On écrit "seconds rôles" par commodité de langage mais, à quelques rares rôles près, il faudrait plutôt parler de troisièmes, malheureusement, ne rendant que trop rarement justice au grand talent de Véronique Silver, décédée le 24 juillet dernier à l'âge de 78 ans, et de Raoul Billerey, disparu le 28 juillet à 84 ans.
Pour les cinéphiles, surtout les plus truffaldiens d'entre eux, Véronique Silver restera d'abord la Mme Jouve de
La Femme d'à côté, qui commente une action qui ne la concerne pas directement mais qui fait directement écho à son douloureux passé amoureux, l'un des personnages les plus bouleversants de la filmographie de Truffaut, auquel la comédienne apportait toute son intelligence et finesse de jeu.
Elle était d'ailleurs la veuve d'un autre comédien de Truffaut, nettement moins marquant dans son oeuvre : Henri Virlogeux, lui-même grand spécialiste des petits rôles, comme dans
Les Quatre cent coups.
Mais sa carrière au cinéma était riche de bien des films intéressants, ayant le plus souvent travaillé avec des metteurs en scène naviguant parfois assez loin du cinéma guidé par de stricts impératifs commerciaux : Joël Séria (
Mais ne nous délivrez pas du mal), René Féret (
La Communion solennelle,
Le Mystère Alexina,
Les Frères Gravet), Claude Miller (
Dites-lui que je l'aime), Alain Resnais (
Mon oncle d'Amérique,
La Vie est un roman), Chantal Akerman (
Toute une nuit), Aline Issermann (
Le Destin de Juliette), Edouard Niermans (
Poussière d'ange), Alain Bergala (
Où que tu sois), Jean-Claude Brisseau (
Noce blanche), Jean-Claude Guiguet (
Le Mirage,
Les Passagers), Jacques Doillon (
Du fond du coeur), Philippe Garrel (
Le Coeur fantôme), Noémie Lvovsky (
Faut que ça danse !)... Mais aussi Isabelle Mergault (
Je vous trouve très beau), puisque personne n'est parfait...
Même voisinage au théâtre, où elle travailla notamment avec Georges Wilson, André Engel ou Roger Planchon.
Véronique Silver dans "Les Passagers"
On connaît probablement surtout Raoul Billerey comme vieux papa (
L'Effrontée) ou vieil oncle (
La Petite voleuse) de Charlotte Gainsbourg chez Claude Miller, films dans lesquels il faisait merveille (particulièrement dans le premier cité, peut-être son plus beau rôle au cinéma). Difficile d'imaginer, alors qu'il avait atteint la soixantaine, que ce bon nounours délicieusement bourru fut un athlète accompli, ayant commencé dans la carrière comme cascadeur et maître d'armes ! Il eut pour cela la chance que, dans les années 50, le genre "cape et d'épée" fut très en vogue dans les studios français. Il débuta ainsi assez logiquement dans la version Hunebelle des
Trois mousqueraires, en 1953. Son rôle de Porthos vieillissant dans
La Fille de d'Artagnan de Tavernier quarante ans plus tard était plus qu'un clin d'oeil, puisqu'il assura également le réglage des combats du film, comme ceux de
La Reine Margot version Chéreau, la même année.
Au fil des années, on le retrouva donc dans
Cadet-Rousselle,
Le Bossu,
Austerlitz,
Le Capitaine Fracasse,
Le Miracle des loups,
Cartouche,
Les Mystères de Paris,
Le Chevalier de Pardaillan,
Le Masque de fer (autre adaptation de Dumas),
Merveilleuse Angélique, souvent aux côtés de Jean Marais, le prince incontesté du genre, films où pouvaient s'exercer sa science de l'escrime et de la cascade (auxquels on peut ajouter, pour la télévision,
Thierry la fronde - dans lequel il tenait un rôle important -
Lagardère ou...
D'Artagnan, décidément !).
Mais il fut aussi au générique, comme comédien, d'une petite centaine de films, souvent de genre très différents, allant de Pialat (
L'Enfance nue) à Danièle Thompson (
Décalage horaire), en passant par
Mister Freedom (William Klein),
Les Camisards (René Allio),
Perceval le Gallois (Eric Rohmer),
37°2 le matin (Jean-Jacques Beineix),
Attention bandits (Claude Lelouch),
Diên Biên Phu (Pierre Schoendoerffer)
Grosse fatigue (Michel Blanc) ou
Les Caprices d'un fleuve (Bernard Giraudeau).
Et comme jamais deux sans trois, Raoul Billerey joua aussi
Les Trois mousquetaires sur scène (sous la direction du comédien et metteur en scène Michel Berto), ainsi que Boris Vian, Giraudoux, Shakespeare, Hugo, Rostand (un
Cyrano, évidemment, qu'il mit lui-même en scène, en 1979) ou Edward Bond.
Raoul Billerey, Philippe Noiret, Sophie Marceau, Jean-Luc Bideau et Sami Frey dans "La Fille de d'Artagnan"