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Mort de la comédienne Mila Parély


Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-01-15



 
A la disparition de Paulette Dubost, en septembre 2011, nous avions écrit une grosse bêtise, qu’un(e) lecteur(trice) perspicace avait relevée : non, la pétillante Paulette n’était pas la dernière survivante de la merveilleuse troupe de comédiens de La Règle du jeu, l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Malheureusement, la véritable doyenne, Mila Parély, n’aura pas "profité" longtemps de ce statut puisqu’elle vient à son tour de nous quitter, le 14 janvier 2012, à 94 ans, à son domicile de Vichy où elle résidait depuis plus d’un demi-siècle.
Dans le chef d’œuvre de Renoir, elle était Geneviève de Marras, la maîtresse femme du monde de Marcel Dalio, un type de rôles auquel sa beauté slave (d’origine polonaise) aristocratique la prédestinait. A l’inverse de Paulette Dubost, qui tourna presque jusqu’à sa mort, Mila Parély stoppa sa carrière à quarante ans, au sommet de son talent (ne sortant de cette retraite que trente ans plus tard, pour Comédie d’été, de Daniel Vigne, tourné dans l’Allier, puis le téléfilm La Grande dune, de Bernard Stora). Mais ce n’était pas un choix ou une lassitude des plateaux (ou, en tout cas, pas seulement) sur lesquels elle avait tourné une cinquantaine de films en une vingtaine d’années ; ce fut un accident de la vie, celui qui faillit coûter la sienne à son pilote automobile de mari, l’Ecossais Thomas Mathieson (coéquipier notamment d’un certain Maurice Trintignant…).

Mila Parély dans "Liliom"
Mila Parély dans "Liliom"

Sa filmographie est loin de se résumer à La Règle du jeu, sa vie d’artiste aussi, puisqu’elle accompagna un temps l’orchestre du fameux crooner américain Rudy Vallee en tournée aux Etats-Unis. Il ne tint d’ailleurs qu’à elle qu’elle ne fasse carrière à Hollywood (qui lui proposait un contrat) au milieu des années 30, mais elle choisit de revenir en France, où elle avait déjà eu l’occasion de se faire repérer dans de petits rôles mais marquants : une dactylo du Paradis dans la version Fritz Lang de Liliom (1934), dans deux films de Jean Grémillon aux côtés de Renée Saint-Cyr, Valse royale (1935) et Pattes de mouches (1936), ou dans l’un de ceux réalisés par Robert Siodmak lors de son exil français (Mister Flow, 1936).
Avant Renoir, il y aura encore notamment deux films mineurs de Pabst (Le Drame de Shanghai, 1938, et L’Esclave blanche, 1939) ainsi qu’une première collaboration avec Sacha Guitry (Remontons les Champs-Elysées, 1938), qu’elle retrouvera pendant la guerre pour Donne-moi tes yeux (1943).

Mila Parély et Marcel Dalio dans "La Règle du jeu"
Mila Parély et Marcel Dalio dans "La Règle du jeu"

Après La Règle du jeu, il y aura par exemple Circonstances atténuantes (1939), de Jean Boyer, où elle réussissait à exister entre Michel Simon et Arletty, ce qui n’était pas une mince affaire, mais aussi La Charrette fantôme (1939), de Julien Duvivier, ou un rôle d’une des religieuses du couvent des Anges du péché (1943), premier film et premier chef d’œuvre de Robert Bresson, même si dans un style encore assez peu bressonien.
Durant cette période, sur le tournage du très oublié Le Lit à colonnes (Roland Tual, 1942), elle fait l’une des rencontres les plus importantes de sa vie, celle d’un prometteur jeune premier, idole de toutes les femmes de l’époque, Jean Marais. Sous le charme de la belle Mila, celui-ci se met en tête de l’épouser et de lui faire un enfant, ce qui ne manque évidemment pas de surprendre, rétrospectivement, comme cela surprit aussi Jean Cocteau, qui n’en conçut nulle jalousie puisque c’est à Mila Parély qu’il confia le rôle de Félicie, l’une des mauvaises sœurs de Josette Day dans La Belle et la bête (1946), évidemment aux côtés de Jean Marais, avec qui Mila Parély resta très amie jusqu’à sa mort. En 1946 également, elle connut l’un de ses rôles les plus marquants (même si le film était loin d’être le meilleur de sa carrière), celui d’une ancienne star déchue du muet, face à une Edith Piaf qui s’essayait sans grand succès au métier de comédienne, Etoile sans lumière, de Marcel Blistène.
En 1947, dans Rêves d’amour, de Christian Stengel, elle fut une George Sand confidente d’un Franz Liszt interprété par un autre fameux "jeune retraité" du cinéma, Pierre Richard-Willm, dont il s’agissait presque du dernier film. Mila Parély, elle, rejouera notamment dans Le Plaisir (1952), du grand Max Ophüls, puis dans Blood Orange (1953), film d’un réalisateur anglais qui fera plus tard parler de lui pour d’autres types de production, Terence Fisher.

Edith Piaf et Mila Parély dans "Etoile sans lumière"
Edith Piaf et Mila Parély dans "Etoile sans lumière"

Retirée du cinéma (malgré son court retour sans lendemain à la fin des années 80 et au début de la décennie suivante), Mila Parély n’avait pas pour autant tourné le dos à ses activités artistiques et s’est longtemps beaucoup impliquée dans la vie culturelle vichyssoise, que ce soit au Pavillon Sévigné ou au Casino.
Avec elle, c’est vraiment un chapitre, glorieux, de l’histoire du cinéma français qui se ferme un peu plus et ne survit plus guère aujourd’hui qu’à travers Danielle Darrieux…


Merci à Yvan Foucart et Céline Colassin pour les précieuses informations recueillies sur leurs sites, en particulier celui de cette dernière, La Saga des étoiles filantes, impressionnante mine d'informations sur des comédiennes parfois très peu connues et dont on ne sait généralement pas grand-chose.






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Commentaires
De : Marziska

Il m'a été donné de croiser Mila Parély sur les parcs à Vichy voici quelques années. Emotion...

De : ray

il m a été de rencontrer mila parely il y a 20 ans a vichy et c etait encore
la classe et une beauté eblouissante

un ange est passé et j ai encore toute sa lumiere !!!!!!!!!!!!!

De : celine colassin

Merci d'apprécier mon modeste travail et d'en faire louange, même si c'est hélas dans de tristes corconstances. Celine.

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