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Deux nouveaux forfaits pour le net label suisse Insubordinations.
Les sorties
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Fondé en 2006, Insubordinations est un net label romand dédié aux musiques improvisées et il faut bien admettre qu'en Suisse cette approche musicale marche plutôt bien. Au nombre de ses adeptes, Antoine Chessex. Le manifeste d'Insubordinations est simple : faire de la musique libre «saisie sans artifices», [dans une] explosion d’énergies, [de] constructions spontanées, [de] structures malmenées […]», suivant un procédé de circonstance : l’improvisation. «[Cet] art précieux mais fragile du rebond, du dialogue, de l’errance, de la quête, où quelques secondes de vertigineuse beauté se paient par des minutes de tâtonnements, d’impasses ou de ratés» (1). ![]() Leur catalogue balaie un spectre allant du free-jazz à l’électroacoustique selon des modalités tout aussi simples : échanges, souplesse des configurations, alphabets in process, télescopages, essais sur laptop, performances transdisciplinaires, parfois des incursions en happening. A la base du projet, deux genevois : Laurent Peter (de d’Incise) et Cyril Bondi (de Diatribes). Avec l’envie de bricoler des paysages sonores. Au départ bien sûr quelques contraintes, quelques partis pris puis le hasard, auxquels chacun tente d’apporter une couleur, constitue le noyau de productions disponibles au format MP3, voire pour certaines d’entre elles en édition limitée dans un packaging fait main. Ces défenseurs de la culture libre passent par la fréquentation des frontières jusqu‘à leur dépassement, par des hybridations, des rencontres de matières et de textures, la confrontation de langages et d‘héritages, l’attention portée à la nature de l’écoute et à la production, l‘utilisation d’objets insolites pour créer des résonances, des fragments sonores, qui, en relief, qui en écho, qui, en juxtapositions, superpositions, et en dialogue tendu, par dilation ou compression, oscillation et samples, peignent des abstractions sensorielles dont la saisie, l’apprivoisement ne se font totalement qu’en situation d‘écoute répétée, dans la déconstruction de perceptions délestées des schémas de représentation habituels. «Arriver à l’impossibilité de mémoire visuelle suffisante pour transporter d‘un semblable à l‘autre l‘empreinte en mémoire» (2). Une démarche qui, sans être révolutionnaire, contribue à alimenter le développement des scènes d’avant-garde, particulièrement en forme depuis quelques années.
Le projet à dominante helvète, mais pas que! - Francisco Lopez intervient notamment sur certains projets - étoffe pas à pas une sonothèque digne d‘intérêt (Karst, Potlatch, Relentless). S’y greffe en 2010 un collectif de musiciens inspiré du London Improvisers Orchestra : l’Insub Meta Orchestra. Insubordinations est ainsi et enfin ce préambule rêvé à la scène, tremplin avant le grand saut, dont l’un des repères fétiches reste le Cabinet, café culturel phare du centre de Genève. Et parce qu’il s’agit de tâter du concret, ils s’arrangent pour trouver des points de chute ici et là. Le festival Rue du Nord, entre autres, qui d’ailleurs bat son plein là tout de suite à Lausanne.
Insubordinations inaugure tambour battant cette nouvelle année en ajoutant deux albums à sa petite entreprise prolifique. Le premier sorti en Janvier dernier est né d’une collaboration de d’Incise, Karcher, Hennig et Sciss. Au programme, une esthétique industrielle au scalpel pour quatre plages à la durée variable. Quatre plages aux abords abrupts, mais prenants, résolument immersifs, en particulier sur les pépites : Einen einzigen Schuss abfeuern et Dass die Kruste, qui, dans l’après de l'écoute, laissent retomber, volatile, un zeste fantomatique du BBC Radiophonic Workshop. Prometteur.
A suivre aussi le Lacrimosa de Plaistow, sorti ce mois-ci. (1), in Tribune de Genève, article du 16 Août 2011 de Luca Sabbatini.
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