Que la presse papier va mal est une surprise pour personne, pendant qu’Internet donne accès à quasiment toutes les informations possibles, et permet la création de sites ou de blogs en un gigantesque chaos de mots plus ou moins intelligents dans lequel il est difficile de se retrouver. Les grandes publications voient leurs tirages baisser, ce qui n’a rien d’encourageant, mais cela n’empêche pas quelques irréductibles de résister (voir Lionel Grenier et Manivelle) et des passionnés du 7è Art de se lancer dans la création de fanzines, ces petits fascicules nés dans les années 1930 et qui se concentraient sur les méprisés de la culture, le cinéma de genre, l’underground, les outsiders… Encore aujourd’hui, les fanzines ont gardé cet aspect intimiste que d’autres n’ont plus, et restent le moyen idéal de s’exprimer et d’affirmer son indépendance sans devoir se plier à une quelconque ligne éditoriale.
Toutes les couleurs du Bis a été créé par Stéphane Erbisti, co-créateur et rédacteur du site Horreur.com. Le titre est un hommage au giallo Toutes les couleurs du vice réalisé par Sergio Martino. Un petit jeu de mot joliment trouvé pour illustrer ce qui, on l’espère, sera un rendez-vous régulier pour tous les fans de cinéma de genre. La première bonne surprise tient à sa couverture : une Edwige Fenech plus sexy que jamais – ce qui semble tenir de l’euphémisme – commence par nous faire briller les pupilles et réveiller les ardeurs des garçons comme des filles. Stéphane Erbisti a fait le choix de se concentrer avec chaque numéro sur un seul acteur, ou une actrice, et de passer en revue une partie de sa filmographie, et pour commencer, c’est la reine du bis aux yeux félins et aux scènes de douche anthologiques qui ouvre le bal. Comme il le dit lui-même, une page = un film. C’est une idée très sympathique pour faire découvrir aux curieux des films qu’ils n’ont pas encore vus et aux autres de se remémorer bien de bons souvenirs. La particularité de Toutes les couleurs du bis (en tout cas pour ce premier numéro) est d’avoir pour unique rédacteur Stéphane Erbisti. Le contenu étant à la fois informatif et objectif et on prend un réel plaisir à parcourir les 54 pages qui donnent surtout envie d’enchainer par le (re)visionnage des films.

Egérie de Sergio Martino, Fenech était également la compagne de son frère et producteur Luciano et vu comment il n’a cesser de la sublimer, de la caresser de sa caméra, il est fort probable qu’il en était secrètement amoureux. L’actrice compte aujourd’hui 80 films à son actif et après une brève biographie, Stéphane Erbisti s’attaque à la moitié, soit une quarantaine de films donc, un par page, comprenant un résumé puis un avis personnel. Le peu de place imparti ne permet pas des analyses détaillées ce qui ne semble pas être le but, de toute façon, mais s’il s’agissait de mettre l’eau à la bouche, c’est réussi. Erbisti aborde tout autant les joyeusetés érotiques et autres infirmières du régiment qui sont, il faut bien le dire, ses œuvres les moins glorieuses et qui l’ont pourtant fait rentrer dans l’histoire, que des curiosités d’aventure comme Samoa Fille Sauvage, en passant par les giallos, évidemment, dans lesquels Edwige Fenech a le plus montré ses talents d’actrices, dans des rôles d’héroïnes quelque part entre l’innocence et la perversité, victime magnifiquement ambigüe. Son rôle dans Mrs Wardh, dont l’étrange vice est de se donner aux hommes en tout naturel, avec son corps et son amour est à ce titre tout à fait symptomatique. Erbisti n’oublie pas non plus de mentionner l’une des plus belles œuvres de Martino, l’une des plus expérimentales aussi, variation formelle sur le chat noir de peau, dans lequel la subtilité du jeu de Fenech y excelle.
Le style n’est pas rébarbatif, le ton souvent léger, ce qui rend la lecture fort agréable. Il en est de même avec le format : un A5 broché à couverture cartonnée et à l’intérieur, des pages en papier glacé sur lequel ressortent bien les diverses affiches et photos illustrant ce numéro. En résumé, un petit fanzine que Culturopoing se devait de mettre en avant.
A l’heure actuelle, les premiers 100 exemplaires ont déjà été vendus. Le fanzine sera réimprimé avec la sortie du deuxième numéro consacré à Charles Bronson (début 2012).