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Boualem Sansal - "Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller"

France
Posté par Julien Cassefieres le 2011-11-16



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Le roman a tout pour être séduisant. Des critiques dithyrambiques et unanimes pour saluer à la fois le récit mais également le parcours d’un écrivain singulier.
Il est vrai que sa biographie se révèle être particulièrement riche : algérien de naissance, docteur en économie, chef d’entreprise, ingénieur dans la haute administration algérienne et enfin écrivain. A cela s’ajoute un courage, face aux tourments de son pays, d’autant plus noble qu’il fut rare. Ce courage il l’aura au début des années 1990 quand il décide de rester en Algérie malgré l’omniprésence de la peur liée aux attentas et à l’affrontement entre les groupes islamiques et l’état algérien. Son premier récit, Le serment des barbares va s’inspirer de cette société algérienne au bord de l’implosion. Son limogeage de l’administration constitue un révélateur marquant de sa liberté de ton au sein d’un pays rigide et cloisonné.   
 
Le sujet du livre semble également attrayant : l’histoire de deux frères nés en Algérie mais habitant en France aux parcours antagonistes. A l’assimilation de l’un dans la société française, Rachel, répond « une vie en pointillés » pour le plus jeune contraint à errer sa peine dans la cité de sa ville. L’histoire de leur père, ancien soldat SS de l’armée allemande, va par la force des choses, les réunir dans une « communion » autour de sa mémoire. L’ainé, le premier, cherchera à comprendre son histoire tragique en parcourant l’Europe sur ses traces. Le silence de son père sur sa vie déclenchera pour lui un tel électrochoc qu’il en endossera la responsabilité morale. Le plus jeune des frères reprendra sa quête afin de préserver à sa façon l’image d’un frère qui lui fut inconnu.
A travers ce récit l’auteur nous plonge dans des lieux de mémoires du XXe siècle : du village algérien massacré par le GIA* à la rencontre de descendants d’anciens nazis en passant par la visite d’Auschwitz. En outre, il nous éclaire sur une dimension peu connue de la débâcle allemande : l’installation de la diaspora nazie aux quatre coins du monde. Une grande majorité s’installera en Amérique du Sud mais leur père rejoindra les rangs de l’armée indépendantiste algérienne après avoir fui à travers l’Europe et le Moyen Orient.
En outre, le récit s’inspire de l’histoire vraie d’un village qui connut le même destin à savoir le massacre de ses habitants par le GIA.  
 
Sa construction narrative apparait peu commune, l’auteur s’attache à écrire de manière enchevêtrée l’histoire des deux frères via leur journal intime. Ce choix d’écriture dénote la possibilité pour l’auteur d’écrire plus librement et de renforcer ainsi l’aspect réel du récit. A contrario, il permet un style d’écriture relativement simple permettant aux protagonistes de donner leurs opinions.
 
La faiblesse du roman prend racine dans sa conception binaire du monde auquel se rattache un amalgame pour le moins douteux. L’auteur s’ingénie à démontrer la similarité entre les nazis coupable de crimes contre l’humanité, les groupes intégristes algériens…et l’imam d’une banlieue française. N’y-a-t-il pas une confusion dans sa recherche de la vérité? Des religieux dans un état de droit peuvent-ils légitimement être assimilés à une « Gestapo islamiste ». Il semble évident que le contexte et les actes sont différents dans les trois cas de figure. Faire d’un imam (aussi critiquable qu’il peut l’être par son influence dans l’espace public) un suppôt des nazis, comparer explicitement des personnes s’opposant à lui comme des résistants de la seconde guerre mondiale peut paraitre pour le moins simpliste et révèle plus d’un manichéisme douteux qu’une analyse poussée. La Shoah constitue un crime indicible dans l’histoire de l’humanité. Il apparait peu opportun de comparer ce fait avec l’influence de la religion au sein d’un quartier populaire aussi déplorable soit-elle.
Le courage ne se résume pas tant à surfer sur les peurs, justifiées ou non, mais de décrypter la complexité des situations en s’approchant le plus près possible de la réalité. A ce titre, « le village de l’allemand » déçoit.

* GIA : Groupement Islamique Armé, organisation islamiste algérienne responsable d’actions violentes et meurtrières durant la période de la guerre civile (1991-2000).


Publié aux Editions Gallimard.
 
 




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Commentaires
De : silvia

je trouve votre analyse parfaitement erronée, puisqu'elle part d'un constat qui est faux : "des religieux dans un Etat de droit" ne sauraient etre assimilés à la Gestapo...il me semble que le sens tout entier de la démarche de Boualem Sansal vous a échappé, lui qui, depuis des années censuré et interdit de publication dans son propre pays, s'attache à démontrer, justement, que l'Algérie n'est pas un Etat de droit, mais au contraire, un pays oublié du monde, depuis 1962, en proie aux dictateurs successifs et sous l'emprise déplorable et moyenageuse de l'idéologie religieuse; lui qui appelle de ses voeux la généralisation de la laicité dans la société algérienne. Justement, le propos de l'écrivain était un rapprochement des deux fléaux : islamisme(terrorisme)-nazisme, pour essayer de générer une prise de conscience , sachant que le nazisme lui-meme et la Shoah sont des réalités généralement ignorées, voire meme contestées dans la société algérienne, alors que l'antisémitisme est érigé pratiquement en "religion" d'Etat...Ce que Sansal dénonce avec courage et pugnacité.

De : silvia

sans parler du fait que vous ne tenez absolument pas compte du poids du terrorisme en Algérie, et tous les dégats qu'il a provoqués en plus de dix ans de guerre civile, guerre encouragée et soutenue de manière sournoise par les autorités de cet "Etat de droit", tuant à tour de bras des milliers de personnes innocentes, et créant une véritable psychose au sein de la population algérienne, qui, le plus souvent, choisit le chemin de l'exil...Je vous conseille de vous pencher plus attentivement sur les réalités que Boualem Sansal tente de nous dévoiler, il les connait mieux que quiconque, il les observe depuis des années, et il réfléchit longuement à leur sujet...Ce n'est pas à nous de juger si le terrorisme dont furent victimes les Algériens les touche moins que la Shoah a pu le faire...en fait, le propos n'était pas tant la comparaison, mais une manière d'amener à réfléchir ses concitoyens sur la culpabilité, sur la sur la Shoah, non reconnue dans ce pays, en partant d'une réalité qui leur était familière, puisqu'ils vivaient avec depuis des années...

De : El_Arabi_El_Acil

La famille Sansal ne m'est pas étrangère puisque je suis de Theniet El Haad. Ce ce qui est vraiment étonnant et qui me bouleverse , c'est que le jeune écrivain est à l'opposé de ce que furent ses parents.
Autant ils avaient la foi et l'amour de leur pays autant le jeune s'éloigne de la dignité, de la pureté et de la noblesse.
Comment admettre qu'un individu soit non seulement contre la religion de 5 milliards d'adeptes de par le monde puisqu'il compare étrangement l'Islam au Nazisme , et comment peut-il - en même temps - être contre son pays , ses dirigeants et son peuple ?

La raison est simple et je l'expliquerai simplement .

L'écrivain a tout d'abord imaginé un Allemand dans les rangs de l'ALN ce qui est complètement faux.
Personne , sur ce point précis ne peut me démentir du moment que j'étais guerrilléros de l'ALN et j'avais un grade qui me permettait de connaitre tous les combattants qui m'étaient affectés dans l'Ouarsenis (Theniet El Haad comprise)
L'imagination de cet écrivain est fertile puisqu'il avait des suites dans ses idées.

Son objectif en fin de compte est de vouloir briller de mille feux et , pire encore, sur les cadavres de ceux qui sont véritablement des Algériens et le demeureront même s'ils venaient à être decoupés en rondelles.
Sa politique défaitiste m'écoeure et , pire encore, trouve le courage de s'allier au diable au dépend de ses frères Palestiniens qui vivent depuis 60 ans sous les bottes des rescapés du nazisme.

Même le président Houari Boumédiene n'a pas échappé aux griffes de ce monsieur.

En d'autres termes , seul le Sansal est parfait . Les autres ne le sont point.

Je lance un défi à cet illuminé pour me rencontrer à Theniet El Haad et d'enquêter aupres des Moudjahidine encore vivants ce, dans le cas où mes propos venaient à ne pas le convaincre.


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