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Cesare Battisti - "Face au mur"

France
Posté par Julien Cassefieres le 2012-05-09



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Relater un roman de Cesare Battisti s’avère délicat. L’évocation de son nom suffit à susciter des réactions épidermiques de part et d’autres. Certes, toutes ces opinions ne sont pas dénuées de fondement tant la complexité entoure son parcours ; l’homme est-il vraiment coupable  des crimes dont on l’accuse ? Doit-on replacer ces condamnations dans un contexte politique particulièrement mouvementé (« les années de plomb » en Italie) ? La France devait-elle rompre la « doctrine Mitterrand » assurant l’asile politique aux activistes ayant choisi de rendre les armes malgré sa promesse initiale ? Autant de questions préfigurant tout commentaire sur Cesare Battisti.
 
Son dernier roman, Face au mur n’a rien d’une fiction folklorique, au contraire, son écriture à la première personne enracine les germes passionnels de cet homme, pris en flagrant délit d’amour au milieu d’une cavale perdue d’avance. Son personnage, Auguste dit le « gringo », n’est qu’un paravent utilisé pour conter sa vie. Le livre fut écrit derrière les barreaux d’une prison où l’auteur a séjourné à la suite de son départ du Vieux continent avant d’être arrêté par la police brésilienne. C’est là parmi ses camarades de cellules qu’il va composer son récit. Avec une volonté de faire partager le quotidien de ces hommes tenus à l’écart de la société  Battisti s’immisce dans leur univers ; récit inventé ou réel ? Chacun pourra juger, néanmoins l’auteur laisse transparaitre pour ces personnages avec qui il partage sa vie une bienveillance bel et bien réelle. Laissant de coté la face sombre de leur condamnation, il souligne l’élan fraternel qui parcourt ses hommes dans les rapports qu’ils entretiennent au sein des geôles brésiliennes. A travers leurs vies, Battisti va dépeindre cette société brésilienne dans sa violence, ses inégalités, mais également dans une vitalité humaine éclipsée au sein de nos sociétés occidentales. « La pauvreté apprivoisée par des visages souriants, la joie de vivre qui transpire de la peau de ces oubliés de Dieu » Ecouter c’est déjà comprendre et l’auteur va laisser la parole au récit tragique de ces hommes brisés par le destin : tel Bruno venant du fin fond de l’Amazonie contraint par la tradition de son village de délaisser sa femme ou encore Inacio ancien policier injustement condamné pour trafic illicite s’en remettant aux ordres de Dieu pour expier sa peine. 
 
Battisti navigue entre ces tranches de vie et la sienne qu’il se rappelle à chaque instant pour tenter d’en conjurer le sort. « Je n’ai pas encore fait le deuil. Le deuil de quoi ? De celle qui ne m’appartenait pas ou de la liberté perdue ? Il est facile de se mentir depuis cette cour ; même les sombres errances de ces dernières années dans les rues du monde deviennent ici du passé libre ». Du fol amour auprès de celle qui s’avérera être chargée de sa surveillance, subsistera des traces au fond de son âme et un besoin de comprendre. Il veut se persuader de la réciprocité de leur amour, il ne peut s’avouer l’artificialité de leur relation. Débarqué au milieu de cette société étrangère à sa culture, la solitude le plonge dans les bras de cette Brésilienne aux charmes ravageurs façonnant ainsi ses soupçons initiaux jusqu'à les transformer en paranoïa. Empreintes d’amertume, ses contemplations soulignent son inquiétude voire son désespoir devant les obstacles qui se dressent devant sa vie et les choix qui en résultent. Parfois, la résignation semble poindre dans ses actions comme si la fatalité constituait, pour lui, l’issue la plus souhaitable. Néanmoins, conscient de la fragilité de son bonheur, il se convainc de la justesse de ses choix. « N’y-a-t-il pas des moments, dans une existence, où se sentir vivant dans les bras d’une femme vaut toutes les illusions ».
 
Battisti nous livre avec ce récit une part de sa vie teintée de grande sincérité, s’approchant par moment d’une quête existentielle pour un homme condamné à refaire sa vie.


Paru aux Editions Flammarion.




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