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 Le prochain film d'Alain Resnais sortira à la fin de l'année, et il est l'adaptation d'un roman de Christian Gailly, L'incident. Voilà au moins une bonne raison pour s'atteler à la lecture de cet ouvrage (mais notre confrère et ami Bornu, qui place Gailly dans sa sainte-Trinité française, en donnerait certainement bien plus). Petit résumé : Elle n'avait pas prévu qu'on lui volerait son sac à la sortie du magasin. Encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à Georges, s'il avait pu se douter, il ne se serait pas baissé pour le ramasser. L'incident est un livre sur une rencontre, et une oeuvre qui réfléchit sur les possibilités du dialogue et de l'écriture. Son découpage en chapitres, eux-mêmes rangés en "phases", qui correspondent aux différentes étapes de la relation qu'établiront les protagonistes, est ainsi une manière singulière d'évoquer un thème rebattu. Chaque phase s'ouvre sur une sorte de notice explicative : pour démarrer une voiture ou encore un petit avion, deux éléments qui ont d'ailleurs leur importance dans notre histoire. A cela s'ajoute un véritable jeu avec les mots, une écriture sensitive, où les phrases s'arrêtent net, stoppées en plein milieu de., comme parfois le cheminement d'une pensée ou d'un fragment énoncé à voix haute. Gailly propose d'entrer dans la tête de ses personnages en affectant les mots de passion, d'hésitation, de souffle court, ou pour résumer encore, d'émotions, sans distinction formelle entre le dialogue et ce qu'on appellera les didascalies. Cinématographique ce roman l'est déjà, dont l'héroïne s'appelle Marguerite Muir. Comme le personnage du film de Mankiewicz, qui vivait dans un monde de fantômes, Marguerite ici n'arrive pas à se détacher de l'apparition de Georges dans sa vie, lui même obsédé par l'éphèmère image qu'il connaît d'elle, une photo d'identité ratée sur un permis de conduire. Se pose la question de l'image, celle figurative -et terne- utilisée de manière officielle, sur les papiers, l'image sociale aussi, celle que les gentils patients ont de leur toute aussi aimable dentiste, et bien entendu, l'aura que percevront les autres, certains autres, un homme peut-être, attiré par ce que lui perçoit de singulier. Rien d'onirique chez Gailly cependant, mais du concret, des détartrages en pagaille, des dimanches en famille avec vos propres enfants qui vous sont comme des étrangers, et de la sensibilité, ça oui. Suzanne n'était pas chaude. Georges, lui, était ému, pas à cause de la présence là-haut de Marguerite, non, pas encore, chaque chose en son temps, la grande émotion il se la gardait pour tout à l'heure, il y pensait mais comme en se retenant, comme pensant j'y penserai tout à l'heure. Pour l'instant, il était comme un môme à la fête, qui ne sait plus où donner de la tête, ou plutôt qui ne sait pas où il va bien pouvoir donner de la tête, il n'avait encore rien vu, il entendait les moteurs, il devinait, il imaginait. Une oeuvre ironique mais jamais cynique, un livre aux métaphores bien senties et à la fin qui laisse le champ libre à l'imagination, c'est là tout le talent de Christian Gailly.
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