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Sylvester Stallone - "The Expendables - Unité Spéciale" (2010)
Sorties salles
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Sylvester Stallone. Un nom qui évoque forcément des choses à tout un chacun. D'ailleurs, pour reprendre John Lennon parlant des Beatles, on peut dire que Stallone est plus connu que Jesus. Et comme le petit Jesus, Sly est autant source de dévotion aveugle que de quolibets dédaigneux. Et comme le petit Jesus, s'il n'a pas inventé l'eau tiède, force est de reconnaître que la grande qualité de Sly est de chantonner l'air de son temps. Retour, à l'occasion de la sortie de son dernier film-concept, sur un homme de qualité (Sly, pas le hippie du Golgotha). Accordons-nous, pour commencer, sur un point : s'il y a bien quelqu'un sur qui personne n'aurait misé un kopeck à l'aube du XXIème siècle, c'est bien Sylvester Stallone. Mis à mal par des choix de carrières douteux (sa période comique dont il n'y a franchement rien à sauver, sorti de la fascination de voir un masochiste bousiller sa carrière à grand train), inventeur du DTV en salles (son douloureux remake de Get Carter, D-Tox, Les Maîtres du Jeu... autant de films aussi oubliables qu'oubliés), Stallone n'était plus que l'ombre de lui-même, pantin au propre (sa marionnette aux Guignols des Infos) comme au figuré (simple produit téléguidé par des producteurs douteux). Mais c'était mal connaître l'animal, plus étalon que lamantin. Et la vieille carne en avait encore sous le sabot. Si l'annonce en 2005 d'un nouveau Rocky fit rire aux éclats les plus rétifs à l'actionman, une lueur d'espoir se ralluma dans l'oeil embué du fan au coeur brisé. Car Stallone, il le savait, revenait aux affaires, à ses affaires. En digne retour aux sources, l'acteur-auteur ressuscitait ce personnage pour lequel il s'était battu à l'époque, refusant de vendre son scénario aux studios s'il n'incarnait pas ce boxeur tendre et malmené par la vie, portrait en filigrane de son auteur à la gueule cassée (cassée à la naissance puisqu'un accouchement douloureux le laissera à vie avec une semi-paralysie faciale). L'avenir lui donna doublement raison : en 1976, plutôt que de lui décerner l'Oscar du meilleur scénario et du meilleur acteur pour lesquels il était nommé, ses pairs préféreront sacrer Rocky meilleur film de l'année, devant les pourtant sublimes Taxi Driver et En Route Pour La Gloire; en 2006, la critique, unanime, saluera comme il se doit un film d'une sincérité désarmante et profondément humain. Un film à l'image de son auteur, fragile, faillible. Comme nous tous. On aurait pu rester sur cette image d'un artiste recouvrant son intégrité, sa dignité, mais c'était bien mal connaître le grand fauve. Dans la foulée de Rocky Balboa et tout à son élan lazarien, Stallone sortit de la tombe l'autre figure qui fit de lui un mythe vivant tout autant que la cible des quolibets, ce John Rambo à la psyché fêlée, figure culpabilisante d'une Amérique blessée (le premier Rambo, rappelons-le, est un film déchirant, résumable en soi à sa scène finale bouleversante qui voit Stallone en pleurs, détruit par la haine à son égard de ceux pour qui il s'est battu) avant de devenir sous l'ère reaganienne l'archange arrogant d'une vengeance aveugle et politiquement inacceptable (même si Rambo 2 reste un modèle de mise en scène; loué soit Georges Pan Cosmatos). On prit peur à l'annonce d'un nouveau Rambo, avouons-le. Peur que notre ami Sly se reprenne les pieds dans le tapis. Une peur malgré tout mâtiné d'impatience joyeuse, lueur d'espoir que Rambo ne reste pas dans l'imaginaire collectif ce soldat idéologiquement douteux, bien loin de ses intentions premières. Et Stallone, malin tout autant que sincère (définitivement l'adjectif qui qualifie le mieux l'artiste), de donner raison à nos présomptions les plus optimistes : occultant le propos revanchard qui plomba l'antihéros Rambo, Sly fit de son alter égo assassin un demi-dieu de la guerre beau comme l'Antique, figure pleine de fatalité acceptant enfin son rôle de régulateur de l'horreur. Dans John Rambo, Stallone ne glorifie jamais la guerre, montrant celle-ci comme une conséquence qui peut être nécessaire, mais jamais souhaitable ni provoquée, et, surtout, l'exposant dans toute sa barbarie. Disons le tout net, John Rambo est un film courageux. ![]() Comment rebondir après cela? Que faire, que choisir? S'éclipser après avoir redorer son blason? Se draper dans une dignité regagnée à la force du poignet? The Expendables apporte une réponse aussi jouissive qu'intelligente à ce questionnement angoissé. Car Stallone, enfin serein, n'ayant plus rien à prouver, à se prouver, organise avec son nouveau film un joyeux ball-trap, regard dans le rétroviseur et oeil sur la route devant soi. Film-chorale par définition, The Expendables paie son tribut aux actionners 80's décomplexés et spectaculaires qui ont fait la gloire de l'italo-américain, tout en organisant un passage de relais plein de tendresse avec une nouvelle génération de héros musculeux. Dérisoire tout autant que plein de dérision, The Expendables est un film léger comme une bulle de champagne, lardé de répliques hilarantes où des héros que l'on croyait monolithiques discutent de leur analyse en cours, s'envoient des vannes de collégiens, se moquent de leur image de gros bras en exposant leur coeur d'artichaut, voire (dans le cas du personnage sublime de Dolph Lungren) craquent sous la pression, trahissent par déception amoureuse, pour finalement se payer une rédemption aussi débile qu'attendue, souhaitée. Car oui, The Expendables est un film profondément débile. Mais d'une débilité au sens noble, organisée, distanciatrice, perclus d'amour. Amour pour une certaine idée du Cinéma, pour l'idée première du Cinéma, le spectacle, l'entertainment, comme disent les ricains. L'émotion prégnante qui coule en sous-main tout au long du film vient de ce sentiment de voir à l'écran un pur spectacle fait dans l'amour de l'art par des hommes visiblement, ostensiblement heureux d'être là, ensemble, et de donner, de tout donner. D'une générosité palpable, le film l'est jusque dans ce passage de relais déjà évoqué et symbolisé par le traitement accordé au personnage de Jason Statham, acteur d'un charisme incontestable n'ayant pas encore la filmographie qu'il mérite (sorti d'un Haute Tension 2 hautement régressif et jouissif). Un traitement qui vaut pour un adoubement, conclu par le rapide échange verbal entre Stallone et Statham juste après la mort du méchant incarné ici par un Eric Roberts que l'on est bien content de revoir dans une production de ce calibre. Un méchant d'ailleurs bien symptomatique du glissement idéologique (dans le bon sens) de Stallone : dans The Expendables, les méchants sont des anciens de la CIA ayant bien compris l'intérêt qu'ils pouvaient obtenir des sales méthodes de la tristement célèbre agence et le général fantoche du cru se paie sa rédemption avant de mourir. On a trop glosé à l'époque sur les dérives idéologiques de Stallone pour ne pas souligner ce point qui n'a rien d'un détail et qui finit d'imposer l'artiste pour ce qu'il incarne : le Bon Américain. En effet (et pour résumer très succinctement), la filmographie de l'acteur-réalisateur peut se voir comme un bon résumé de la psyché des Etats-Unis sur les 30 dernières années, de son état hagard, dépressif de la fin des 70's (le premier Rambo et son pendant optimiste, Rocky) jusqu'à l'effort de contrition de l'ère Obama (The Expendables, donc), en passant par les dérives et les tâtonnements des 80's et des 90's. (note de l'auteur : pas la peine de vous lâcher dans les commentaires, ce point de vue mériterait toute une étude impossible à résumer en un article. Et encore moins en un commentaire...). Ce qui ne veut pas dire que Stallone est une girouette retournant sa veste. Plutôt l'illustrateur inconscient des turpitudes de l'Amérique, son artiste peut-être le plus connecté à sa nature profonde. Un grand artiste en soi, donc. ![]() Alors oui, évidemment, The Expendables est loin d'être un film parfait. Il souffre notamment d'un problème de montage, pas toujours très lisible dans les scènes d'action (un défaut qu'avait pourtant magistralement évité Stallone sur John Rambo). Et l'on enrage que ce soit Jet Li, sublime artiste martial, qui en fasse principalement les frais. Son affrontement avec le géant Lungren, sur le papier, avait tout pour devenir anthologique. En état, il ne dépasse pas le stade de bagarre tout droit sortie d'un téléfilm estampillé Hollywood Nights. Et oui, évidemment aussi, nous ne sommes pas à l'abri d'un nouveau dérapage de Stallone, d'une nouvelle plongée dans les enfers du DTV anodin, inodore, incolore. Mais c'est peut-être aussi ça qui fait le pris d'un artiste tel que lui. Stallone ne sera jamais embaumé, canonisé par les critiques bien-pensantes. Et il fera sans doute encore des erreurs. Et c'est en cela qu'il est si proche de nous, si humain. Alors oui, n'hésitons pas une seule seconde, faisons un triomphe à The Expendables et à sa bande de bras cassés. Et merci mille fois, Sly. Merci d'être ce que vous êtes. Tout simplement. Retrouvez d'autres articles sur Sylvester Stallone : The Expendables : un film sévèrement burné
Commentaires
De : avcesar c'est pas faux. Insérer un commentaire : |
