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Victor Erice - "L'esprit de la ruche"

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Posté par Nathalie Benady le 2008-02-13



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Voilà un film qui laisse des traces, un film très beau par son étrangeté, son climat (sonore et visuel), son rythme et son propos : L'Esprit de la ruche, de Victor Erice, réalisé en 1973. A sa sortie le film rencontre un vif succès populaire (malgré le fait qu'il ne soit pas spécialement facile à regarder, on peut parler de film "exigeant"), et a été peu à peu oublié au fil des années. On se demande comment cela est possible, étant donné les grandes qualités du film. L'histoire se déroule dans un village isolé de Castille, dans les années 40. Le climat social est austère, c'est la fin de la guerre civile en Espagne. Mais les enfants sont tous excités à l'idée d'accueillir le forain projectionniste, qui en deux trois mouvements installe une salle de cinéma dans le village et projette Frankenstein, de James Whale. Dans la salle, fascinées par le personnage du film, Ana et sa grande sœur Isabel écarquillent des yeux.

 


Petit à petit, nous découvrons la famille : deux sœurs (presque) inséparables, un père trop occupé par ses ruches, et une mère occupée par une correspondance épistolaire mystérieuse. Leur maison est habitée par l'austérité, le froid et le silence. Frôlant la mort. Pourtant, deux petites flammes s'agitent comme elles peuvent, et tentent (inconsciemment) de réchauffer leur environnement quotidien, livrées à elles-mêmes. En effet, faute de présence parentale, les deux fillettes laissent libre cours à leur imagination, différente selon la personnalité de chacune, et s'inventent un monde. L'une, Isabel, est plus aventureuse et légère, l'autre, Ana, est plus sombre et réservée. Le film est raconté et vécu à travers leur regard. Le pouvoir d'identification est pourtant puissant. Grâce à une mise en scène précise. Nous sommes propulsés à la fois dans la complicité des deux sœurs, et dans la solitude d'Ana. Leurs peurs, leurs fantasmes, leur curiosité, leur avidité... tout ces sentiments nous prennent le cœur. Avec elles, on rit, on parle tout bas (cette première scène au coucher dans leur chambre, après la projection de Frankenstein, est superbe), on s'imagine, on vit pleinement notre enfance, face à ces petites actrices qui transcendent la toile. Parlons un peu de l'aspect formel du film, qui contribue complètement à la force du film. Ce dernier est constitué de plans majoritairement fixes, et les cadres sont tous aussi beaux que des tableaux. Leur composition est très belle. La photographie quant à elle est à la fois sombre et claire, traduisant ainsi la belle dualité du film : lumière dans l'obscurité, obscurité dans la lumière. L'ensemble raconte une histoire où se mêlent rêves, angoisses et surtout poésie, beaucoup de poésie. Sans oublier une musique habitée par la même dualité : innocence enfantine et inquiétude. C'est un film très sensoriel, écrire à son propos fait remonter dans ma mémoire plein de moments sensibles. Ce film est une perle précieuse du cinéma espagnol.

 


Pour les curieux, le film est ressorti au Champo, toujours par la géniale équipe de Carlotta. 


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