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 Alfred Hitchcock - "Le Rideau Déchiré" (1966, reprise)

 Aaron Fernandez - "Palma Real Motel"

 Sidney Lumet - "Le Prêteur sur gages" (1964)

 Richard Linklater - "Boyhood"

 Bill Douglas – "Comrades" (1987)

 John Frankenheimer - "Seconds, l'opération diabolique" (1966)

 Paris Cinéma 2014 (1) - "Jauja", "Chemin de croix" et "Sunhi"

 Paris Cinéma 2014 (2) - "L'incident" et "Seconds"

 Paris Cinéma 2014 (3) : "Party Girl" et "A Cappella"

 Paris Cinéma 2014 (4) - "Au Revoir l'été" et "Mange tes Morts"

 Paris Cinéma 2014 (5) - "L'institutrice" de Nadav Lapid

 Jonathan Glazer - "Under the skin"

 Howard Hawks – "L'impossible Monsieur Bébé" (1938)

 Joseph L. Mankiewicz - "Chaînes Conjugales" (1949)

 Hong Sang-soo - "Sunhi"

 Dean DeBlois - "Dragons 2"

 David Robert Mitchell – "The Myth Of American Sleepover" (2010, DVD)

 Jean Epstein - "La Chute de la Maison Usher"(1928)

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Wayne Wang - "Un millier d'années de bonnes prières" & "La princesse du Nebraska"

Sorties salles
Posté par Nathako et Gee Wee le 2008-07-20



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Wayne Wang


Deux films, deux regards, deux femmes, deux adaptations de nouvelles de Yiyun Li. C'est un projet intéressant que nous livre Wayne Wang en réunissant deux textes de cette auteur, un exercice de styles en même temps qu'un prisme à deux faces.
Les deux films pourraient être compagnons, mais pas inséparables. Même s’ils se font tous deux portraits de femmes chinoises plongées dans la culture américaine, les histoires sont bien différentes et surtout indépendantes.
Il parait néanmoins intéressant de parler des deux films dans un même texte, parce qu’en tant que compagnons justement, les deux films évoquent des questions similaires, comme celle de la liberté, du bonheur, de la famille, de l’appartenance culturelle ou encore de l’attachement.

Diaphana, pour respecter cette unité et ce lien qui rend les deux films interactifs, sort Un millier d'années de bonnes prières et La princesse du Nebraska le même jour. De quoi passer de l'un à l'autre et mesurer la grande précision du geste filmique de Wayne Wang et son immense sensibilité à capter et cristalliser les relations humaines et les émotions.
Ce qui surprend à la première vision des deux films, c’est la différence de traitement. Le premier est filmé de manière extrêmement statique, tandis que le deuxième est fébrilement dynamique. Des plans fixes et longs (dont certains plans séquences) dans le premier, des plans courts et brefs dans le second. Wayne Wang explique : "En général, mon premier film est bien préparé, précis, avec un scénario très complet. Après l'avoir tourné, j'aime relâcher la pression, suivre mon instinct et improviser quelque chose de moins structuré." Le réalisateur de Smoke et Brooklyn Boogie avait déjà adopté cette démarche pour les films Eat a bowl of tea et Life is cheap but toilet paper is expensive en 1989.


***

Yilan (Faye Yu)


Un millier d’années de bonnes prières
M. Shi vient de Chine pour passer quelques temps auprès de sa fille, Yilan, installée dans une petite ville des États-Unis. Intrusion. M. Shi est un vieil homme, ancien communiste engagé, attachant son foulard rouge sur la poignée de sa valise pour mieux la distinguer à l’aéroport. Il semble avoir eu une vie mouvementée, à cause de son activité de militant, et ne semble pas avoir été très présent pour sa fille. Mais aujourd’hui il s’inquiète pour elle, suite au récent divorce de Yilan. Il pense qu’il peut lui venir en aide, ou au moins lui apporter son attention. Mais le temps a creusé le fossé. En arrivant chez elle, dans son appartement, dans sa vie quotidienne, dans son intimité, il se rendra vite compte du décalage sentimental qui les sépare. Malaise dans l’amour, impossibilité de communiquer. Yilan ne manifeste aucun enthousiasme quant à la présence de son père, on a même l’impression qu’elle la subit. Pourtant, la personnalité du vieil homme est touchante. Curieux, toujours prêt à noter un mot de vocabulaire anglais pour mieux s’en souvenir, ouvert vers les autres, drôle, son intrusion dans la vie quotidienne américaine est attachante.
Le rythme du film est à son image, et il ressort de sa vision une sensation de douceur cinématographique, aucun plan n'est heurté, aucun raccord brutal, le rythme général est plutôt lent et épouse parfaitement le regard d'un vieux monsieur dans une bourgade des plus calmes.
Très aisément, malgré ses trois mots d’anglais, il rencontre des personnes et ouvre le dialogue, malgré le choc culturel qu’il prend en pleine figure (nudité des femmes, communication électronisée, négligence pour le petit déjeuner).
L'une des rencontres superbes dans le film est celle entre M. Shi et une dame iranienne qui se retrouvent régulièrement sur un banc, évoquant leurs vies et leurs soucis en alternant chinois, des rudiments d'anglais et persan. Ces séquences sont dialoguées avec grande originalité, et expriment beaucoup de justesse quant à la possibilité du dialogue.
Cette forme de communication spontanée et décomplexée, première facette du thème de la (difficulté de) communication, soulèvera vite un contraste avec celle, unilatérale et frustrée, que le père a avec sa fille. Malgré l’attention de M. Shi, Yilan reste comme bloquée par une sorte de rancune. Les seules scènes où les deux corps sont dans le même cadre sont celles des repas. La table est plus que conviviale par son contenu (une multitude de plats chinois passionnément préparés par le père), mais glaciale par l’impossible communication. Un jour, une phrase simple mais poignante se libère : « Quand on est heureux on est pas aussi silencieux ». M. Shi préfère la franchise au renfermement.


Mais le malaise est trop grand, la séparation visuelle, physique et morale se creusent. Le huis-clos devient étouffant, tandis que les séquences en extérieur sont des bouffées d’air. Décalage dans l’âge et la génération, décalage culturel, décalage dans la langue (elle n’aime pas exprimer ses sentiments dans sa langue maternelle qui lui est moins familière), décalage dans les modes de vie… Et la caméra dans tout ça reste au centre, ne préférant ni l’un ni l’autre des personnages, puisque chacun a sa part de responsabilité. Elle regarde, et témoigne de la confrontation permanente, et des tentatives de rapprochement, dans une grande sobriété de style.
Ce qui donne à cette histoire une belle dimension humaine est peut-être ce doux équilibre entre la douleur vécue et une certaine légèreté de ton avec laquelle le personnage de M. Shi est décrit. Un personnage naturel, spontané, et ouvert. Ce décalage avec le drame qu’il vit avec sa fille apporte une agréable touche d’humour, un humour qui fait peut-être finalement les petits bonheurs de la vie.

Il faut noter de plus la grande précision de jeu des deux acteurs Henry O et Faye Yu, tant ils parviennent par non-dits, regards, à rendre saillantes les divergences et les tensions entre les deux personnages. Cette finesse témoigne de la grande sensibilité de Wayne Wang, et finalement de cette légèreté, il ressort une très belle écriture de la différence entre les cultures, de la relation père-fille et des efforts à faire moralement pour affronter et surmonter un passé.
Lorsqu’à la fin le père décide de partir, quelque chose entre temps semble s’être dénoué. Yilan et son père se retrouvent pour une dernière (et vraie) discussion sur un banc semblable à celui sur lequel M. Shi se faisait des amis. Possible réconciliation dans la séparation. Tout est mieux comme ça, suffisait-il juste de le comprendre, l’accepter et le partager.


***

Sasha (Ling Li)


La princesse du Nebraska
On change complètement de contexte avec ce second film, pour retrouver Sasha, jeune étudiante chinoise à Omaha, Nebraska, en séjour à San Francisco avec l'intention d'y avorter. Plus jeune, plus extravertie que Yilan, Wayne Wang ne pouvait pas filmer Sasha de la même façon. San Francisco pose également un contexte urbain fort, imposant, vertigineux peut-être. Le cadre est rempli, le style plus nerveux : peu de plans fixes ou de mouvements lents, montage rapide, proximité des visages et des corps. La ville, le monde n'offre aucun répit à Sasha, pas de bancs où s'asseoir et observer sereinement le temps passer, pas de foyer, perte de repères, elle perd elle-même la maîtrise de sa propre vie.
Un peu à la manière de Hou Hsiao Hsien filmant la jeunesse perdue de Taïwan, Wayne Wang filme l’errance versatile de Sasha, dont le mouvement fébrile et incessant porté à la mise en scène ne fait qu’amplifier le vide qui l'entoure et fait surgir la question « mais pour aller où ? ». Sasha n’a pas de famille, pas de véritable ami, ni d’attachement sentimental, si ce n’est celui pour le père de son enfant, resté à Pékin et dont elle n’a plus aucune nouvelle.
Elle, est constamment dans le cadre, reste à l'écran la quasi-totalité du film, isolée du reste du monde. Une première Sasha se révèle, forte, exubérante, provocatrice qui veut répondre aux agressions extérieures et s'affirmer parmi des gens qui ne cherchent pas à la comprendre et qui la jugent. Mais on trouve finalement une Sasha fragile, déboussolée qui, quand elle parvient à s'isoler, révèle une réelle tristesse pour son histoire d'amour et la difficulté de vivre sa grossesse.


Cet unique (et vain) attachement à son amour est sans doute symbolisé par l’enfant pas encore né qu’elle porte en elle, dont l’avortement est à la fois désiré et grande source de remise en question. Garder l’enfant et maintenir un lien avec son pays d’origine, ou s’en détacher et couper ce poids qui la rattachait à la Chine. Choix de vie, choix d’identité, imposés dans une trop grande solitude et trop d’inconscience.
Sasha parvient tout de même, noyée dans ses soucis, à trouver quelques instants précieux où elle peut vivre sa propre histoire, consulter son journal intime, s'observer par le biais de son téléphone portable.
Ces insertions sont une réussite et relèvent l'aspect urbain et moderne du film qui peine parfois à être plus qu'une forme "à la mode". Elles articulent également le film vers quelques vingt dernières minutes portées par la grâce et la beauté de Sasha.
Si sa confrontation avec la gynécologue la met à nu et la force à exprimer la grande complexité de son choix, Sasha apparaît dans une fragilité irrésistible, et porteuse néanmoins d'une force de détermination sans égale. Accompagnés par la superbe chanson Hope There's Someone d'Antony and the Johnsons, les deux derniers plans sur Sasha immobile tiennent du sublime, elle semble s'élever, accomplie, entière, belle.




Deux bien beaux portraits de femmes, émigrées chinoises aux Etats-Unis, seules, cherchant à trouver chacune leur place en équilibre entre deux civilisations que tout sépare.
Si l'on excepte quelques imprécisions dans La princesse du Nebraska, la densité et la précision de la mise en scène de Wayne Wang sont exemplaires, le choix de ses acteurs particulièrement pertinent. Il s'affirme comme un cinéaste de la simplicité et de la douceur.

Un millier d’années de bonnes prières, avec Henry O, Faye Yu.
La princesse du Nebraska, avec Ling Li.
Deux films de Wayne Wang. Sortie le 30 juillet.
Distribués par Diaphana.




Bande-annonce pour les deux films
Plus d'infos sur ce film


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