (chômage élevé, marchés des capitaux volatiles, effondrement de l’immobilier, partis politiques fragilisés), et qui redonne toute son actualité à ce texte qui amena tout un peuple à déposer son âme dans les mains d’un seul homme.
 
C’est donc avec à propos et malice que Normand Baillargeon ressort le livre fondateur de la pensée propagandiste occidentale : Bernays, neveu de Freud, s’inspire de ses travaux sur le comportement humain pour dégager des modalités de contrôle des masses. Pour faire face à cette manipulation, on vous conseille vivement en complément de cette lecture indispensable, le « Petit cours d'autodéfense intellectuelle » du dit Baillargeon, prix Québec sceptique 2005.




"Propaganda : Comment manipuler l'opinion en démocratie"
Edward Bernays
préface de Normand Baillargeon
Editions La découverte, label ZONES


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