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Takeshi Kitano – "Outrage"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-11-20



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Avec Takeshi Kitano, jusqu’à Aniki, mon frère (2000), les choses étaient plus ou moins claires. A de rares exceptions près (Getting Any ?, A Scene at the Sea), sa filmographie réinventait le film de yakuzas, associant violence, poésie, humour et trivialité. Ça n’était d’ailleurs pas prémédité puisque c’est au pied levé et sans aucune expérience de la chose que Kitano remplaça finalement Kinji Fukasaku comme réalisateur de son premier film, Violent Cop (1989), dont il ne devait être que l’interprète. La reconnaissance critique absolule d’Hana-bi (Lion d’or à Venise en 1997), quelques années après un très grave accident de moto dont son visage porte encore les séquelles et qui l’a conduit à s’adonner parallèlement à la peinture, l’a amené à une profonde remise en question de son activité de cinéaste au tournant des années 2000 (peut-être un peu comparable à ce qui s’était passé pour Bob Dylan après son propre accident de moto en 1966, au sommet de sa reconnaissance artistique…).
L’Eté de Kikujiro (1999) lui faisait faire un pas de côté, mettant en scène un yakuza plutôt inattendu et inoffensif, alors que, l’année suivante, Aniki s’apparentait à un retour en arrière, à la virtuosité un peu stérile. Puis vint le temps du doute, jusqu’à la mise en scène de sa perte d’inspiration avec le pathétique Glory to the Filmmaker !.
Aujourd’hui, Outrage marque clairement un retour aux sources, assez surprenant car on pouvait penser que Kitano estimait avoir fait le tour de la question.

"Outrage"

De fait, c’est la grande limite d’Outrage : formellement, non seulement il n’invente rien comme, en leur temps, Sonatine ou Hana-bi surent si merveilleusement le faire, mais il fait preuve d’un étonnant classicisme. Et c’est au moins autant la façon dont ils les racontaient que leurs histoires elles-mêmes qui fascinaient tant dans les films précités. Cette Kitano’s touch passait notamment par son art du montage, très elliptique, qu’il n’a toujours confié à nul autre qu’à lui-même. C’est encore le cas dans Outrage mais son montage plus classique, plus lisible, donne le sentiment que c’est ici le récit qui prédomine, foisonnant et complexe mais jamais obscur pour autant.
Ce relatif classicisme du récit renvoie d’une certaine façon à l’âge d’or du yakuza movie, pendant lequel faisait justement merveille un Fukasaku. Le personnage du "Président" (dans d’autres pays, on dirait le Parrain), en particulier, avec ses vestes à col Mao ou ses survêtements et Ray-Ban vintage, pourrait tout droit sortir des classiques 70’s que sont Le Cimetière de la morale ou Guerre des gangs à Okinawa.

Takeshi Kitano dans "Outrage"
Takeshi Kitano

Une guerre des gangs, c’est le sujet d’Outrage. Une guerre sans fin, où duplicité, renversements d’alliances et fausse fraternité sont le lot quotidien des yakuzas. Kitano réussit une belle galerie de portraits, où chacun de ses personnages figure un type de yakuza différent et où lui-même ne se met pas particulièrement en valeur comme comédien. On retrouve sa réelle fascination pour ce milieu, un peu semblable à celle d’une série comme les Sopranos, où l’ignominie, parfois assez barbare, des actes (le film flirte volontiers plus d’une fois avec le gore, mais ce n’est pas une nouveauté chez Kitano) n’empêche pas un certain "glamour" des personnages. Et puis ce n’est pas le portrait du seul policier du film, archi corrompu, qui peut faire un quelconque contrepoids moral (la morale, comme chez Fukasaku, elle est enterrée, six feet under).
Plutôt centré sur le code d’honneur des yakuzas, ou plutôt son non-respect, le plus souvent (tiens, Fukasaku a aussi signé un Combat sans code d’honneur, décidément…), Outrage utilise un peu moins l’humour que certains autres films de Kitano. Et, quand il le fait plus franchement, ce n’est pas toujours ce qu’il réussit le mieux. Le personnage du diplomate africain, à cet égard, est particulièrement raté et laisse même planer le doute d’un regard un poil raciste…
Ne proposant donc pas grand-chose de neuf, Outrage n’apportera aucune contribution décisive à l’œuvre de Kitano, qui reste l’une des plus importantes de ces vingt dernières années. Mais il s’avère suffisamment réussi pour faire oublier une décennie 2000 globalement peu glorieuse pour le cinéaste japonais.

Sortie nationale le 24 novembre 2010




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Takeshi Kitano - "Glory to the filmmaker !"
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