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Triomphe de "Des hommes et des dieux" : symptôme hâtif ?... |
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Plus de 1 800 000 spectateurs en quatre semaines, dont 400 000 la quatrième semaine (résistance exceptionnelle à l’heure où l’immense majorité des films font l’essentiel de leurs recettes en salles lors des deux ou trois premières semaines) et il n’en fallait pas davantage pour que le presse fasse fleurir ses unes : "Des hommes et des dieux, le film phénomène qui bouleverse la France" (1). Avec évidemment, en pages intérieures, l’explication du pourquoi du comment à grands coups de psychosociologie des foules de comptoir. Déjà, à la base, la sociologie des foules est douteuse, mais alors, prodiguée par la presse magazine, principalement, c’est l’assurance d’un grand n’importe quoi où chacun voit midi à sa porte. Pour la presse la plus catho-conservatrice, le sacrement du film de Xavier Beauvois est évidemment le symptôme du retour au sacré (version "faisons gaffe à nos lecteurs, quand même, qui pourraient bien être attachés au principe de laïcité de l’Etat") et/ou au religieux (version "on est vendu à la criée le dimanche matin à la sortie de la messe"). Pour la presse anti-sarkozyste, le film est bien entendu le symbole du rejet du bling bling et c’est pourquoi les Français, lessivés par trois ans de règne de Naboléon 1er lui font fête. Mais pourquoi diable faut-il que le succès commercial d’une œuvre (et singulièrement d’un film) (2) soit le symptôme d’une quelconque tendance sociale lourde ? Pourquoi devrait-il absolument nous dire quelque chose sur l’état politique du pays ? On nous a déjà souvent fait le coup, l’un des plus ridicules étant la teneur crypto-lepéniste de cette pauvre cruche d’Amélie Poulain. Permettez que l’on hasarde une autre hypothèse, s’éloignant un peu moins du film lui-même et des circonstances de sa réception. Et si le très beau Des hommes et des dieux était le type même de ces films, assez rares, sur le destin desquels la presse (notamment la critique) pouvait avoir une influence sinon décisive, au moins significative ? On ne parle pas ici que du strict accueil critique du film puisque l’ériger a posteriori en "phénomène de société" ne peut évidemment qu’amplifier la tendance. ![]() La France (vue de profil) a vu la Lumière !
De par sa nature même (sujet, facture, casting (3)), Des hommes et des dieux semble le type de film inspirant une attitude ambivalente à beaucoup de ses spectateurs potentiels : "ça a l’air bien, je me laisserais bien tenter – et puis ça fera bien de l’avoir vu par rapport aux collègues – mais est-ce que ça serait pas quand même un peu chiant ?...". La presse, qui a largement et fort justement soutenu le film, et le bouche-à-oreille (dont on sait depuis longtemps qu’il est bien plus influent) ont fait le reste, se renforçant d’ailleurs l’un l’autre en un beau cercle vertueux bien rond : "j’ai lu que c’était bien et on me l’a confirmé / on m’a dit que c’était bien et c’est aussi ce que j’ai lu". Pour la grand majorité des films, le pouvoir d’influence des pauvres critiques que nous sommes est bien différent : soit notre voix porte peu (en bien ou en mal), noyée dans un lancement marketing tonitruant (mais pas forcément efficace pour autant) ; soit elle prêche dans le désert et le peu de spectateurs a priori tentés par des films plus "fragiles" ne lui renvoient qu’un faible écho (mais souvent plus gratifiant). Pour les nostalgiques de la France fille aînée de l’Eglise, on rappellera, en conclusion, qu’il y a vingt-quatre ans, l’encore plus austère Thérèse, d’Alain Cavalier, avait rassemblé beaucoup de fidèles, à la surprise générale. A-t-elle pour autant provoqué un nouvel essor du catholicisme dans notre pays ?... (1) Puisqu’il semble bien entendu que ça ne peut pas être juste plus d’un million et demi de spectateurs plus ou moins conquis par le film (faisons le pari approximatif qu’environ 15 % ne l’aient pas aimé). Non, il faut que le pays entier, que dis-je, la Patrie entière, soit en émoi ! (2) Soyons justes : c’est vrai d’autres événements non "culturels", dès lors qu’ils atteignent une certaine audience. Et donc, particulièrement, du football : son équipe de France symbolisait un pays idéalement multiracial en 1998 et gangrené par la délétère culture banlieue en 2010… (3) Si le seul Lambert Wilson suffisait à remplir les salles, ça se saurait, depuis vingt-cinq ans… Retrouvez d'autres articles sur Xavier Beauvois : Xavier Beauvois - Des hommes et des dieux
Commentaires
De : Mangez c'est mon corps, Buvez c'est mon sang, Touc A chaque année son phénomène français (les choristes par exemple) et son phénomène anglo-saxon (litte miss sunshine, juno) et son phénomène exotique (slumdog millionaire par exemple), à croire que les médias appuient sur REset au 1er janvier et occultent de leurs mémoires J'ajoute que le plus gerbant est bien entendu le message sous-jaçent qu'on peut lire (ou pas, il n'est pas question de ne voir que l'arbre pourri au premier plan quand on regarde une forêt) autour des valeurs de la vieille france (les choristes, cette belle france qui allait faire bien plus pour aider les nazis en tant que nation occupée que le pourtant régime 1 fasciste 2 allié des nazis italien, slumdog et cette souffrance qui interpelle mais ouf oulalala oui ouf ca finit bien pour le gars, little miss sunshine et l'émoi du quartier bastille qui ne s'éteindra qu'avec la sortie de juno, à moins que cela soit l'inverse je ne sais plus)). Là c'est (à en juger par Radio Courtoisie par exemple) clairement un retour aux valeurs qui font la france qui est mis en avant et félicité De : correctif Commentaire plus haut signé Mangez c'est mon corps, buvez c'est mon sang, touchez pas c'est bornu En vous remerciant De : NOODLES Et le Bernadette de Delannoy avait aussi soulevé les foules, non ? De : Cyril C. Même la pauvre Sydney Penny ne s'en est jamais vraiment relevée, alors, les spectateurs... ;-) Insérer un commentaire : |
