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Anne-Constance Vigier - "Héritage"

France
Posté par Yohann Nivollet le 2012-02-15



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Héritage raconte l’histoire de Gabriel, homosexuel et cadre supérieur dans une grande entreprise, en pleine crise de doute par rapport à son couple. Sa vie glisse progressivement vers un drame qui bouleversera sa vie pour toujours.
 
Romance, thriller, drame psychologique, Héritage, le nouveau roman d’Anne-Constance Vigier est un peu tout cela à la fois. Avec beaucoup de talent, l’auteure parvient à traiter de l’homophobie latente dans les sociétés contemporaines, de la culpabilité, de l’amour et de l’héritage que nous lèguent nos parents. En effet, si le roman brasse un nombre conséquent de thèmes sans pour autant en délaisser aucun, le thème principal, le fil conducteur du roman est bien, comme son titre l’indique, l’héritage de nos ancêtres, celui qui fait que nous sommes ce que nous sommes, qui inconsciemment guide nos actes et dont il faut, parfois parvenir à se défaire.
 
Dans ce roman, le protagoniste semble avoir connu une relation compliquée avec sa mère et son frère. Est-ce un manque d’amour, de confiance ? Nous ne le saurons jamais réellement. Dès lors Anne-Constance Vigier prend le parti de ne nous présenter que le point de vue de Gabriel sur son passé, à travers des souvenirs, grâce à une construction en flashback particulièrement maitrisée. Ce qui importe n’est d’ailleurs pas tant le caractère véritable des souvenirs du héros mais bien les effets qu’ils produisent sur son comportement. L’auteure se concentre ainsi d’avantage sur les conséquences que sur les faits passés. Gabriel est hanté par des souvenirs qui ne lui permettent pas d’être heureux et qui l’empêchent au contraire de construire sa vie. Il faut un drame pour qu’enfin, il puisse tourner la page et s’émanciper de son passé.
 
Ce qui fait la force de ce roman, c’est la démonstration que le futur n’est que le résultat de la somme de tout ce qu’on a vécu, de notre éducation, de nos rencontres. Nul ne peut s’y soustraire et le héros, malgré ses efforts, ne parvient pas échapper à la tragédie. L’auteure a voulu montrer, non sans noirceur, que la fatalité existe. D’ailleurs, dès le prologue, elle dévoile la fin du roman pour bien montrer que la vie du héros est toute tracée, chaque événement en amenant un autre, tel un cercle vicieux.  Il est suivi de cinq parties qui correspondent à cinq instants clés du basculement de la vie de Gabriel : la brume pour signifier le doute, le vent pour le changement, le froid pour la mort, le sable pour la perte de contrôle de la situation, le trou pour la prison. Un épilogue bouleversant termine le roman. Cette construction impose un rythme intense au récit qui, tel le temps qui passe, broie tout sur son passage. Le lecteur se trouve comme Gabriel, qui ne peut qu’avancer par la force des choses, il se trouve aspiré dans un tourbillon auquel il ne peut résister. Dans un style sans fioritures, les thèmes s’entrechoquent, s’imbriquent les uns dans les autres avec finesse, et nous percutent de plein fouet avec une violence et un sang-froid éclatant.
 
« Tandis que ses pieds se crispaient au contact du parquet, tressaillant sous l’assaut des échardes. […] Et il aurait passé tant de temps, année après année, à examiner, la gorge serrée, ses lattes disjointes et poussiéreuses, qu’à l’âge adulte le spectacle d’un parquet semblable ou approchant continuerait de lui couper le souffle. Toujours l’arpenter à pas lourds de sanglots, toujours la main pressée contre sa main brûlante qui conserverait plusieurs heures la mémoire des bagues de sa mère. »

Le résultat est fort, triste et implacable. Si cette apologie de la fatalité peut être discutable et dérangeante, elle est contrebalancée par un optimisme bienvenu dans les dernières pages du roman. L’amour unique remède à la violence ? Sans aucune mièvrerie, l’auteur semble nous répondre par l’affirmative.


Paru aux Editions Joëlle Losfeld.




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