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Mort de Mark Linkous, leader de Sparklehorse
Dossiers/hommages
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Les artistes sont souvent réputés pour leur plus grande acuité de jugement, leur plus grande sensibilité au monde qui les entoure. Après Vic Chesnutt il y a quelques mois, le message que vient de nous envoyer le suicide de Mark Linkous est terrible : non, it’s not a wonderful life (pour faire mentir le titre d’un des albums de son groupe Sparklehorse) et cette vie ne vaut pas/plus d’être vécue… Il est vrai que la sienne entretenait de douloureux points communs avec celle de Chesnutt (au-delà d’une démarche musicale assez proche également, visant à mixer l’héritage du blues, du folk, de la country avec l’attitude du "rock indépendant"). Réchappé par miracle d’une overdose (volontaire, déjà ?) en 1996, alors que Sparklehorse assurait la première partie de la tournée de Radiohead, donné même pour mort pendant quelques minutes, Linkous était resté paralysé de longs mois (Chesnutt, lui, ne s’est jamais relevé…). ![]() Sa musique était aussi le reflet d’une âme évidemment tourmentée, son chant souvent comme une plainte. Mais elle était bien trop belle pour se laisser réduire à un quelconque misérabilisme. En quinze ans de "carrière" (mot étrange, quand on évoque sa mémoire), Sparklehorse n’aura laissé que quatre albums, tous indispensables : Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995), dont le titre indiquait déjà très clairement à quel point Linkous se plierait peu aux diktats du marketing, Good Morning Spider (1999), It’s a Wonderful Life (2001), si ironiquement nommé, donc, Dreamt for Light Years in the Belly of a Mountain (2006). Souvent plus énergique, parfois presque solaire (!), en tout cas plus pop, ce dernier très bel album (parfois mal reçu par les fans pour les raisons précitées) laissait pourtant présager d’une éclaircie, à la fois dans la vie et dans le musique de son auteur. Son dernier projet discographique abouti de son vivant, réalisé en collaboration avec le producteur aux mille visages Danger Mouse, Dark Night of the Soul (avec la participation active de David Lynch, également), avait plutôt remis les aiguilles du compteur dans le noir. Linkous laisse également un bel héritage de producteur derrière lui. Il avait produit le premier album du side project de Nina Persson, la chanteuse des Cardigans, A Camp. Mais surtout contribué à l’entretien du mythe vivant Daniel Johnston (à la psyché encore plus torturée que la sienne), dont il produisit Fear Yourself (au titre plutôt prémonitoire) en 2003, avant d’être le maître d’œuvre d’un tribute hommage à son grand mentor musical en 2004, The Late Great Daniel Johnston : Discovered Covered ("late", mais Johnston n’était pourtant pas mort), avec notamment des collaborations de Beck, Death Cab For Cutie, Bright Eyes, Tom Waits ou… Vic Chesnutt. Pour nous consoler de notre malheur, attendons fébrilement ce qui restera comme le dernier album de Linkous, sur lequel il travaillait avant son suicide et qui, apparemment, était presque terminé.
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