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Steven Spielberg – "Les Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne"
Sorties salles
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La première scène des Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne est un drôle d’hommage à Hergé. A la brocante où il s’apprête à acheter la maquette de bateau (la Licorne) qui va déclencher des aventures en cascade, Tintin se fait d’abord tirer le portrait. Ce dessinateur est évidemment Hergé lui-même (dont il reprend les traits et l’accent belge) et l’intrépide reporter du Petit vingtième trouve le dessin très ressemblant. Nous, on le trouve effectivement très ressemblant au Tintin que l’on connaît depuis toujours mais bien moins à celui que l’on voit à l’écran. Cette petite scène qui se veut clin d’œil humoristique s’avère peut-être plus lourde de signification que prévu. D’outre-tombe, Hergé passe le relais à Steven Spielberg et Peter Jackson (respectivement réalisateur et producteur du film, comme il est impossible de l’ignorer désormais), avec la bénédiction de ses ayant-droits, mais nos deux moguls hollyoodo-néo-zélandais en font autre chose, dont la fidélité à l’esprit de la BD pose, sinon problème, au moins question. Tintin le film trahit-il Tintin la BD ? Il y a sans doute autant d’arguments à charge qu’à décharge pour instruire ce procès, pour lequel les vrais tintinophiles (dont je n’ai jamais fait partie, ayant toujours trouvé Tintin un peu trop niais… ô, sacrilège !) sont certainement plus qualifiés. La fidélité à une œuvre préexistante, aussi patrimoniale soit-elle (et difficile de faire plus patrimonial que Tintin), n’a jamais été gage de qualité, de toute façon *. On peut quand même se poser la question du choix de la forme, de cette technique (de plus en plus au point) du motion capture et de sa pertinence pour adapter une bande dessinée au style si fort qu’il a donné naissance à la fois à ce qu’on a appelé la "ligne claire" (un dessin très net, travaillant le réalisme des décors d’une façon à la fois stylisée et assez épurée) et l’école belge. Le motion capture est une technique parfaite pour rendre le plus crédible possible un monde imaginaire (cf. Avatar), mais beaucoup moins pour conférer un surcroît de réalisme à un univers graphique qui, à la base, n’y prétend pas réellement. Pour le dire autrement, quitte à s’inscrire aussi clairement dans l’univers du cinéma d’animation, on ne comprend pas le choix de Spielberg et Jackson de ce graphisme hybride, bien moins élégant et finalement bien moins expressif (alors qu’il aspire au contraire) que celui d’Hergé… ![]() Mais le plus gros défaut du film, commun à tant de films d’action contemporains, est celui de la "spectacularisation". On ne peut évidemment pas reprocher aux Aventures de Tintin de multiplier les péripéties, qui étaient la base même du récit d’Hergé. Pour le coup, le film est même assez fidèle à cette logique feuilletonesque de l’aventure qui en entraîne une autre, sur la logique du marabout d’ficelle. Mais il le fait à un rythme surmultiplié, comme s’il craignait à chaque instant la perte d’attention du spectateur ; là où Hergé savait ménager quelques digressions, soit un peu (trop) bavardes, soit plus burlesques (notamment via les Dupond et Dupont, ici réduits à la portion congrue). Et il le fait surtout via une surenchère dans les scènes d’action, jusqu’au hors-sujet dans l’abordage de la Licorne par Rackham-le-Rouge. Depuis Hook, Spielberg devrait pourtant savoir que les films de pirates, ça n’est pas son truc… Mais s’il est un autre film de Spielberg auquel Les Aventures de Tintin s’apparente le plus visiblement, c’est en fait Les Aventuriers de l’Arche perdue. A la sortie du premier volet des aventures d’Indiana Jones, nombre d’analyses avaient dressé un parallèle avec celles de Tintin. Spielberg avait plaidé le hasard, n’ayant en fait découvert les BD d’Hergé qu’à la lecture des critiques de son film (et plus précisément après que la scénariste d’E.T. – et compagne d’alors d’Harrison Ford -, Melissa Mathison, lui ait offert son premier Tintin). Mais il est possible que cette influence ait pris des chemins détournés, en particulier via le film dont le schéma se rapproche certainement le plus de celui de Raiders of the Lost Ark : L’Homme de Rio. Le film de Philippe de Broca lui-même ne peut pas ne pas avoir été nourri des aventures de Titin, comme des comédies matrimoniales hollywoodiennes (dans lequel Françoise Dorléac remplacerait très avantageusement Milou). Si Les Aventuriers de l’Arche perdue était riche en morceaux de bravoure (la scène en forêt amazonienne du début, la poursuite sur le camion dans le désert égyptien, pour ne citer que les deux plus virtuoses), sa réussite reposait au moins autant sur la construction de trois personnages très forts, assez complexes et/ou ambigus : Indiana Jones, Marion Ravenwood et le méchant français Belloq. ![]() Une adaptation de Tintin pouvait difficilement donner vie à des personnages aussi sophistiqués, à moins d’exploiter à fond la riche lecture psychanalytique que certains auteurs (comme Serge Tisseron dans Tintin et les secrets de famille, par exemple) n’ont pas manqué de faire de ses aventures : homosexualité latente entre Tintin et Haddock, syndrôme de l’orphelin chez le premier, la Castafiore comme symbole de la femme castratrice, etc. Ce ne pouvait évidemment pas être le propos d’un blockbuster comme celui de Spielberg / Jackson. Ne reste plus alors que la virtuosité technique (dont la banalisation n’impression plus grand monde) et l’agitation permanente sur l’écran. Puisque Joe Cornish et Edgar Wright (plus connus pour leurs comédies d’action Shawn of the Dead ou Hot Fuzz) sont à l’œuvre au scénario (avec Stephen Moffat), on n’est pas très surpris de trouver à Tintin les mêmes défauts qu’une précédente adaptation de BD (en "live", cette fois), Scott Pilgrim (même si Cornish n’y avait pas participé). Les personnages étaient déjà noyés par l’action, jusqu’à la lassitude du spectateur devant une œuvre tenant finalement au moins autant du parc d’attractions que du cinéma… Sortie nationale le 26 octobre 2011
* Disons quand même que le film prend beaucoup de libertés avec la BD du même titre, faisant de Sakharine le méchant (et même le descendant de Rackham-le-Rouge, qu’il n’est absolument pas chez Hergé !), de Nestor son serviteur, oubliant les frères Loiseau (pas les méchants les plus réussis inventés par Hergé, cela dit) et y orchestrant la rencontre entre Tintin et Haddock (directement inspirée du Crabe aux pinces d’or), etc. Retrouvez d'autres articles sur Steven Spielberg : Indiana Jones Steven Spielberg - "Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal" [EDIT] Tintin, "Le secret de la Licorne" par Spielberg et Jackson: l'affiche et le teaser! Steven Spielberg - "Cheval de Guerre"
Commentaires
De : Cyril C. J'ai fâcheusement oublié de parler pourtant du meilleur moment du film : son générique de début, d'une belle animation stylisée (à l'esprit finalement plus proche d'Hergé que le film lui-même). Dommage qu'il soit à ce point semblable à celui d'"Attrape-moi si tu peux", jusqu'au thème musical de John Williams... De : jacques d. Ha, ha, ha ! "Françoise Dorléac remplaçant avantageusement Milou", ha, ha, ha ! Excellent ! On se prend, du coup, à rêver d'un inédit où l'homme au chien en culotte de golf se ferait vamp(iris)é par sa "bête" de compagnie, la plus que parfaite Françoise Dorléac ! Ha, ha, ha, excellent ! Je vous en prie, vendez l'idée à Spielberg, ça nous fera (via ces effets spéciaux dont on cherche parfois la légitimité - à défaut de leur indéniable utilité... "sors de ce corps laiteux et moutonneux, Dorléac !" dirait Haddock, un soir d'orage à Moulinsart, libérant ainsi la Ninja-Ligne-Claire-et-Parfaite menant à la baguette les deux nigauds Dupont-Dujardin...) un excellent "Tintin 2". Allez, faites ! De : Guillaume Bon attention il y a des spoilers dans mon avis ci-dessous :) C'est un film enivrant et sans doute assez batard pour le tintinophile (enfin pour moi), où Spielberg interroge via la figure épuré de Tintin son aspect candide comme pour y reprendre un nouveau souffle. En revisitant aussi par la même tout son cinéma via une technique qui l’amplifie et le libère entièrement. Il le fait en adaptant son projet impossible... et qui en quelque sorte le reste encore parce que l'adaptation a beau être très personnelle, elle reste frustrante (elle brasse trop de références des autres albums et fait peur dans son exploration presque complète de toute la psychologie des personnages, disséminés d'albums en albums mais ici sans doute trop compressé. (On a droit jusqu'à la séquence de renoncement très "Picaros" où Tintin se dit soudain "réaliste"... et pourtant c'est l'un des plus beaux moments du film). De même que le final trahit celui du "Trésor de Rackham le Rouge", mais est essentiel à l'énergie revivifiante au cœur du film. C'est le paradoxe. Je n'ai du coup presque pas envie de voir de suite... ou alors un "reboot" complet du prochain réal! Il y a comme un renvoi entre Tintin et Haddock qui répond parfaitement aux pulsions de vie et de mort qui peuvent cohabiter dans les meilleurs films du réalisateurs (c'est généralement plus réussi quand il fait cohabiter ces deux aspects au sein du même métrage plutôt que se pencher sur l'un ou l'autre démesurément). La séquence où Haddock est quasiment en transe avec son passé familial qui ici lui revient peu à peu est magnifique à ce niveau, et les séquences baroques de la Licorne (avec même des rémanences d'[i]Amistad[/i]!) sont ce qu'il y a de plus réussi... Le film est souvent euphorique à être créatif dans ses enchaînements, comme si tout était en permanence d'un même liant. C'est un peu l'intro d'[i]Indy 2[/i] sur deux heures parfois. L'ivresse du Capitaine? Une chose plaisante d'ailleurs c'est qu'il n'y a pas vraiment de moralisme ici, encore moins que chez Hergé :l'alcool est un vrai ressort et Milou est tout aussi fripon à disputer les bouteilles! Ce rythme est parfois exténuant, mais il exprime ce vitalisme furieux. La scène des grues en rajoute trop à vouloir rejouer le flash-back de La Licorne, mais j'ai aimé toute la séquence de la chasse au Faucon, aussi fluide dans son mouvement continue que celle de la Licorne est déréglée... D'ailleurs j'ai eu le sentiment que l'eau qui s'échappe du barrage pour inonder Bagghad avait un sens tout contraire à celui d'une scène de destruction massive (référence à la critique de M. Sotinel dans Le monde). L'idée de se servir de la Castafiore pour faire un clin d'oeuil énergique à "L'Homme qui en savait trop" est assez géniale également! J'ai le sentiment qu'on pourrait faire plein d'analyses différente de cette scène seulement, ça montre la richesse du film. Le générique est un peu un bazar qui a l'air d'avoir été exécuté par une boite spécialisée sans trop de connaissance du matériel, c'est parfois embarrassant... En fait je trouve ça plus proche de Binder et de OO7 qu'autre chose, mais ça ne s'y prête pas du tout. La musique de Williams additionne le pire et le meilleur, elle est quand même un peu trop omniprésente. Et l'un des meilleurs thèmes est seulement dans le générique de fin. Le film n'a pas une lecture si neutre des relations Haddock-Tintin... Les scénaristes sans doute amusés d'années de spéculations ont glissés d'étranges blagues de défroqués et certains plans de contacts physiques sont même assez appuyés. On peut même encore interpréter la scène de la Castafiore d'une certaine manière à ce niveau là! Ce n'est peut-être pas le plus futé d'avoir joué là dessus, mais ces allusions donnent du relief aussi au film! De : jacques d. ah, la séquence du duel à a flèche de grue (pendant "moderne" en effet à celle au sabre chez les pirates) est certes "too much" mais fait partie de celles qui rompent (enfin) avec la "tintinophilie", ce fétichisme pesant qui fait écran à toute adaptation des "saintes écritures belges" et qu'on le traite à l'arme lourde (et si la grue portuaire n'est pas encore le napalm, c'est déjà un plus) n'est pas pour me déplaire, c'est, qu'on le veuille ou non, un film de Spielberg, à voir d'abord en salle sur grand écran et non pas un album à plat en pâle quadrichromie publié chez Casterman. Insérer un commentaire : |
