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Xavier Beauvois - Des hommes et des dieux
Sorties salles
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On retrouve dans Des hommes et des dieux, qui a valu à Xavier Beauvois un Grand prix parfaitement mérité au dernier Festival de Cannes (quinze ans après le prix du jury obtenu pour N'oublie pas que tu vas mourir), la sobre et profonde limpidité des films qui l'ont précédé. Comme son titre, à la fois net et éloquent de mille manières, ce film revient sur l'assassinat des sept moines trappistes français de Tibéhirine survenu dans le contexte de la guerre civile algérienne avec une finesse dans la précision qui lui permet de transcender les faits (et les débats qu'ils ont pu susciter), et le potentiel contenu religieux du récit, pour tisser pas à pas, sereinement, un lien délicat mais indéfectible comme une promesse, comme un voeu monastique, entre toutes les choses qui composent cet univers simple mais intense que Beauvois n'a manifestement pas créé en une semaine. Et entre cet univers —décrit sur un ton de neutralité qui donne une impression de parfait équilibre, d'harmonie— et le spectateur.
À Cannes, la presse s'est beaucoup concentrée sur la décision qui est au coeur du film et ses raisons. En effet, quand un groupe islamiste massacre des travailleurs étrangers, les moines, bien intégrés dans la vie du village musulman où se trouve leur retraite, se voient proposer par une armée corrompue une protection qu'ils refusent sans détours, par intégrité. C'est à vrai dire le guide de cette communauté, formidablement interprété par Lambert Wilson, qui refuse pour les autres —ces derniers lui reprochent même de n'avoir pas pris le temps de les consulter, même si, précisent-ils, la réponse aurait été la même. Se pose ensuite la question d'un possible départ et de nouveau, la décision vient, après consultation mais sans la moindre hésitation, parce que c'est une position de principe. Le ressort de l'intrigue n'est donc pas la teneur de la décision, mais la manière dont les moines la vivent, et le suspense (comme souvent chez Beauvois) vient de l'attente d'une fin qui n'a d'incertaine que le moment où elle surviendra. Mais la beauté du film vient surtout de la sérénité à l'approche de l'heure fatale dont on est pénétré.
Ce sentiment de quiétude, qui ressemble de plus en plus à une ataraxie, nous est communiqué à mesure qu'on observe la vie des moines et qu'en la comprenant, on comprend qu'ils ne pouvaient pas ne pas accepter le sacrifice en même temps qu'on en prend toute la mesure. On les voit d'abord parmi d'autres hommes, d'autres hommes qui ont d'autres dieux mais qu'ils aident et accompagnent dans leur vie quotidienne parce que tous ensemble, ils forment aussi une communauté villageoise dont les frères sont explicitement décrits comme indissociables. On assiste à leurs activités séculaires, mais aussi aux rites qui marquant leur cohabitation avec le divin –à leurs chants parfaitement ordonnancés, à leur patiente étude... Dans le même temps, parce que ces deux éléments, l'humain et le divin, sont toujours simultanément présents l'un à l'autre, les hommes en eux, avec leurs peurs et leurs faiblesses, sont de plus en plus révélés. Des bribes de leurs vies extérieures et antérieures au monastère sont brièvement évoquées également, mais l'élément humain, et le sain prosaïsme qui l'accompagne, doit beaucoup à la présence charismatique et pleine d'humour de Michael Lonsdale, avec ses incursions dans le langage familier (qui nous le rendent plus proche) et la séance de lecture du journal L'Équipe qui est faite à son chevet un soir qu'il est souffrant. Humain et souffrant, et conforté par un frère, car on perçoit, enfin, de plus en plus intensément, en la voyant à l'oeuvre, cette belle fraternité qui unit aussi entre eux ces religieux qui sont les frères de tous.
Ainsi, le "et" dans Des hommes et des dieux représente plus qu'une juxtaposition, c'est une union, une fusion. Rien ici n'est présenté comme un entité solitaire, tout est défini dans ses relations avec les autres choses ou êtres, et ce que le film parvient à faire progressivement, c'est à nous envelopper dans cette harmonie métaphysique, à nous inclure dans cette communion. Tant et si bien que quand survient la paroxystique scène du dernier repas (sur fond de musique classique païenne), en observant longuement les visages des moines, où toutes les émotions affleurent calmement, on a un peu l'impression de toucher à cet absolu auquel ils ont choisi d'offrir leurs vies.
Sous ses airs de film bien rangé, Des hommes et des dieux est un acte de cinéma non-religieux mais presque mystique qui part du réel, passe par la fiction, et finit par tout englober en touchant l'absolu. Des hommes (nous compris), des dieux (y compris ceux du cinéma), des dieux qui sont aussi des hommes, des hommes comme des dieux... tout se fond en un tout dont l'habile créateur est le cinéaste. Retrouvez d'autres articles sur Xavier Beauvois : Triomphe de "Des hommes et des dieux" : symptôme hâtif ?...
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