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Mort du cinéaste Laurent Perrin


Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-02-10



 
Difficile d’écrire des choses très originales sur un cinéaste aussi discret que l’aura été Laurent Perrin quand on ne l’a malheureusement pas connu personnellement. Tout juste l’ai-je croisé, assez souvent, dans les années 80 et un peu au-delà aux séances de la Cinémathèque française du palais de Chaillot (1). Evidemment insuffisant pour créer une quelconque intimité mais peut-être suffisant pour créer une forme de complicité implicite, à sens unique (lui, jeune cinéaste "prometteur", comme on dit, moi, parfait inconnu cinéphile).
De ses débuts de court-métragiste à l’orée des années 80 jusqu’à sa mort, si précoce, ce 8 février 2012, à 56 ans, Laurent Perrin n’aura bâti qu’une œuvre bien courte : quatre longs-métrages, deux courts, quelques documentaires pour la télévision… L’essentiel est d’ailleurs heureusement accessible en DVD depuis six mois grâce aux Films du Paradoxe (ne manque essentiellement que Sushi Sushi, son troisième long, comédie plaisante mais très atypique dans son parcours).
Œuvre courte et discrète, à ce que l’on supposait être son image, presque secrète. Jeu de mot un peu facile pour évoquer son premier film long mais dont le titre est en effet tout un programme : Passage secret. Dans la grande période charnière pour le cinéma français que furent les années 80, qui virent à la fois la fin d’un certain star system (celui des succès automatiques pour les derniers Delon ou Belmondo, par exemple), le début de la disparition de figures de la modernité cinématographique liée à la Nouvelle Vague (Eustache, Truffaut, Demy un peu plus tard) et l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes et comédiens, celles des "jeunes gens modernes, frenchy but chic", décrite quelques années auparavant par les rock critics Yves Adrien ou Jean-Eric Perrin, Laurent Perrin y faisait ses débuts et le peintre d'une certaine jeunesse de l'époque.

Laurent Perrin

S’il débuta plutôt sous l’égide de Benoît Jacquot (comme second assistant sur Les Ailes de la colombe), il écrivit son premier court (Scopitone, 1981 (2)) et son premier long (Passage secret, donc, 1985) avec Olivier Assayas (3). Le passage secret, c’est à la fois celui qu’emprunte les personnages du film pour déambuler dans Paris et sur ses toits (un peu comme dans le Paris nous appartient de Rivette…), mais aussi celui, métaphorique, qui marque le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Et qui ne concerne d’ailleurs pas que les adolescents eux-mêmes. Le cinéma de Laurent Perrin était ainsi peuplé de ces jeunes adultes au statut social incertain, qu’on n’appelait pas encore "adulescents", un peu comme ceux d’Un monde sans pitié, d’Eric Rochant, quelques années plus tard, mais sur un mode non revendicateur. Parmi ces adultes du film figurait Dominique Laffin, l’une des jeunes comédiennes françaises les plus attachantes des années 70 et 80, qui se donna la mort avant même qu’elle ne puisse voir le film fini…

En 1987, de par son titre et son sujet (la passion amoureuse qui consume), Buisson ardent se veut le contre-pied de Passage secret. Sans doute Laurent Perrin reprenait-il à son compte la pratique de François Truffaut de faire chaque film "contre" le précédent. Le point commun est néanmoins la jeunesse de ses comédiens principaux (mais aussi la fidélité à d’autres, comme le magnifique et trop sous-employé Philippe Morier-Genoud) . Quelques étoiles un peu trop filantes, malheureusement, dont la carrière n’a pas toujours tenu la promesse des débuts : Jean-Claude Adelin, Jessica Forde, Alice de Poncheville, même Anne Brochet, sans parler de Simon de la Brosse, l’un des plus talentueux comédiens de sa génération, lui aussi suicidé (mais une dizaine d’années plus tard)…
Moins réussi et touchant que Passage secret, Buisson ardent fut plus fraîchement accueilli et marqua sans doute un tournant dans la jeune carrière de cinéaste de Laurent Perrin. Qui s'oriente donc (était-ce un vrai choix ?) vers la comédie quatre ans plus tard avec Sushi Sushi (1991). L’écriture du scénario de ce film qui voit un universitaire (André Dussollier) lâcher la fac pour créer son entreprise de livraison de sushis à domicile, associe en tout cas des profils a priori assez peu compatibles, entre Jérôme Tonnerre (alors connu comme scénariste de Claude Lelouch, Claude Sautet ou Yves Robert), Jacques Fieschi (lui aussi auteur pour Sautet ou Nicole Garcia) et Michka Assayas (frère d’Olivier et très éminent rock critic mais novice en tant que scénariste).
Et puis neuf longues années passeront avant que Laurent Perrin ne puisse tourner ce qui restera donc son dernier long-métrage pour le cinéma, 30 ans (2000), coproduit par Paulo Branco et coécrit par la critique (ex-Cahiers du Cinéma) Camille Taboulay et associant une jolie bande de comédiens plus ou moins "espoirs" (Julie Depardieu, Laurent Lucas, Anne Brochet, Nathalie Richard, Grégori Derangère, Marilyne Canto… en plus d’Arielle Dombasle), mais arrivant sans doute trop tard. Comme si le film et son auteur avait un peu de mal à faire leur deuil de ces années de jeunesse, de cette décennie 80 (sans doute un peu plus propice à la singularité d’une écriture) qui avait vu Laurent Perrin débuter…

Jean-François Stévenin et André Dussollier dans "Sushi Sushi"
Jean-François Stévenin et André Dussollier dans "Sushi Sushi"

La suite, ce ne sera plus vraiment "du" cinéma mais des films "sur" le cinéma : un pour la prestigieuse collection Cinéastes de notre temps (sur André Téchiné et tourné en fait entre Sushi Sushi et 30 ans), un Vocation cinéaste (2006) interrogeant quelques complices de longue date (Olivier Assayas, Benoît Jacquot, Danièle Dubroux…) mais aussi Luc Moullet, Emmanuel Carrère, Tony Gatlif ou Abderrahmane Sissako, ou un Portrait d’une enfant pas sage consacré à Dominique Laffin. A travers ce retour, plus de vingt ans après, sur la comédienne, à travers aussi ce titre faisant écho à leur film commun ("passage", "pas sage"), il semble évident que sa mort tragique avait provoqué une béance que le reste de l’œuvre de Laurent Perrin n’a peut-être jamais su combler tout à fait… (4)


(1) Sans doute l’aurais-je croisé aussi avant, si je n’avais pas été un peu trop jeune pour fréquenter la vénérable institution dans les années 70…
(2) Titre qui en disait long sur l’importance de la musique dans sa vie, mais moins que celui de son second court-métrage, deux ans plus tard,
Jimmy Jazz (avec un Fabrice Luchini encore acteur rohmérien confidentiel), titre d’une chanson des Clash de l’album London Calling paru fin 1979.
(3) Avec qui il avait d’ailleurs fait le second assistant sur une grosse production internationale de Richard Fleischer en 1978,
Le Prince et le pauvre.
(4) Leurs routes s’étaient d’ailleurs croisées bien avant
Passage secret. En 1980, dans le court-métrage Vive la mariée de Patrice Noïa, c’est Laurent Perrin qui faisait le jeune époux de Dominique Laffin…






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Commentaires
De : jacques d.

bon sang, "passage secret", mais oui, il ne m'en reste qu'un très vague souvenir, mais plutôt bon... ah, l'efffet madeleine proust de culturoping... thanks !

ceci dit, je reverrais bien "passage secret", histoire de vérifier s'il faut se fier tout de même aux effets pâtissiers du petit marcel !

De : Lucignolo

J'apprends aujourd'hui son décès, et je tiens à lui rendre hommage pour avoir effectué un documentaire en 2007 sur Dominique Laffin, mon actrice préférée et lui avoir donné un rôle dans son premier film, Passage secret. Grace à lui, cette actrice d’une grande sensibilité, tombera moins dans l'oubli. Laurent Perrin sera toujours associé pour moi, à celui de Dominique Laffin.

De : anton

j'ai joué le rôle d'un des 2 plus jeunes (Anton Feral) dans le film Passage Secret et je souhaite rendre hommage à Laurent Perrin dont je viens tout juste d'apprendre la mort. Mes condoléances à sa maman, adorable, chez qui j'ai des souvenirs de vacances dans le Golf du Morbillan. J'ai souvenance du casting où il m'avait demandé de jouer quelque chose et durant la scène en question j'avais tendance à avoir envie de rire. Il m'a dit aimer mon interprétation quand même car il aimait le naturel, l'authenticité. Je crois que c'était d'ailleurs tout le sens de sa démarche.que son âme repose en paix.

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