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Thierry Kübler - "A contre-voie - Philippe Meirieu - un pédagogue"
Sorties DVD
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![]() Le titre que Thierry Kübler a donné à son documentaire : à contre-voie - Philippe Meirieu - un pédagogue convient particulièrement à l'obstination, à l'acharnement et à la flamme avec lesquels celui-ci a tenté d'ouvrir des pistes nouvelles qui donnent à la pédagogie les moyens de lutter contre l'échec scolaire, et d'offrir à chacun, selon ses aptitudes et ses goûts, des chances de réussite indépendantes de ses origines. Ce avec plus d'efficacité que certain "dégraisseur de mammouth".
Or il s'est heurté aux gardiens du temple d'un patrimoine culturel figé et passéiste et à ses défenseurs au sein-même de l'Education Nationale.
Il s'est heurté aux principes traditionnels d'autorité et de hiérarchie qui régissent les rapports, d'une génération à l'autre, de dominants à dominés, d'enseignants à enseignés.
Il s'est heurté à à des structures institutionnelles qui peinent toujours à s'affranchir de leur héritage clérical, puis militaire et napoléonien.
Il s'est heurté aux rigidités idéologiques : celles de la droite libérale qui sacrifie le concept d'utilité sociale aux critères d'une rentabilité strictement comptable et financière ; celles d'une gauche arc-boutée sur le credo d'un égalitarisme sans nuance.
Il s'est heurté à l'inertie des habitudes satisfaites et du corporatisme catégoriel.
Les tenants d'un élitisme libéral fondé d'abord sur la naissance, ensuite sur les mérites, comme ceux d'un élitisme républicain, l'ont accusé d'être le fourrier de l'Autorité et de l'Education, de la lecture et de la Culture, voire de l'Identité Nationale. Ils lui ont reproché de prêcher le multiculturalisme et de favoriser les communautarismes, de prôner le nivellement par la base et de finalement condamner la majeure partie de notre jeunesse au chômage. Ils ont dénoncé son "pédagogisme" dogmatique et coupé des réalités.
Au-delà du brouhaha médiatique, Thierry Kübler lui donne enfin le moyen de se justifier, et d'écarter l'image caricaturale que ses détracteurs ont donné de lui et de l'entreprise de toute une vie. Le film offre en la matière, non pas un documentaire accompagné de "bonus", mais plutôt un diptyque, constitué du corps de l'entretien et, en annexe, des explications de Philippe Meirieu qui sont autant d'approfondissements thématiques. L'entretien principal, qui fait alterner le dialogue et les commentaires du réalisateur en voix off, nous fournit à la fois un portrait et une synthèse du parcours du pédagogue : la naissance d'une vocation ; l'expérience du terrain dans un enseignement qu'il dispensa dans le primaire comme dans le secondaire ; les investigations du chercheur ; sa tâche de professeur universitaire des sciences de l'éducation ; enfin son rôle décisif dans les plus hautes instances de l'Education Nationale. C'est l'occasion pour Philippe Meirieu de préciser sa pensée, de dresser un bilan qui embrasse certes le champ de l'éducation, mais aussi celui du social, du sociétal et du politique. Il nous fait part de ses révoltes et de ses inquiétudes quant à l'avenir.
Pour donner vie à un domaine quelque peu aride pour les profanes, Thierry Kübler recourt à plusieurs procédés : il limite la discrète bande-son à une pièce pour piano de Debussy et à quelques accords de guitare et choisit pour cadre de l'entretien une salle de spectacle, ce qui n'a rien de fortuit : Philippe Meirieu a utilisé l'art dramatique avec succès comme medium de la pratique pédagogique, et de la communication entre adulte et enfants. Par ailleurs il confirme l'affinité étroite entre le théâtre et la situation d'enseignement.
Le réalisateur apparaît tout au plus de dos, à la limite du cadrage, tandis que le pédagogue est filmé face à l'objectif. Un écran disposé au fond de la scène permet d'alterner ou de coupler les images en second-plan-en particulier lors de la participation, volontaire ou pas, de Xavier Darcos, et en plein-champ. Des protagonistes de la polémique, on ne nous donne à entendre qu'un enregistrement de Jack Lang, qui intervient comme "avocat" ou "témoin de la défense", ou bien, en voix off, Thierry Kübler se fait leur porte-parole quelque peu ironique. De même commente-t-il la carrière de son personnage et ses aléas selon un enchaînement qui évite, par ses ruptures et ses relances, le monologue continu. Est lue tout au long du documentaire, en italien d'abord par une voix off féminine, puis par le cinéaste ou par Philippe Meirieu le livre dans les mains, la "lettre à une maîtresse d'école"écrite par huit enfants d'une classe de Toscane, qui tient lieu d'intermède ou de respiration. Mais plus encore, cette lettre dénonce en l'école traditionnelle l'instrument qui perpétue la soumission des humbles à l'oppression de la classe dominante. Ce réquisitoire, que n'aurait pas renié le Pierre Bourdieu des "Héritiers", aurait provoqué un choc émotionnel qui fut à l'origine de la vocation de l'enseignant. Se mêlent les prises de vue du ciel ou des rails, dans le mouvement apparent d'un trajet en chemin de fer, tantôt réel, tantôt celui d'un train électrique qui circule sur la scène, ou dans un paysage en modèle réduit, au point que les vertus du zoom nous les fassent confondre.
Le jouet, et les figurines modelées parmi lesquelles il se déplace à travers le décor -dont celle de notre pédagogue-fournissent une illustration métaphorique au sens multiple : train-train de la routine éducative qui tourne en rond ; théâtre clos d'une société qui pipe les dés du destin en bannissant l'ascension sociale ; ou encore démêlés médiatiques et tragicomiques d'une carrière.
L'œuvre réclame cependant au moins deux visualisations pour que l'on puisse se faire une opinion, car si la première convainc sans réserve, la seconde laisse perplexe par la partialité qui nous avait échappée précédemment, et l'entraîne vers l'apologie ou la plaidoirie. Par ailleurs, il résulte de la volonté de simplification vis-à-vis du public, que le réalisateur ne parvient pas à rendre compte de la sophistication et de la rigueur d'une démarche, que démontrent amplement l'abondante littérature pédagogique-souvent traduite à l'étranger-de l'un des principaux créateurs des Instituts Universitaires de Formation Pédagogique (IUFM), ainsi que nombre de rapports et commissions dont il fut la cheville ouvrière. Ainsi l'imprécision des applications pratiques et la pauvreté des exemples concrets contrastent avec la qualité de l'argumentation théorique.
![]() Commençons par relever ce qui emporte l'adhésion.
Loin du dogmatisme qu'on lui attribue, le personnage prouve, malgré son intransigeance, son ouverture au dialogue, ne serait-ce qu'en ayant écrit avec Xavier Darcos un "livre à deux voix" qui confronte leurs points de vue. C'est sur le terrain qu'il a payé de sa personne et pris conscience de la souffrance et de l'humiliation que génère l'échec scolaire. A plusieurs reprises, il a éprouvé la souffrance de se trouver impuissant à aider autrui à sortir de son malheur, d'abord, comme il le confie, dans son rôle de père ; ensuite dans son métier, à ses débuts.
Convaincu du caractère obsolète du "groupe classe" traditionnel dans son uniformité et de l'enseignement ex cathedra, il n'affirme aucune certitude, mais postule l'éducabilité de tous, disposition préalable à toute démarche d'éducateur, ainsi que la liberté de chacun à décider de grandir et d'apprendre.
Il assigne par conséquent à l'éducation la mission de faire naître la motivation et la mobilisation des élèves, indispensables pour que soient associées l'aptitude au savoir et la volonté d'apprendre. Pour se faire, elle se doit de répondre aux spécificités de chacun selon son "profil" particulier.
Il en vient donc à esquisser les contours d'une pédagogie différenciée, appropriée à tout le cursus scolaire mais adaptée à chaque niveau, et à lui fixer des objectifs :
Offrir une multiplicité d'accès à la connaissance par la diversité des situations proposées ; définir de nouveaux rituels susceptibles d'entraîner l'adhésion de la classe ; rechercher des activités qui ne coupent plus l'école du monde extérieur et du réel ; se fixer de ce fait des objectifs qui ne soient pas simplistes et purement mécaniques, mais constituent des enjeux intellectuels, spéculatifs et sociaux, donc de vrais projets structurés.
Ainsi pour chaque matière, au-delà du strict contenu des programmes, aborder la genèse et l'aventure qui ont présidé à l'accumulation et au progrès de la connaissance, donc à l'édification de notre culture.
Faire disparaître la peur de l'échec, en remplaçant la sanction d'une notation irrévocable, souvent injuste et arbitraire, par l'évaluation et l'analyse en commun de processus graduels d'acquisition, au fil des essais et des erreurs ; privilégier les modalités de travail en commun : groupes de taille variable selon l'activité, soutien, tutorat etc. . . ; stimuler ainsi la collaboration, la solidarité et le débat plutôt que la compétition individuelle ; éduquer à la démocratie et à la citoyenneté grâce à l'exercice du dialogue et à l'élaboration de règles de vie communes., s'il proclame y parvenir par l'investissement et la cohésion des équipes enseignantes, il propose enfin une éthique de l'éducation en citant Emmanuel Levinas : "L'humain ne s'offre que dans une relation qui n'est pas de pouvoir. " Il met en garde contre l'abus de position dominante, celle de l'adulte et enseignant détenteur du savoir, un excès largement répandu. Il remarque que cet abus se manifeste parfois seulement en rendant la discipline que l'on enseigne inaccessible.
Il réclame que l'on témoigne à l'élève la bienveillance et la confiance, qui consistent à toujours lui reconnaître une aptitude à progresser et à apprendre. L'investissement entier par lequel on se donne ne fonde pas à attendre la réciproque de la part de l'enfant. Tout au plus peut-on se satisfaire de constater que l'on est parvenu à son objectif. La diversité des situations nouvelles qui se présentent contraint à une remise en question continuelle de la pratique éducative.
Certes Philippe Meirieu concède implicitement à l'enseignant la liberté d'exercer son métier selon sa nature, corollaire de l'affirmation de la liberté de l'élève "à grandir, apprendre ou pas". Il reprend d'ailleurs une formule de Jean Jaurès : "On enseigne avec ce que l'on est. . . "et ajoute : ". . . et avec ce que l'on sait. "
Cependant, s'il proclame l'égalité de tous dans le droit d'accéder au savoir, s'il souligne la diversité des modes d'acquisition, il fait peu allusion à la diversité des connaissances et encore moins à l'inégalité d'aptitude pour les acquérir. Quand il utilise la métaphore de l'escalade, pour laquelle le guide assure toutes les prises nécessaires aux novices pour grimper sans tomber, on pourrait lui objecter que le guide, quant à lui, adapte les courses aux compétences très variables de ces derniers. Comment exiger des enseignants qu'ils ne puissent procéder pareillement et comment admettre qu'on leur impose de faire atteindre à tous un but inaccessible à beaucoup?Il n'en demeure pas moins que le défaut d'investissement personnel dans un métier si difficile conduit, tôt ou tard, à se trouver en danger dans la classe, psychologiquement et moralement sinon physiquement.
Exempt d'angélisme ou de manichéisme, Philippe Meirieu ne se dissimule pas la difficulté de la tâche qui consiste désormais à aider la masse des enfants qui ne trouveront aucun soutien au sein de la famille.
Car la crise de l'éducation résulte de la crise plus vaste d'une société confrontée à une mutation technologique, à la globalisation de l'économie et à un individualisme dévastateur. Les conséquences en sont lourdes pour les familles et la collectivité : dégradation des modes de vie, des rythmes, des rapports humains ; éclatement des cellules familiales ; ébranlement des images parentales traditionnelles et pertes des repères pour les enfants ; disparition du sens civique et des liens de solidarité.
L'école, quant à elle, se heurte au consumérisme ambiant et à la concurrence de savoirs extérieurs, superficiels et factices ou pas. Autant de bouleversements qui exposent la jeunesse aux sollicitations de la société marchande et à des addictions diverses, qui nuisent à la capacité d'attention et de concentration qu'exige le travail intellectuel, et qui accroissent les états pulsionnels. Autant de comportements préoccupants, de la tentation de passage à l'acte et de la transgression systématique, de l'émergence de phénomènes claniques avec ses petits caïds à la montée de la délinquance.
Notre pédagogue redoute la tentation collective de la seule répression. Persuadé que l'école ne suffira pas à enrayer ces dangers, il préconise la mise en place de structures éducatives et préventives destinées, en amont et hors de l'institution, à apporter un soutien indispensable dès la petite enfance, qui émaneraient de réseaux d'aide sociale et du tissu associatif.
Loin de prêcher le laisser-faire dans l'école, il se réclame de Pierre Bourdieu : "Dans la classe comme ailleurs, le pouvoir n'est jamais vacant. ". Il affirme nécessaire d'instituer, dès l'école maternelle, des règles collectives qui contribuent au bien commun, et de fixer des interdits qui empêchent l'élève de contourner l'obstacle sans apprendre. Pour lui, l'école est le creuset par excellence de la laïcité. Il fait de celle-ci un enjeu culturel face à la crise de civilisation que nous traversons qui le rapproche étonnamment de Alain Finkielkraut, pourtant l'un de ses détracteurs. Il voit en la laïcité la condition première de la démocratie et l'unique moyen de lutter contre toutes les formes d'emprises qui menacent l'esprit critique, qu'il s'agisse des confessions religieuses, des communautarismes, des pressions médiatiques et commerciales, de celles de ceux qu'il surnomme "les clercs du prêt-à-penser de la pub et du comportement clanique du people". La pérennité de notre mode de civilisation dans ce qu'il a de meilleur impose l'instauration de règles collectives, selon des projets communs, malgré les différences et les oppositions particulières, bref le retour à la démocratie ou son maintien.
Il ne remet en question de la culture que le statut canonique qu'on lui a fixé en l'isolant de l'évolution des mentalités et des sociétés. Quant à la définition de cette culture commune, il nous laisse sur notre faim en n'évoquant que ses "fondamentaux" sans autres explications. Au reste, les zélateurs de la tradition et du patrimoine national qui s'opposent à lui négligent le plus souvent de concéder aux connaissances scientifiques et techniques la place qui leur revient.
Cependant, Philippe Meirieu pèche par excès d'optimisme, dans les espoirs qu'il place en la nature humaine, y compris dans la communauté éducative, ou en une modification décisive de la société-sans doute son fond d'anarcho-syndicalisme. Il se berce surtout d'illusions quant à la possibilité d'impulser une conversion des esprits à grande échelle afin de renouveler les pratiques éducatives et de parvenir à une égalité des chances pour tous. Ainsi une part incompressible de la population scolaire se montre désireuse de bien faire, à moins que l'on ne la décourage, sans pour autant témoigner de la soif de savoir et de la curiosité propices à une acquisition satisfaisante des connaissances. Car pour eux, dès la prime enfance, le cumul des handicaps, innés ou acquis ou plutôt la combinaison des deux, seront insurmontables : habitudes et modes de vie familiaux, problèmes psychoaffectifs, et au premier chef l'illettrisme et l'acculturation. Il faudrait plus d'une génération pour en venir à bout.
Les pesanteurs de l'institution éducative entraînent des dérives inévitables des meilleures idées. Ainsi, avec une conviction égale, la hiérarchie impose, selon les modes pédagogiques, telle ou telle théorie nouvelle avant de la proscrire et de la remplacer par une autre. Le formalisme et la superficialité d'approche d'une bonne part de ceux-là-même qui sont résolus à mettre en application la pédagogie de Philippe Meirieu l'ont parfois transformée en potion magique et en formules toutes faites, totalement étrangères au pragmatisme du chercheur. Au reste les services d'inspection ne disposent visiblement pas des moyens de procéder à une évaluation cohérente des pratiques éducatives ou du bien fondé de certains projets hasardeux, dont la mise en œuvre relève à l'occasion des "villages Potemkine".
Or ce sont toujours les enfants en difficulté qui assument les conséquences d'un enseignement archaïque inadapté ou d'une expérimentation mal maîtrisée. Le conditionnement des uns à une culture de la soumission et la faculté d'adaptation des autres contribuent à creuser l'écart qui les sépare. En outre le refus de la sélection revient à sacrifier dans les milieux modestes les éléments les plus aptes à progresser, sans pour autant offrir des chances supplémentaires aux autres, quand les inégalités de compétences deviennent telles dans une classe que le climat qui y règne rend l’acquisition quasi-impossible. C'est ainsi que les classes surchargées des collèges se changent en enfer commun.
Les familles des milieux privilégiés procèdent quant à elles à une sélection de fait, celle-là par l'argent, puisqu'ils désertent les zones sensibles pour des établissements mieux cotés. A eux seuls, dès lors, l'accès aux écoles privées haut de gamme, aux "grands" lycées avec leurs "prépas", et aux grandes écoles.
Encore aurait-il fallu, qu'après tant d'années, l'on se préoccupe de mettre un terme aux querelles des méthodes de lecture-Philippe Meirieu n'en parle pas dans le film-en procédant aux études et aux évaluations qui s'imposent pour éviter les échecs, car en ce domaine c'est bien l'acquisition d'un mécanisme de base qui hypothèque la suite des études.
Quand Philippe Meirieu prétend limiter les conséquences de la rigidité du "tronc commun" dans le secondaire en proposant des passerelles entre les filières pour des acquisitions interdisciplinaires plus ou moins ponctuelles, quitte à abolir le concept de classe et de matière d'enseignement, il ne tient pas compte de l'insoluble combinatoire qui en résulterait pour des établissements qui jonglent déjà avec les contraintes de nombre, de temps et d'espace : horaires, calendriers, enseignants et salles disponibles, effectifs. . . et restrictions budgétaires.
Noircit encore le tableau la menace qui pèse sur les IUFM, qui, malgré leurs imperfections, formaient seules les enseignants aux sciences de l'éducation, indispensables même si ce ne sont pas des sciences exactes.
Certes on ne change pas le monde à quelques-uns et, en éducation, ce qui vaut en petit groupe ne s'applique pas nécessairement à grande échelle. Il n'en demeure pas moins que notre système éducatif est redevable à Philippe Meirieu d'une dynamique qui s'est poursuivie pour le plus grand bénéfice de milliers d'élèves, partout où des enseignants motivés ont travaillé de concert pour mener des projets innovants à terme. Ainsi de la mise au point de processus de "contrats" et de négociation transactionnelle qui permettent d'éviter le passage à l'acte d'enfants en situation de danger pour eux-mêmes et pour autrui.
Mentionnons des dispositifs tels que ceux qui ont été expérimentés dans le cadre de la campagne "Espoir banlieue", ou la constitution de "microlycées", destinés à permettre aux exclus du système éducatif de "raccrocher", qui fonctionnent, il est vrai, avec des effectifs de quinze élèves par classe. Ou encore l'opération de "la main à la pâte" lancée en 1996 à l'initiative du prix Nobel Georges Charpak.
Mais comment demander à l'encadrement de s'investir avec autant d'enthousiasme que pour ces expériences, dans les conditions de travail et de stress des classes surchargées qui sont la norme ? Le système éducatif finlandais serait parvenu à une réussite certaine en s'orientant vers des objectifs proches de ceux de Philippe Meirieu. Mais qu'en est-il au juste et dans quel contexte fonctionne-t-il ? Qu'est-ce qui en serait transposable en France ?
L'oeuvre documentaire de Thierry Kübler vient à point nommé : quand le pouvoir entreprend de démanteler un système éducatif qui se fixait pour objectif l'égalité des chances pour tous, et prend le contrepied d'une réforme de longue haleine dont Philippe Meirieu fut l'un des principaux artisans. Quand se sont tenus les Etats-Généraux de la Sécurité à l'Ecole. Or l'accroissement de la violence en milieu scolaire constitue, moins qu'une cause de l'incapacité d'enseigner et d'apprendre, une conséquence et, plus encore, un symptôme du fiasco de la politique éducative menée depuis plusieurs décennies. Ce climat affecte les quartiers populaires, ceux des grandes villes, des banlieues, des zones urbanisées autrefois agricoles. On ne peut le dissocier de l'échec d'une politique de la ville qui laisse à leur détresse plusieurs générations privées d'emplois, et en particulier la jeunesse des banlieues.
Rien d'étonnant à cela quand celles-ci se confrontent, de par le mode d'affectation des postes dans l'enseignement comme dans les forces de l'ordre, à un personnel presque aussi jeune qu'elles, inexpérimenté et démuni pour faire face à une telle situation. Ainsi, l'incapacité, l'impuissance et l'indifférence ont enfermé ces populations en souffrance, sans espoirs de réussite scolaire, d'intégration professionnelle ou d'ascension sociale, dans des ghettos urbains : autant d'enclaves en marge de la démocratie et des valeurs républicaines dont elle se réclame, des bienfaits qu'elle prétend dispenser à tous les citoyens, des droits qu'elle prétend leur garantir, et des devoirs qu'elle prétend exiger d'eux.
![]() A contre-voie - Philippe Meirieu - Pédagogue de Thierry Kübler, dvd édité par Doriane Films
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Commentaires
De : Elysia Texte très instructif. Je ne connaissais pas Philippe Meirieu. De quoi donner le goût à ses pensées, théories et textes. Merci Aloysius Block. Insérer un commentaire : |
