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Video kills the radio star: "Talk Radio" d'Oliver Stone.

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Posté par Benjamin COCQUENET le 2012-01-19



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Réalisateur rompu à l'exercice du "biopic" ambitieux qui entremêle la grande et la petite histoire, Oliver Stone surprend avec Talk Radio, film discret mais puissant, qui se loge au plus près ses obsessions et angoisses: le pouvoir, la manipulation et la paranoïa… Le meilleur film du plus américain des réalisateurs.

Coincé entre "Wall Street" et "Né un 4 juillet", Talk Radio est un "petit" film d'Oliver Stone: petit budget, petite équipe… Adapté d'une pièce théâtre qui réduit l'action à un simple studio de radio et porté principalement par l'intensive logorrhée de son acteur pricipal, Talk Radio définissait déjà les limites de son dispositif, à contre-courant des ambitions de son réalisateur, tenté par des formes romanesques amples et des sujets ambitieux liés à la "Grande Histoire" du pays. Un choix étonnant de la part d'Oliver Stone mais qui s'explique simplement: l'aspect frontal du sujet et un dispositif de mise en scène à la simplicité trompeuse appellent un délai de réalisation rapide, dans l'attente d'un Tom Cruise disponible pour un prochain film déjà écrit, "Né un 4 juillet". Cette urgence, cette immédiateté est tout au bénéfice d'une œuvre qui n'aura pas le temps de souffrir des ambitions parfois trop évidentes, trop affichées, d'un réalisateur mégalomaniaque. Dégraissé, asséché, contrit entre deux œuvres, Talk Radio  est un concentré de colère vive, une auscultation sur une plaie encore ouverte: une forme de cocktail "Molotov".
 

Barry Champlain (Eric Bogosian, impressionnant) est animateur d’un talk show nocturne diffusé à Dallas: si la liberté d’expression est son credo, la rage et la provocation sont les réponses aux interventions des personnes osant s’exprimer dans son émission. Lorsque son émission s’apprête à être diffusée nationalement, l’animateur se voit confronté à sa propre irresponsabilité et son manque d’humanité.
 
Empire médiatique et logique du spectaculaire, responsabilité morale et démocratie, vérité et mensonges…
On devine vite ce qui a pu attirer Oliver Stone dans le sujet: une envie d'en découdre, comme à chaque fois, avec les démons qui nourrissent son pays, à l'aide d'une caméra-scalpel qui produira des images en prise directe avec leur temps. L'image à la rescousse de la critique sociale… Car cet animateur vedette n'est en définitive qu'un antihéros agressif, vulnérable et suicidaire, dont l'échange entre ses commentaires et les multiples voix qui le sollicitent ou l'agressent, renforcent la progression vers le drame le plus noir pour un homme en colère dépassé par son pouvoir à exhiber sur les ondes les vices, les manies et les menaces pernicieuses et déshumanisées de ses congénères.  Le film établit son étude des ondes radiophoniques en creusant le portrait de cette figure centrale. Oliver Stone navigue autour de son animateur en permanence  avec de simples regards qui témoignent d’un cruel paradoxe : Barry Champlain est victime du système qui lui a apporté la gloire. Son comportement va à l’encontre de ses idéaux. Talk Radio est une œuvre qui manifeste intelligemment notre incapacité à nous élever grâce à la technologie, le témoignage d’un échec qui perdure encore aujourd’hui.  
 


Peu différent des monstres qu’il affame et nourrit, Barry agit en outre comme un épicentre grâce à la superbe mise en scène d’Oliver Stone. Impressionnant de maîtrise, le film est aussi la plus  belle réussite de son auteur sur la façon dont la paranoïa peut être traitée à l’écran: contrairement à la vision iconique – voir mythique- qu'imposent les biopics, Talk Show n'ignore jamais l'humain, toujours au centre de l'image, pour mieux rendre lisible la dégradation mental de son personnage. Malgré l’unité de temps et de lieu – les trois quarts de l’intrigue se déroulant à l’antenne radio – le film multiplie les effets visuels dans un espace pourtant peu cinématographique, afin d’épouser le point de vue complexe, paranoïaque et mégalomane de son personnage principal.
On atteint ainsi un point d’orgue lors de la saillie finale, alors que le dialogue devient monologue, lorsque que l’animateur libère sa rage et sa colère face caméra, dans une sorte de mouvement centrifuge créé par la caméra d’Oliver Stone – un maelström hypnotique dans lequel s’enfermera finalement l’intéressé.

A la parole comme exutoire se substituera un instant une image-prison: c'est aussi l'acte de naissance d'une nouvelle ère médiatique qui se profile: celle de la toute puissance de l'image, qui aura, ultime ironie, "le dernier mot".
 



Retrouvez d'autres articles sur Oliver Stone :

Oliver Stone - "Wall Street, l'argent ne dort jamais" (Avant-Première)
Concours Culturopoing/CARLOTTA - "Talk Radio".


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