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Zou Peng - "Sauna on moon"

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Posté par Gaël Martin le 2012-09-24



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A la suite de Jia Zhangke, de nouveaux cinéastes chinois tentent de creuser un sillon critique dans le cinéma chinois contemporain. Cette génération refuse les messages simplistes et utilise l'image, pour déconstruire autant la propagande du régime que pour se montrer extrement critique vis-à-vis du capitalisme. La propagande par l'image qui a fait les beaux jours du Maoïsme, n'est pas l'apanage du communisme, le capitalisme use de l'image pour imposer son idéologie: la publicité. Zu Peng fait parti de cette génération, et se montre si redevable au réalisateur de The World qu'il lui emprunte son chef opérateur : Lu Lik Wai, lui même réalisateur, dont les films (tel, All Tomorrow's Party) sont souvent parvenus jusqu'à nous.




Sauna On Moon est un film sur les laissés pour compte de la conversion d'une dictature maoïste en un laboratoire d'un néolibéralisme le plus corrompu. Tout est dans le titre, Sauna On Moon est en effet une expression dérivée des paroles d'un classique de la musique populaire chinoise. Elle désigne, de façon poétique, ceux qui vivent en marge. Cette marge, Zu Peng a pu la rencontrer lorsqu'il travaillait comme tailleur et c'est à travers ce travail qu'il a fait la connaissance de prostituées avec qui il s'est lié d'amitié. C'est en les cotoyant qu'il a découvert un monde complexe qu'il a cherché, depuis, a mettre en scène. Avec Sauna On Moon, il tente de proposer sa vision de l'industrie du sexe. A l'image de Zhangkhe et sous l'influence du néoréalisme italien, Peng décrypte de façon quasi documentaire la vie d'un bordel. Loin de la beauté plastique d'un Appolonide ou des Fleurs de Shanghai il se refuse également à verser dans un glauque attendu et moralisateur. Non, la prostitution y est un business comme un autre et le bordel filmé comme une PME qu'il faut gérer avec des clients à satisfaire, voire à soudoyer. Alors que ce business est, en Chine, puni sévèrement de la peine de mort on comprend, avec le film de Zu Peng, que cette économie prolifère et que le bordel est un des principaux centre économique pour le pays dans son ensemble, cadres dirigeants compris. Les allusions à la corruption des hauts-fonctionnaires sont à peine esquissées mais déjà suffisament, pour que, en plus du sujet abordé, le film se voit interdire la distribution en Chine. L'image de cette Chine qui tente de s'en sortir par la libre entreprise n'est guère plus glorieuse. Si à travers le portrait des femmes d'une belle subtilité l'on devine que le film leur est dédié, il n'y a pas de possibilité pour elles de s'échapper de leur condition d'exploitées. L'argent n'y est pas « facile » et pour une ouvrière qui réussi, avec opportunisme, a échapper a la prostitution, combien d'autres se font battre, racketter et violée par leur proxénète ou leurs clients ?




Alors que la propagande d'Etat, sans grande conviction, tente de faire de la publicité pour la grandeur du communisme, le capitalisme en Chine transpire de partout. Il n'est, dès lors, pas étonnant que Peng soit autant fasciné par la figure de la statuette ou de la poupée (parfois humaine). Il faut y voir, sans doute une victoire du capitalisme sur le communisme. Le fétichisme dont le réalisateur fait preuve, fait écho à l'une des grandes idées du capitalisme mis en avant par Karl Marx : le fétichisme de la marchandise, de l'objet au corps et du corps comme objet. On en attendait pas moins d'un cinéaste venant de l'industrie du vêtement. Tout le mérite du film de Zu Peng est de souligner l'impasse dans laquelle se trouve la Chine entre deux systèmes qui nient l'individu en tant qu'être humain.







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