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Valérie Donzelli - "La Guerre est déclarée"
Sorties salles
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La Guerre est déclarée, mais Valérie Donzelli a remporté (haut la main) la bataille de la mise en scène. Autant dire les choses crûment et pour ne parler qu'en mon nom, mon jugement n'étant pas partagé par tous à Culturopoing, la preuve ici : autant j'étais sorti de La Reine des pommes avec une furieuse envie de coller une paire de gifles à l'auteure d'un film aussi narcissique que peu inspiré (paire de gifles évidemment totalement métaphorique : on ne gifle pas les femmes - ni les hommes, d'ailleurs - et encore moins Valérie Donzelli), autant La Guerre est déclarée me donne une envie encore plus irrépressible de l'embrasser comme du bon pain. Pour son "humanité", sa "leçon de vie et de courage", son "message d'espoir" ? Pas vraiment, ou alors pas seulement. Ça, au fond, c'est l'affaire du scénario et, à la lecture de celui de La Guerre est déclarée, je ne suis pas certain que l'on en ressorte transporté. Ça ne veut pas dire qu'il est mauvais (certainement pas), juste qu'il suit un cheminement progressif classique, qui est celui de la maladie d'Adam et de la façon dont ses parents la vivent. Le seul parti-pris narratif un peu "en rupture" est celui de démarrer sur l'IRM d'Adam à huit ans, ne laissant ainsi pas planer de doutes sur sa guérison (dont on ne sait pas alors si elle est définitive), et donc de raconter le film en un long flash-back assez littéraire (1). Mais cette trame avait statistiquement plus de chance de se transformer en téléfilm appliqué (au mieux) qu'en un film qui rend au cinéma ce pouvoir de sublimation, d'enchantement, qui fait que le rythme de la vie, parfois, bat plus vite sur un écran que dans nos propres cœurs. ![]() Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm
Après La Reine des pommes, je ne pensais honnêtement pas Valérie Donzelli capable d'atteindre une telle maîtrise dans l'art de sa mise en scène. Mea culpa et comme cela fait plaisir de s'être trompé, dans un cas comme celui-là ! En dépit d'un casting pourtant reconduit presque à l'identique (le couple Valérie Donzelli / Jérémie Elkaïm, évidemment, d'ailleurs ici beaucoup plus convaincant, mais aussi Béatrice de Staël et même Laure Marsac, si rare que l'on est toujours ravie de la revoir), le changement de dimension est spectaculaire entre les deux films et Valérie Donzelli fait preuve ici d'une maturité artistique impressionnante pour un second long-métrage. Il faut associer aux éloges Pauline Gaillard, dont le montage est d'un timing souvent parfait, et Sébastien Buchman, dont la superbe photographie confirme, après Rubber (dont il n'était pas le chef opérateur), que l'appareil photo Canon 5D est décidément la meilleure caméra du moment... En promo intensive d'un film dont le destin a sans doute été bouleversé par une présentation plus que triomphale à Cannes, Valérie Donzelli se plait à répéter qu'elle a réalisé un "film d'action". C'est surtout vrai du rythme du film, globalement très tendu mais jamais hystérique, toujours à l'unisson de son sujet : presque frénétique lorsque la découverte de la maladie (tumeur au cerveau) commande l'urgence de l'intervention médicale et du déclenchement des mécanismes de solidarité de la famille et des proches ; beaucoup plus contemplatif quand, pour reprendre la métaphore militaire, le conflit semble s'embourber pour une durée que ses combattants ignorent et qui fissure le couple (2). ![]() César Desseix, Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli
Traversant le film et annoncé dès sa deuxième scène, celle de la rencontre du couple ("Je m’appelle Roméo. – C’est une blague ?!? – Pourquoi ? – Je m’appelle Juliette…"), il y a une vraie dimension ludique qui traverse La Guerre est déclarée et lui donne une bonne partie de son énergie. De petits détails pouvant paraître insignifiants mais désamorçant le piège du pathos, comme lorsque, après avoir pris conscience de la possible gravité de l’état de l’enfant, sa pédiatre empoigne par erreur un téléphone Fisher-Price pour appeler un collègue, ou quand, au sortir de l’opération d’Adam, son chirurgien croque une pomme. Le film ne fuit pas pour autant la dramatisation lorsqu’elle est nécessaire, qui passe presque entièrement par une utilisation de la musique, où, là aussi, Valérie Donzelli nous bluffe. Particulièrement avec l’utilisation assez géniale d’un thème peu connu d’Ennio Morricone (écrit pour une comédie romantique italienne des années 70, La Cosa buffa) dans la scène de montée d’Adam au bloc opératoire (3). A chaque problème posé par un sujet éminemment casse-gueule, Valérie Donzelli répond par de vrais choix de cinéaste (ou des choix de vraie cinéaste), l’un des plus forts étant de ne jamais "donner de preuves" à l’écran de la maladie : pas de scène de vomissement, par exemple, juste un plan, plutôt comique, de son résultat (un bébé tout dégueulassé). Choix probablement dicté par l’impossibilité de faire "jouer" un bébé (et encore moins de le faire vomir ou tomber sur commande) mais aussi par la croyance dans le pouvoir du cinéma : le film nous dit que cet enfant est malade alors il n’est aussi pour le spectateur. Et ça marche. Ses choix sont assez différents de ceux de deux autres cinéastes femmes (tiens, tiens, hasard ?) ayant aussi traité brillamment et pudiquement, plus ou moins récemment, de la maladie : Sólveig Anspach avec Haut les cœurs ! (1999), largement inspiré de sa propre expérience de la maladie, et plus encore la regrettée Christine Pascal avec son très beau Le Petit prince a dit (1992). Dans ces films, les effets de la maladie sont concrètement montrés, même si sans en rajouter, et la comparaison avec le dernier film cité est d’autant plus intéressante qu’il s’agit aussi d’un enfant. Mais la maladie étant ici incurable et l’enfant plus âgée, Le Petit prince a dit est davantage l’histoire d’une relation entre un père et sa fille (4). ![]() Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli
La Guerre est déclarée illustre enfin cette vieille règle qui veut que c’est en partant du plus intime que l’on atteint le mieux l’universel. Mais c’est tout un art… qui est celui de créer des personnages qui prennent leur propre autonomie par rapport à leurs modèles (Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, comme il est impossible de l’ignorer) (5). Cela passe évidemment déjà par le choix de leurs prénoms, Roméo et Juliette, donc, provoquant prise de distance, portée universelle et bonne dose d’humour. Mais surtout par un style qui est tout sauf documentaire, ni même "réaliste", au sens où on l’entend généralement. A partir d’éléments eux-mêmes bien réels (les situations décrites sont vraisemblablement très proches de celles vécues, les lieux de soin sont identiques, même le personnage de Frédéric Pierrot hérite du vrai nom du chirurgien "sauveur", le Pr Sainte-Rose - les parents, eux, semblent davantage stylisés), Valérie Donzelli a en effet réussi un film avec un vrai style (le format scope, a priori incongru mais qui témoigne d'une belle ambition), fuyant le naturalisme. La cinéaste est bien aidée en cela par un casting particulièrement bien choisi, de Frédéric Pierrot à Philippe Laudenbach, de Brigitte Sy à Anne Le Ny (6). Quand on ne sait pas toujours expliquer le pourquoi de la réussite d’un film, surtout quand il est aussi léger sur un sujet aussi lourd, on dit qu’il a la grâce. On se contentera de ce constat, sans chercher plus que ça à faire le malin. (1) La narration en voix off (assez truffaldienne) est peut-être la seule faiblesse du film, sur les scènes où elle ne fait vraiment que décrire ce que les images nous montrent déjà, en risquant de leur faire perdre de leur force. Je pense en particulier à la scène qui suit la "déclaration de guerre" et voit la famille entrer, littéralement, en état de "mobilisation générale". (2) Le film a l'élégance de rester très évasif sur cette question, ne perdant pas de vue son sujet : le combat contre la maladie de l'enfant. On a d'ailleurs plutôt envie d'écrire "avec", tant la maladie, finalement, n'y est jamais diabolisée. (3) Et l’on n’est donc pas du tout surpris d’apprendre que la musique sera un élément encore plus central du troisième film que Valérie Donzelli s’apprête à tourner cet automne avec Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm, qui sera apparemment intégralement (?) dansé. (4) Il est quand même plus que triste que ce beau film poignant n’ait jamais été édité en DVD et tout autant que Christine Pascal soit aujourd’hui bien oubliée… (5) J’entends déjà des voix s’élever contre l’overdose médiatique dont le film bénéficie (qui se retourne d’ailleurs assez régulièrement contre les œuvres concernées, même s’il semble que ce ne soit pas le cas ici). Je peux le comprendre mais acceptons aussi l’idée que les mouvements panurgiques peuvent aussi, parfois, être dictés par d’excellentes raisons. (6) Sans compter les caméos des copains/copines comme Katia Lewkowicz. Retrouvez d'autres articles sur Valérie Donzelli : Valérie Donzelli – "La Reine des pommes" Des DVD de "La Guerre est déclarée" à gagner avec Wild Side Vidéo et Culturopoing !
Commentaires
De : Florence Est ce que parfois ce parti pris de film d'action, d'évitement du pathos n'est pas un peu artificiel? je pense à l'utilisation que j'ai trouvé excessive de la musique, chaque fois qu'une scène est un peu "à risque" de ce point de vue. A de tout petit moment, la mise en musique tient lieu de mise en scène, et frise "le video clip", comme un tic de mise en scène qui se répète trop. Je voudrais aussi dire que bien que décrit que un film "porteur d'un message d'espoir", le film reste dur, n'éludant pas la question de la mort, l'isolement progressif du couple, son délitement. La maladie fait des ravages familiaux, et sociaux, malgré le système mis en place par l'hôpital (maison des parents), la grande qualité des médecins, du système de santé français, et la solidarité familiale. Insérer un commentaire : |
