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Vincent Ostria – "Crime" (avant-première)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-06-02



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Le premier long-métrage d’un critique (ou ancien critique) de cinéma fait inévitablement l’objet d’un regard particulier de la part de ses collègues. Comme si, de par son métier (ou sa fonction, car jusqu’à quand "critique" sera une profession rémunérée, le modèle économique introuvable du web pose la question, mais c’est un tout autre débat), le critique de cinéma était supposé produire une œuvre "différente" de ce que l’on voit déjà sur les écrans.
Cette différence ne saute pas toujours aux yeux et il y a parfois loin de la théorie des écrits radicaux à une pratique aux prises avec le pragmatisme des circuits de production (vieux procès, largement infondé, dressé à la Nouvelle Vague, censée avoir reproduit le cinéma "bourgeois" qu’elle pourfendait).
Avec Vincent Ostria, longtemps passé par les Cahiers du Cinéma et pilier (entre autres supports) de la rédaction cinéma des Inrockuptibles aujourd’hui, aucun risque de reproche du film déjà vu.


Philippe Petit, dans "Crime"
Philippe Petit

Crime (et non "Un crime", titre n’ayant jusqu’ici porté chance ni à Jacques Deray, ni à Manuel Pradal) a tout de l’OFNI, Objet Fimé Non Identifié. Un peu par sa texture (noir et blanc) ou par sa durée (un peu plus d’une heure seulement), mais surtout par sa forme et son propos, quelque peu obscurs.
Le verbe y étant rarissime (Sharunas Bartas, à côté, c’est Guitry), il est assez difficile de comprendre de quoi il est vraiment question et qui sont ces personnages à l’écran, que leurs actions, minimalistes, n’éclairent guère.
Usons du conditionnel et disons qu’il semble question d’un homme occupant une sorte d’appartement d’une tristesse infinie, ayant comme "co-locataire" un autre homme (asiatique) visiblement agonisant (ou peut-être même déjà mort, le film nous laisse longtemps avec cette interrogation), dealant apparemment dans des endroits assez déserts et annonçant à sa patronne (Eva Ionesco, à qui les années vont à ravir) sa décision de mettre un terme à cette activité. Mais il est aussi question, via une scène dialoguée de quasi comédie tranchant singulièrement avec le reste (comme si un morceau de cinéma "normal" apparaissait soudain complètement exotique et incompréhensible !), d’une revente de vieilles machines outils ou bien encore (scène plastiquement superbe, d’une troublante étrangeté), d’un tube de poudre noire livrée dans un pain de gélatine…

Eva Ionesco dans "Crime"
Eva Ionesco

N’importe quoi ? Probablement pas, pourtant, mais décider de rester à la porte d’un film refusant à ce point le moindre paillasson de bienvenue n’est pas tout à fait illégitime. C’est la limite de ce type de film flirtant avec l’abstraction, celle d’une sécheresse de traitement un peu théorique et de la gratuité de l’enchaînement des plans (pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? oui mais pourquoi pas ?).
Pour vraiment convaincre de sa démarche, il eut fallu que Vincent Ostria soit peut-être ou plus conciliant, narratif et/ou explicatif (et ce prologue en vidéo couleur qui semble en appeler à des fantômes des années 80 underground qu’il a bien connues, c’est quoi, au juste ?), ou plus radical et "plastique".
Tel quel, Crime évoque aussi bien le cinéma assez expérimental de F.J. Ossang (et sa présence dans le film n’a rien de fortuit) ou l’Eraserhead de David Lynch (pour ses ambiances "infra-industrielles"). Mais on sent que le film aurait aussi pu être une sorte d’héritier d’un cinéma aujourd’hui hélas sans réelle descendance, celui de Patrick Bokanowski (auteur notamment de L’Ange, au début des années 80). Crime s’en approche par son superbe noir et blanc, par l’étrangeté de quelques plans et surtout par son remarquable travail sur les ambiances sonores, jamais plus convaincant que quand il entraîne le spectateur aux confins de la nuisance acoustique.

Pas tout à fait suffisant pour faire de Crime (sans châtiment) un exercice pleinement convaincant de codification d’un "nouveau cinéma narratif expérimental". Mais suffisant pour en faire une expérience de cinéma différent, pour peu que l’on se donne la peine de s’y abandonner.






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Commentaires
De : message pour Cyril

Bonjour Cyril,
Mon producteur m'a transmis votre requête. Je suis tout à fait ouvert à la discussion
Je n'ai hélas pas eu votre mail.
Le mien n'est plus celui du DVD. Mais il est assez semblable. Il suffit de substituer sfr à tele.
A bientôt !
V. Ostria

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