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Steve Kloves – "Susie et les Baker Boys"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2008-10-01



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L’histoire est connue. Dans les années 50, à la suite de leur mentor André Bazin, les jeunes godelureaux des Cahiers du Cinéma s’étaient proclamés "hitchcocko-hawksiens". A la réflexion, curieux mariage de la carpe et du lapin, tant les deux seuls points communs entre ces deux cinéastes semblent être leur génie et l’élection de Cary Grant comme l’un de leurs acteurs fétiches…
Là où l’un cherchait tellement à faire signature qu’il a fait de son nom un label et quasiment un mot du langage courant, l’autre se retranchait plutôt derrière ses films, ses personnages et surtout ses histoires, la seule chose importante à ses yeux. Alors qu’on ne compte plus les épigones, pour le meilleur mais le plus souvent pour le pire, d’Hitchcock, Hawks n’a finalement pas directement fait école, en dépit de quelques remakes plus ou moins déguisés ici ou là (Carpenter par deux fois, par exemple)…

Ou plutôt si, au moins une fois, à travers un film qui ne marquera probablement pas la grande Histoire du cinéma, et c’est peut-être bien dommage. Ce film est donc celui qui nous occupe aujourd’hui, Susie et les Baker Boys (The Fabulous Baker Boys), le premier réalisé par Steve Kloves, en 1989.
Car j’ai beau chercher, je ne trouve pas de film aussi profondément et intelligemment hawksien ces 25 dernières années !
Il l’est notamment au travers de trois des piliers habituels des films de Hawks : une femme se comportant comme un mec (mais une femme à la féminité folle, à l’instar d’une Lauren Bacall, et c’est toute l’intelligence de ce film), des personnages obsédés par leur "professionnalisme" au point d’en nier (un temps seulement, évidemment) leurs sentiments, et, conséquence de ça, un "héros" surjouant la froideur et le détachement affectif au nom, justement, de ce professionnalisme.

Et en plus, elle fume !


Résumons rapidement le pitch pour qui ne connaîtrait pas ce film pourtant nanti d’un joli succès parfaitement mérité à sa sortie (mais aujourd’hui quelque peu injustement oublié ou sous-estimé). Depuis une bonne vingtaine d’années, les frères Jack et Franck Baker, deux pianistes de bar, courent le cachet dans les endroits parfois les plus minables ou improbables. L’aîné Franck (Beau Bridges) fait office de manager et tient le "couple" à bout de bras quand Jack (Jeff Bridges), de loin le meilleur musicien des deux, semble avoir oublié son talent, pour se laisser vivre sans illusions. Les engagements se faisant plus rare, le recrutement devenu nécessaire d’une chanteuse diablement séduisante (et pour cause, c’est Michelle Pfeiffer à son zénith) va bien évidemment provoquer quelques turbulences…



Raconté comme ça, même si on n’a pas vu le film, on en devine sans peine les péripéties. Oui, il va y avoir une "affair" entre Jack et Susie. Oui, elle va faire voler en éclats une fratrie dont les liens, nourris de frustration et de ressentiment, n’étaient peut-être pas si solides que ça. Oui, le talent de Jack va se réveiller en même temps que sa libido.
Rien de furieusement original mais en même temps le potentiel de quelques thèmes universels, qui, bien traités, font les meilleures histoires.
Howard Hawks lui-même savaient bien que, au cinéma, toutes les histoires avaient déjà été peu ou prou racontées depuis longtemps. Quand il affirmait le primat absolu de l’histoire pour faire un bon film, il pensait finalement davantage aux personnages qui portent ladite histoire.
Kloves a retenu cette leçon. Le film se résume presque exclusivement à son trio de départ et c’est aussi ce qui en fait sa force : pas de fioritures extérieures… si ce n’est la courte présence d’une juvénile et diablement sexy Jennifer Tilly. Chacun de ses trois personnages principaux a cette ambivalence qui les rend follement humains et cinématographiquement si intéressants (tiens, ça nous ramène aussi au dernier James Gray, ça !).
Mais il ne se contente pas de ça, de la simple exécution d’un brillant scénario (le métier de départ de Kloves). Sa mise en scène sait aussi magnifier ses scènes.
Ainsi, le "déboulement" de Susie dans la routine des Baker ne serait pas aussi troublant s’il ne s’accompagnait pas d’abord d’un juron de charretier lorsqu’elle se pointe en retard à l’audition, faisant preuve d’une force de conviction plus masculine que féminine pour gagner le droit d’avoir sa chance. Par la magie d’un More than you know, le tigre se fait chatte en quelques secondes et le trouble s’installe. On pense en effet au "If you need me, just whistle !" si érotique (érotique parce que viril, aussi) de Bacall à Bogart dans Le Port de l’angoisse, mais aussi beaucoup à la scène d’arrivée de Jean Arthur dans Seuls les anges ont des ailes, où elle comprend instinctivement qu’elle devra se masculiniser (sans rien perdre pour autant de sa séduction féminine) pour se faire accepter dans cette communauté d’aviateurs surjouant leur propre virilité pour masquer leurs émotions à fleur de peau.



De la même manière, la magnifique scène où Susie tente en vain de faire avouer ses sentiments à Jack renvoie immanquablement aux grands moments entre John Wayne et Angie Dickinson dans Rio Bravo. Mais nous ne sommes plus en 1959 et Kloves est bien trop malin pour savoir que le happy end ne peut plus fonctionner aussi facilement. Sa fin reste plus ambiguë, plus ouverte, comme un dernier cadeau offert au spectateur, lui laissant libre cours d’imaginer la suite…

Je craignais un peu de revoir ce film presque vingt ans après ; peur que, comme beaucoup de films des années 80, il ait visuellement horriblement mal vieilli. Il n’en est absolument rien, même les coiffures des personnages sont étonnament épargnées par les attentats capillaires de l’époque et le film pourrait tout aussi bien avoir été tourné hier !
La magie du trio, elle, opère toujours comme au premier jour. Confier le rôle des frères Baker aux frères Bridges étaient probablement un coup de génie, ne pouvant que rajouter à l’authenticité du film. Il faut aussi reconnaître que Jeff y est d’une séduction absolument affolante, jouant comme personne le mélange de coolitude et de lâcheté. Plus encore que celui du "Dude" dans The Big Lebowski, c’est LE grand rôle de Jeff Bridges !
Et Michelle, donc… On pourrait chipoter en disant que ses talents de chanteuse (car c’est bien elle qui chante), réels mais limités, constituent l’une des limites du film. En même temps, même s’ils sauvent dans un premier temps le duo en lui offrant de nouveaux engagements, ils ne lui font pas non plus réellement changer de division et cette peinture de l’entertainment au quotidien, vu par le tout petit bout de la lorgnette de la "gloire", est une autre des grandes qualités de ce film, avec son petit côté Too late blues cassavetien.

Toute l'ambiguité du trio...


Et l’inconnu Steve Kloves, dans tout ça ? Quatre ans plus tard, il signait un second film, Flesh and bone, avec le couple vedette d’alors Dennis Quaid / Meg Ryan, plus James Caan. Encore une histoire de famille, mais cette fois sur le registre "tel père, tel fils ?". Vous dire si le film creuse le sillon hawksien, je n’en sais rien, ne l’ayant jamais vu… Mais c’est une lacune que cette nouvelle vision de Susie… me donne envie de combler au plus vite.
Puis, après ce second film, plus rien. Enfin, pas tout à fait non plus, puisque Steve Kloves n’est autre que, depuis 2001, le scénariste quasi officiel et incontournable des adaptions cinématographiques des… Harry Potter !
Curieux destin, quand même…


Cool, le Jeff, mais enfin faut quand même pas trop le faire chier…





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Commentaires
De : NOODLES

LA MICHELLE est quand même restée sacrément bonne malgré les années ...

De : NOODLES

ET je trouve plut^tot irrespectueux de la ranger dans la catégorie "vieux pots"... putain c'est pas la galanterie qui vous étouffe les gars !

De : mr_kenyatta

Vieux pots, noodles, pas vieille peau !

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