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Takeshi Kitano - "Glory to the filmmaker !"
Sorties salles
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Comme disait Alphonse (de Lamartine) : Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours ! Le Lac n'a pas été écrit pour Takeshi "Beat" Kitano, mais il aurait pu... Il y a un peu plus de dix ans sortait sur les écrans Hana-bi qui, après avoir fait sensation à la Mostra de Venise, mit tout le monde à genoux, critiques comme public, ce qui n'est pas si fréquent. "Glory to the filmmaker !", oui, pour le coup, et plutôt deux fois qu'une ! D'autant plus que loin d'être une révélation sortant de nulle part, Hana-bi ressemblait au contraire à l'aboutissement d'une rare maîtrise cinématographique déjà portée à des hauteurs assez vertigineuses avec Sonatine, quatre ans plus tôt. A tel point que, en même temps que l'on se pâmait devant un film atteignant l'équilibre parfait entre extrême rigueur formelle et émotion constante, naissait en nous cette sourde inquiétude : "Et s'il ne faisait jamais mieux ?"... La suite de sa filmographie, malgré quelques relatives réussites (j'aime assez, pour ma part, son infiltration du territoire du cinéma US par le film de yakuzas dans Aniki, mon frère), n'a malheureusement que confirmé cette crainte, dans des proportions hélas considérables. ![]() Mmmhhh... no comment Glory to the filmmaker ! semble un genre de point de non-retour, même s'il creuse également un filon terriblement égocentrique et centripète amorcé dans le précédent Kitanos', passé (heureusement ?) à peu près inaperçu. Kitano semble ne plus parler d'autre chose que de lui-même, ou plutôt de "ses lui-mêmes", le "filmmaker" respecté Takeshi Kitano et le bouffon cathodique Beat Takeshi. Glory... va assez loin dans la mise en scène de cette dualité un poil schizophrénique en affublant quasiment en permanence Kitano d'un double en résine, lui servant notamment à prendre les coups à sa place. Assez belle idée, d'ailleurs, sauf que Kitano semble incapable d'en faire autre chose qu'un gimmick vain, qu'un running gag rapidement saoûlant... ![]() Takeshi Kitano est fier de nous présenter le vrai réalisateur du film Il y a de cela quelques années, Gérard Manset nous chantait qu'il n'avait "rien à raconter". Aujourd'hui, Kitano nous dit qu'il n'a rien à filmer. La question qu'on brûle alors de lui poser, c'est : mais pourquoi nous le dire ?!? Le film s'abîme très vite dans un pénible exercice parodique (le film à la Ozu, le film de SF un peu débile, le film de yakuzas "à la Kitano"...), au point de loucher très fortement sur les propres émissions télévisées de Beat Takeshi, mondialement réputées pour leur très haute teneur en imbécilité (Takeshi’s Castle étant la plus connue, dont l’on peut même voir les meilleurs (?) momments sur W9 depuis quelques mois). Imbécilité qui peut s'avérer réjouissante sur le petit écran (à voir, quand même...), mais qui, sur le grand, plonge plutôt dans la consternation. Bien sûr, l’humour absurde, « hénaurme », c’est loin d’être une nouveauté, chez Kitano. Pratiquement tous ses films en sont parsemés, Getting any ? étant même déjà allé très loin dans le très mauvais goût (une scène remake de La Mouche cronenbergienne, où un savant fou tente d’attirer un homme-mouche sur un étron gigantesque pour l’écraser avec une tapette non moins king size, il faut le voir pour le croire !). Mais avec un certain style (bon, avec ce qui précède, je suis obligé de vous demander de me croire sur parole), de vraies idées de mise en scène et, tout simplement, une foi dans le cinéma qui semble avoir totalement déserté Kitano… ![]() "Beat" accablé par son propre film ?... Le voir, dans la première partie de Glory…, aligner les mauvaises parodies d’Ozu (ultra caricaturale !), de bluettes à l’eau de rose, de son propre Zatoichi (déjà pas bien fameux) ou pire, de s’essayer, avec un peu plus de conviction, à tourner un mini-Dodeskaden qui évoque hélas davantage Les Choristes du Soleil Levant que le beau film humaniste de Kurosawa…, c’est tout simplement désolant et embarrassant. On n’a même pas envie de sauver 3-4 gags marrants, un peu plus inspirés que les autres, on a juste hâte que ces presque deux heures qui en paraissent au moins le triple finissent au plus vite. ![]() A gauche, c'est bel et bien Kayoko Kishimoto, l'admirable interprète mutique d'"Hana-bi"... Après, quand on voit quelqu’un toucher le fond, deux attitudes sont possibles : l’optimiste voudra croire qu’il trouvera l’impulsion pour refaire surface ; le pessimiste craindra qu’on ne le voit plus jamais émergé. Compte tenu de l’évolution de l’œuvre de Kitano depuis des années, je me range dans le deuxième camp. Et quand on a autant aimé un cinéaste, quand on a subi Hana-bi comme un de ses plus grands chocs cinématographiques, croyez-moi, ça fait mal… PS : Le film est sorti quasi à l’improviste, sans aucune promotion, dans une seule salle parisienne (aux conditions de projection absolument lamentables, qui plus est…). Pour le coup, c’est probablement mieux comme ça. En espérant qu’aucun spectateur n’ait découvert Kitano par cette face cach(i)ée de son œuvre… Achetez plutôt Hana-bi, si ce n'est déjà fait ! Retrouvez d'autres articles sur Takeshi Kitano : Takeshi Kitano - Achille et la Tortue (avant-première) "Gosse de peintre", Takeshi Kitano – Fondation Cartier (jusqu'au 12 septembre)
Commentaires
De : Gilberts V1 Wow t'a vraiment rien compris de son film toi dis-donc ! C'est surement son film le plus original depuis longtemps ! De : Cyril Cossardeaux Ca, c'est de l'argumentation ! ;-) Original en quoi ? J'ai au contraire eu l'impression que Kitano nous faisait une compil' de ses gags et obsessions... Insérer un commentaire : |
