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Mort de Bernard Giraudeau à l’âge de 63 ans


Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-07-17



 
On ne pas va se raconter d’histoires : la carrière de Bernard Giraudeau, qu’elle fut cinématographique, théâtrale ou littéraire, ne fut pas de celle de nature à nous faire grimper au rideau. Pour dire les choses encore plus clairement, on y compte même un nombre conséquent de ces films qui n’ont pas fait honneur au cinéma français des années 80-90, toutes ces années Gilles Béhat / Gérard Vergez de triomphe commercial d’un cinéma hexagonal de peu d’ambition artistique.
Pour autant, on a toujours eu une sympathie particulière pour Bernard Giraudeau, dont l’itinéraire professionnel, malgré tant de mauvais choix (mais l’a-t-il toujours eu, ce choix ?...), force le respect. Peut-être aussi parce que, contrairement à la plupart de ses collègues des planches ou des plateaux, Giraudeau avait eu une vie, avant celle de comédien. Assez brève, certes (une dizaine d’années) mais bien remplie : celle de marin dans l’armée. Ses tours du monde sur des porte-avions, des porte-hélicoptères, des frégates lui ont fait voir du pays, découvrir beaucoup de cultures (il s’en nourrira abondamment pour son œuvre tardive d’écrivain et de cinéaste, notamment documentariste), l’ont fait citoyen du monde, terme souvent galvaudé mais s’appliquant bien à sa personnalité.

Il n’a donc eu la vocation de comédien qu’à 23 ans, mais son grand talent (qui lui valut un premier prix de comédie classique et moderne au Conservatoire national supérieur d’art dramatique) ne tarda pas à lui procurer des engagements, aussi bien au théâtre qu’au cinéma ou à la télévision.
Au théâtre, des collaborations assez prestigieuses en attendant le grand rôle au cinéma, avec Jean-Laurent Cochet, Jorge Lavelli ou Jean Negroni, pour y jouer Joe Orton, Kleist, Arrabal ou Giraudoux, donnant déjà une idée de l’étendue de son registre. Au cinéma, d’abord pas mal de petits rôles, dont un tout premier chez Sergio Sollima (Revolver, 1973), certains amusants avec le recul (Bilitis, 1977, de David Hamilton avec Patty "Lady" D’Arbanville).
Le premier rôle marquant de Bernard Giraudeau pour le grand public fut dans un succès totalement inattendu, Et la tendresse, bordel ? (1979), de Patrick Schulmann, confirmé par le second rôle du beau gosse tentateur de La Boum (pour la maman Brigitte Fossey, pas pour Sophie Marceau, quand même), qui va imposer son physique très avantageux à l’écran, renforcé d’yeux bleus n’ayant rien à envier à Paul Newman (dont il n’aura pas tout à fait la carrière…).

"Hécate" (1982, ici avec Jean Bouise), adaptation de Paul Morand ambitieuse de Daniel Schmid, malheureusement plutôt ratée
"Hécate" (1982, ici avec Jean Bouise), adaptation de Paul Morand ambitieuse de Daniel Schmid, malheureusement plutôt ratée

Dès lors, les premiers rôles s’enchaînent vite, ou les seconds, mais dans des productions commercialement ambitieuses à défaut d'être toujours artistiquement convaincantes : Viens chez moi, j’habite chez une copine (Leconte), Passion d’amour (Scola), Le Grand pardon (Arcady), Le Ruffian (Giovanni), L’Année des méduses (Frank), Les Spécialistes (à nouveau Leconte), Bras de fer (Vergez), Les Longs manteaux (à nouveau Béhat). Parmi ces films, où il cultive volontiers une image virile et pas toujours très subtile qui devait probablement l’amuser, Rue barbare (Gilles Béhat, 1984) constitue un symbole : il cherche à y casser son image de jeune premier en arborant marcel, pectoraux, moustache et rouflaquettes dans une adaptation de David Goodis (vraiment malchanceux avec le cinéma français) qui singe assez ridiculement le cinéma d’action américain.

Alors qu’il poursuit parallèlement une carrière théâtrale forcément plus épisodique mais marquée par de beaux succès (K2, Les Liaisons dangereuses, La Répétition ou l’amour puni et le diptyque de Jules Renard, Le Plaisir de rompre et Le Pain de ménage, ces trois dernières pièces avec sa compagne, Anny Duperey – joli couple, ma foi), sa filmographie prend une nouvelle orientation à partir de Poussière d’ange (Edouard Niermans), en 1987. Fini les films d’action, place à des films plus psychologiques, souvent plus fragiles et ambitieux (L’Homme voilé, de Maroun Bagdadi, Une nouvelle vie, d’Olivier Assayas), malheureusement rarement pleinement réussis. Il entame d’ailleurs en même temps une carrière de réalisateur, d’abord à la télévision (La Face de l’ogre, en 1988, avec Anny Duperey), puis au cinéma, avec L’Autre (1991, adapté d’Andrée Chédid, avec Francisco Rabal), puis Les Caprices d’un fleuve (1996, avec lui-même et Richard Bohringer), adapté de son propre roman éponyme.
Le milieu des années 90 le voit d’ailleurs additionner les succès, réussissant dans pratiquement tous les domaines : réalisation, littérature, théâtre (L’Aide-mémoire, L’Importance d’être constant, Le Libertin), acteur au cinéma (avec l’énorme succès de Ridicule, pour lequel il retrouve Patrice Leconte) et à la télévision (Saint-Exupéry : la dernière mission).

En flic dépressif et ravagé par l'alcool dans "Poussière d'ange"
En flic dépressif et ravagé par l'alcool dans "Poussière d'ange"

Après ce qui s’annonçait comme un possible nouveau tournant dans sa carrière de comédien (Gouttes d’eau sur pierre brûlante, de François Ozon d’après Fassbinder, où il créait la surprise en homme d’affaires homosexuel), Bernard Giraudeau fut atteint d’un cancer. S’en est suivi un combat de dix ans, qu’il a finalement perdu ce 17 juillet 2010 mais qu’il a mené avec beaucoup de dignité et de transparence, ne ménageant pas son énergie pour soutenir les instituts médicaux spécialisés dans le traitement de la maladie. Ses activités professionnelles en ont évidemment été ralenties mais peut-être le cancer lui a-t-il "permis" de prendre plus de risques au cinéma, malheureusement rarement couronnés de succès commercial (Ce jour-là, de Raul Ruiz, Les Marins perdus, de Claire Devers, Chok-Dee, de Xavier Durringer), compensés par une carrière littéraire à laquelle le public a toujours été fidèle, dans laquelle il était souvent question de mer et de marins, sa première passion de Rochelais…

Très souvent nominés (trois fois aux Molières et cinq fois aux Césars, dont une nomination comme réalisateur) mais jamais couronné, il aurait pu avoir une autre trajectoire à l’écran, peut-être celle d’un Terence Stamp, dont il partageait la beauté classique. C’est peut-être ce que pensait Bernard Rapp (lui aussi emporté par le cancer, plus rapidement), qui, après avoir dirigé l’Anglais dans Tiré à part, avait engagé le Français pour Une affaire de goût (2000), récit de domination perverse où l’interprète de Théorème aurait probablement aussi fait merveille.






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Commentaires
De : Et la tendresse Bornu ?

Peu à rajouter si ce n'est que la sympathique que dégageait le Paul Newman français était inversement proportionnelle au peu d'intéret de sa filmographie dans les grandes lignes. Disons pour reprendre l'analogie Newman/Giraudeau que la soupe de Giraudeau c'était à l'écran qu'elle se voyait

De : annie dupeyrey

Si d'aucun pouvait avoir l'humilité et la pudeur de Bernard GIRAUDEAU ...

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