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X (la croix), sur Kyoshi Kurosawa
Dossiers/Hommages
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Dans ma note sur Cure, de Kiyoshi Kurosawa (1997), j'avais (volontairement, car je n'avais pas de réponse très intéressante) éludé la question de la récurrence de la croix (X). Les victimes de Cure ont pour point commun d'être marquées, ou de marquer leur environnement, par un X. Frédéric Astruc (Cadrage, décembre 2005) y voit plusieurs significations possibles (je le cite) : - comme marque d'anonymat : dans la société japonaise, l'individu s'efface devant le groupe [...] - comme trace d'une absence de mémoire et d'identité - comme signe d'une maladie inconnue et incurable Le "X" est possiblement un "tout" qui concentre toutes les données pathologiques et en même temps une croix qui en assure l'éradication. La croix comme symbole de l'anonymat ou de l'absence d'identité, cela tombe sous le sens (on peut ainsi penser à la croix utilisée comme signature par les analphabètes). J'insisterai alors davantage sur la conclusion de Frédéric Astruc : "Au bout du compte, le "X" du film nous conduit à un autre signe, "µ", évoqué par Barthes dans son Empire des signes, qui se prononce "mu" et qui signifie le vide." Je trouve son interprétation particulièrement intéressante, mais j'y ajouterai une dimension supplémentaire. Cure traite en effet du thème de la contamination : contamination du corps social, passage d'un mal d'individu en individu. Cela amène à rapprocher le signe graphique du X de la croix qui marquait auparavant les maisons touchées par la peste, comme en atteste ce passage à propos de l'épidémie de peste qui a frappé Louviers aux 17 et 18è siècles (Abbé Delamare, Histoire des Rues de Louviers) : "Partout des maisons cadenassées, les écoles fermées, personne dans les églises ; tous mourant ou soignant ceux qui meurent, tous voulant fuir la ville maudite, et tous repoussant au loin les malades qui périssaient dans les champs. A travers les rues désertes, se déroulait le cortège des processions évitant les quartiers les plus infestés et croisant parfois les convois de lourds chariots précédés de torches funèbres qui transportaient les victimes de la nuit. Partout, c'est l'isolement, la séquestration absolue des malades dans la maison où le fléau était apparu et qu'on marquait d'une croix blanche pour la signaler à tous. On instituait alors des "médecins de la peste", désignés par le collège des barbiers-chirurgiens, et qu'on reconnaissait à leur robe violette marquée d'une croix blanche." Le X est dans les deux cas le signe du chaos global à venir, chaos qui dans Cure est issu de la perte d'identité, de mémoire, et qui conduit le pays vers le vide. Et c'est en fait en regardant un autre film que j'ai pensé à ce X : Ghosts of Mars (Carpenter, 2001), qui reprend lui aussi porte sur le thème de la contamination... et qui lui aussi reprend le motif de la croix comme marque de la contamination par le mal : Voilà pourquoi j'insisterais pour ma part autant sur la signification de l'anonymat, de la perte d'identité, que sur la notion de contamination portée par le X. Retrouvez d'autres articles sur Kiyoshi Kurosawa : Kiyoshi Kurosawa - "Cure" Kiyoshi Kurosawa - "Tokyo Sonata" Kiyoshi Kurosawa - "Mon effroyable histoire du cinéma - entretiens avec Makoto Shinozaki" (Livre)
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