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Todd Solondz - "Life During Wartime" (avant-première) [Pour ou contre]
Sorties salles
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![]() Life During Wartime a divisé la rédaction, mais ce n'est pas une première pour Todd Solondz, cinéaste naturellement clivant... Deux avis en avant-première. POUR Todd Solondz est un cinéaste relativement rare et ce pour une bonne raison: il élabore une petite oeuvre cohérente plus qu'il ne construit de nouveaux films à part entière. Sans-doute est-ce le seul reproche majeur que l'on pourrait faire à ce film-ci: arrivé à ce degrès de sa carrière, est-il encore capable de séduire des néophytes, où bien s'adresse-til essentiellement à quelques "happy few" amateurs de son cinéma et qui suivent avec intérêt ces nuances au fur et à mesure? Ses détracteurs pourront par ailleurs aisément arguer qu'il peine à se renouveler, le débat est légitime. Maintenant cette fausse suite à Happyness est sans doute ce que Solondz a fait de plus émouvant et direct à ce jour, son film le plus mélancolique. En renouvelant entièrement le casting de son oeuvre "phare", en faisant fi des questions d'apparences physiques, d'appartenances raciales et d'âge, Solondz y poursuit ainsi en quelque sorte ce qui était à l'oeuvre dans Palindromes, et pose définitivement le jalon d'un cinéma de personnages et de récits qui ne sont pas totalement incarnés, plutôt des éléments de psychés susceptible de muter à tout bout de champs, mais évoluant depuis une même source d'obessessions spécifiques. D'ailleurs d'autres personnages de ses films hors Happyness font aussi des apparitions. La bonté, la norme et le monstrueux sont au coeur des angoisses du cinéaste, qui filme des parcours de douleurs et évoque des sentiments d'échec, sans s'apparenter pourtant à un jeu de marionettes, parce qu'au fond ces protagonistes solondzien ne sont vraisemblablement rien d'autre que des extensions de lui-même.
![]() Son humour décalé n'est ni méchant ni jaune, il est à vrai dire presque naïf et enfantin, constamment nourri d'une confrontation à un monde adulte qui s'est nourri de peurs et de frustrations. Dans Palindromes, il y avait ce rapport à la Nuit du Chasseur qui était très criant, ainsi que la transmutation de l'enfance à l'adolescence. Le personnage du petit garçon est ici sans doute le plus révélateur et attachant à ce niveau, au milieu d'un monde adulte qui dans ce film particulier fait le bilan de la fameuse "seconde chance", si prisée de la narration anglo-saxonne. Les spectres de la pédophilie et de l'inceste rôdent toujours, au passé plus qu'en révélation, mais ils ne sont pas les seuls ici puisque Solondz a franchement décidé de jouer le jeu du quasi film de fantômes, où les revenants, souvent suicidés, côtoient ceux qui choisissent de rester encore en vie, jusqu'à ce que l'ensemble devienne ambigüe quand à l'existence encore du personnage.
La virée onirique va ici de pair avec de grandes scènes dialoguées, de plus en plus maîtrisées par le Solondz scénariste et qui tirent quelque peu vers la métaphysique. La présence de la religion juive n'est d'ailleurs pas sans évoquer A Serious Man des frères Coen, sauf que le metteur en scène est beaucoup moins terrien et absurde, il préfère questionner de front les embiances lourdes et maladives, la culpabilité, autout du thème du pardon ici associé à l'oubli. I try to forget and I try to forgive... est-til chanté. Ses personnages tranfigurés, à l'évolution ici ouvertement intemporelle, sans bornes, ne sont pas sans ressources dans l'après qui fait suite à l'abîme monstrueux; mais ils vivent avec un désespoir refoulé qui peut passer de générations en générations. La méditation sur le sujet s'étend même jusqu'aux conflits de civilisation via le terrorisme et le 11 septembre. Solondz verse pourtant plus dans le mélodrame que dans le pensum : la tristesse y côtoit certains moments d'espoirs de "nouveau commencement", qui apparaissent comme des bulles très pures chez ces individus abîmés. Obligés de naviguer dans ces deux vents contraires, les personnages se posent la question de savoir s'il faut vivre où pas, ainsi que l'absolu de la morale...Cette angoisse interroge finalement peut-être moins superficiellement que certaines virées existencialistes parfois un peu facile. Le monde de Todd Solondz est à ce tite un rare univers mental, qui s'épanouit naturellement des formes et astuces du cinéma, de ses faux-semblants et de sa matière malléable.
Guillaume Bryon. CONTRE ![]() Todd Solonddz et moi, on était un peu fâché depuis son premier long-métrage, Bienvenue dans l’âge ingrat (1995). Enfin, surtout moi, à vrai dire… Certes, ce premier film avait le mérite de s’intéresser à quelques « freaks and geeks » avant que ça ne devienne la grande mode du cinéma indépendant américain (vague à laquelle le retentissement du film à Sundance n’avait pas peu contribué) mais il le faisait d’une façon qui m’avait déplu. En quarantaine, le Solondz, pour ses trois films suivants (Happiness, Storytelling, Palindromes) ! Et puis, là, était-ce la présence annoncée et intrigante de Charlotte Rampling et surtout de Paul Reubens dans des seconds rôles, ou bien le remords d’avoir jugé un cinéaste sur la foi d’un seul film, j’ai eu envie de lui donner une seconde chance…
Dans l’absolu, Life during Wartime ne manque pas de qualités, à commencer par celle de s’intéresser, encore une fois, à des personnages qui n’encombrent guère les grands écrans, cette middle class américaine a priori sans histoires mais cachant quelques monstres dans ses placards (population que l’on croise plus fréquemment sur le petit écran, avec Desperate Housewives comme maître-étalon).
Oui mais voilà, Solondz n’a pas tellement changé, son cinéma non plus. Il n’y a donc aucune raison qu’il en aille différemment de mon jugement.
![]() Le problème de Solondz, c’est son regard sur les choses et sur ses personnages. Qu’il filme des personnages positifs ou négatifs (notion relative pour quelqu’un qui aime brouiller les frontières entre victimes et bourreaux, ce qui est à porter à son crédit, d’ailleurs), son œil est celui d’un entomologiste observant quelques cobayes se débattant en laboratoire, sans empathie manifeste pour ses sujets. Solondz fait partie de ces cinéastes qui soulèvent une question assez mystérieuse : écrire, produire, réaliser, promouvoir un film étant une entreprise d’aussi longue haleine, tellement semée d’embûches et au résultat si incertain, pourquoi passer autant de temps avec des personnages que l’on n’aime pas, que l’on méprise même peut-être parfois vaguement ? A quelques heureuses et parfois magnifiques exceptions près (surtout chez le premier nommé), c’est aussi, toutes proportions gardées, le problème de cinéastes comme John Huston ou Robert Altman, ce regard presque toujours surplombant, rarement à hauteur de leurs comédiens.
Comme Solondz n’a pas le talent de metteur en scène de Huston, Life during Wartime peine considérablement à captiver le spectateur, en dépit de personnages potentiellement très forts (le père pédophile sorti de prison, tenu pour mort aux yeux de son jeune fils) ou de quelques belles idées dramatiques (le mort joué par Paul Reubens, revenant régulièrement tel un fantôme libidineux). D’autres éléments du film sont juste insupportables : on a ainsi de la peine pour Aly Sheedy, aux prises ave un personnage d’hystérique absolument impossible .
Quand votre mise en scène renvoie tant de mauvaises ondes de vos propres créatures, ne pas s'étonner que le spectateur préfère rester à la porte de votre film et hésite davantage encore au moment de franchir celle du prochain... Cyril Cossardeaux. Ecrit et réalisé par Todd Solondz. Photo: Edward Lachman. Montage: Kevin Messman. Avec: Shirley Henderson, Alison Janney, Ciaran Hinds, Dilan Riley Snider, Paul Reubens, Aly Sheedy, Charlotte Rampling... 98 minutes. 1;85:1. Sortie le 28 avril 2010 Retrouvez d'autres articles sur Todd Solondz : Dark Horse - Todd Solondz
Commentaires
De : Ficelle Étrange ce contre qui se base sur les qualités même qui font du réal un vrai metteur en scène, à l'empreinte forte et non pas surfante sur les modes... Sans avoir vu ses meilleurs films en plus...qu'apriori vous n'auriez pas aimez car tous basés sur cette philosophie fondamentale : l'Homme est intrinsèquement mauvais...Disons que je comprends vote antipathie mais elle est signe pour moi d'un très bon Solondtz ! J'ai donc sous les yeux un double POUR qui va m'inciter à foncer dans les salles noirs dès sa sortie ! merci !! De : Cyril C. C'est bien mon problème avec Solondz (et quelques autres cinéastes du même type), ce postulat de départ que "l'Homme est mauvais"... C'est peut-être vrai (non, en fait, je ne crois pas, et ça n'a rien à voir avec le mythe à la con du "bon sauvage") mais j'estime que ça ne fait pas un point de départ intéressant pour faire du cinéma. Mais, comme on dit, c'est mon avis... et je le partage, hein ;-) Rien de plus... De : Ishmael Je ne crois pas que Solondz pense que l'homme soit fondamentalement mauvais... par contre chez il n'est certainement pas fondamentalement bon! De : Cuauhtli J'ai vu le film hier avec enthousiasme et émotion. Justement, si j'avais déjà beaucoup aimé Happiness en son temps, je trouve que Solondtz a évolué ici dans le sens d'une empathie plus visible avec ses personnages. TOUS ses personnages. Je ne comprends donc pas le point de vue de Cyril. Il me semble justement qu'aucun des personnages n'est complètement antipathique, et que tous inspirent au moins de la compassion. Et au moins deux d'entre eux m'ont bouleversée: le petit garçon, et la femme mûre jouée merveilleusement par Charlotte Rampling. Tout au long de la projection, je pensais à cette phrase de Jean Rostand qui est mon credo: Ne regardez pas de trop près l'honnête homme, si vous tenez à lui conserver votre estime, ni le scélérat, si vous tenez à lui garder votre mépris. Insérer un commentaire : |
