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Corinne Maier & Anne Simon - "Freud"

La BD
Posté par L le 2011-12-09



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Si sur la couverture de Freud, le père de la psychanalyse n’a pas l’air très commode, la lecture de cette biographie en bande dessinée éditée chez Dargaud cet automne nous dévoile un Sigmund affable qui, au fil de 56 pages, prend la parole pour nous raconter sa vie, les concepts qu’il forgeât, les errements de la société de son temps.
 
L’historienne et psychanalyste Corinne Maier (No Kid) et l’auteure graphique Anne Simon (Perséphone aux enfers) ont collaboré pour proposer cette étonnante biographie dessinée, idée un peu provocante mais très enthousiasmante. En réalité, le dessin est idéal pour illustrer les rébus que sont les rêves, pour tricoter les mots et associer les idées -ce que fait d’ailleurs la psychanalyse. Et puis comme le disait Freud lui-même, « de quelque manière qu’on s’y prenne on s’y prend toujours mal ». Corinne Maier a pris le parti de conserver les grands moments de la vie de Sigmund Freud, en les infusant dans la recontextualisation historique de  l’époque. Sont évoqués sa femme Martha et leurs six enfants, la rencontre avec le Professeur Charcot et l’hypnose, le complexe d’Œdipe, les névroses et le sexe refoulé, le rêve et l’inconscient. La première moitié du XXème siècle est terrible, Sophie la fille de Freud meurt de la grippe espagnole, et la montée des idéologies se fait dans la violence. Au tournant du nazisme, Freud, qui se définit comme un pisse-copies, sera victime d’autodafés. Son père l’avait prévenu, « il n’est pas facile d’être juif, mon fils ». Il n’est pas non plus facile d’être une femme dans cette société-là, d’être l’enfant de ses parents, et Freud le dit bien, « nous sommes tous malades ». Corinne Maier rappelle d’ailleurs que, si Freud est médecin, la psychanalyse ne guérit pas.
 
Visuellement, Freud est une réussite, grâce à l’audace du travail d’Anne Simon sous un trait apparemment naïf. Celle-ci n’hésite en effet pas à bousculer un peu le gaufrier classique pour l’adapter au récit, comme avec cette pleine page représentant Vienne dans laquelle se baladent cinq versions plus ou moins âgées de Freud. La gamme de couleurs employée -brun, orange, jaune ou vert- interroge le geste créatif : contrainte économique transformée en ressource artistique ou choix délibéré ? L’entreprise fourmille de détails,  dans une version personnelle du Voyage sur la Lune, Anne Simon remplace par exemple la fusée par un phallus. Un ouvrage entre légèreté apparente et point de vue affirmé. Freud a enfanté des disciples qui ont effectivement tué le père (Jung, Lacan…), mais Maier l’affirme finalement, le XXIème siècle a encore besoin de Sigmund Freud.

Publié aux
éditions Dargaud
 





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