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Sorties cinéma du 26 septembre 2012 : Culturopoing a déjà vu ça…
Sorties salles
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Grosse semaine avec pas moins de quatorze nouveautés à l’affiche, dans des combinaisons de salles évidemment très inégales. Alors que le nouveau chef d’œuvre d’Olivier Dahan, Les Seigneurs, truste les écrans (734 salles…), le film bulgare Shelter de Dragomir Sholev ne trouve refuge que dans une seule salle de l’Essonne (à Ris-Orangis, très précisément), pour seulement quelques séances par semaine. A propos de Dahan, peut-on lui rappeler qu’il a commis une lourde faute en embauchant ses stars en solo (Ramzy sans Eric, Omar sans Fred, Joey Starr sans Kool Shen, Dubosc sans Semoun, Garcia sans de Caunes) alors que tout amateur de football sait bien que ce jeu vaut pas ses duos complémentaires : Denfert et Rocheteau, Nolan Roux et Combaluzier, Michel-Ange et Marco Molitor… Soyons justes, Les Seigneurs n’est pas le seul film à s’accaparer les écrans français cette semaine. C’est aussi le cas de l’interminable saga Resident Evil, qui en est à sa Retribution ; et, normalement, la rétribution, c’est qu’on reçoit en échange d’un travail fourni et fini, donc ? Ça sent donc peut-être enfin la fin, allez savoir, avec ce cinquième volet à nouveau réalisé par le grand Paul W.S. Anderson (son troisième à lui), toujours avec Milla Jovovich (qui a décidément la plus belle filmographie du cinéma mondial) et le retour de Michelle Rrodriguez. On s’en fout ? On s’en fout. Idem pour le nouvel Oliver Stone, Savages. Voilà quand même un type intriguant, généralement passionnant en interview (cf. le récent n° 2 de So Film), même si on n’est pas obligé d’adhérer à tous ses propos, et quasi invariablement assommant en films. A tout prendre, on préfèrerait d’ailleurs voir ses portraits de Castro ou Chávez plutôt que ses fictions que n’effleure jamais la subtilité. ![]() Jérôme Le Banner et Rachida Brakhni dans "Les Mouvements du bassin"
Grosse sortie également pour Le Magasin des suicides, de Patrice Leconte. La première incursion du réalisateur dans le cinéma d’animation n’a rien d’une surprise pour qui se souvient qu’il débuta comme dessinateur de BD, notamment au sein du mythique magazine Pilote, comme en témoigne son Gazul Club réédité en 2007 par les excellentes Editions Michel Lagarde. Beau dispositif aussi pour le dernier Alain Resnais, adapté de l’Eurydice d’Anouilh. Vous n’avez encore rien vu, nous dit le noble nonagénaire. Notre chère Laura n’a néanmoins pas pu s’empêcher d’y voir un film testament. Et, en bonne fan de Dutronc, elle s’est donc fendue d’un testamour, en ligne pas plus tard que dans pas longtemps. Dans un tout autre genre, Le Chien du Tibet, film d’animation sino-japonais de Masayuki Kojima (comme quoi tout ne va pas si mal que ça entre ces deux pays, allez), cible davantage les enfants. Et dans un genre encore plus différent et une combinaison de salles bien plus modeste, HPG nous propose enfin ses Mouvements du bassin (annoncé ici-même il y a déjà plus de trois ans), avec le couple Brakhni/Cantona et lui-même. ![]() Marcin Dorocinski et Kzrysztof Stroinski dans "Fear of Falling"
Pour le reste, Culturopoing a donc effectivement déjà vu et plus ou moins aimé deux films dont il est par ailleurs question sur le site. Si Gaël Martin ne s’est pas fait suer dans le Sauna on Moon de Zou Peng (désolé…), Cyril Cossardeaux est ressorti un peu ébranlé mais mi-figue, mi-raisin du Compliance de Craig Zobel. En plus d’Alain Resnais, les grands réalisateurs vétérans sont à l’honneur cette semaine avec Gebo et l’ombre, qui permet à Manoel de Oliveira d’établir un nouveau "record", celui du cinéaste le plus âgé à sortir un film (103 ans, ce qui paraît totalement irréel !), record qu’il détenait déjà et battra, si tout se passe bien (on croise les doigts), l’an prochain avec L’Eglise du Diable. Les quasi inévitables Leonor Silveira, Luis Miguel Cintra et Ricardo Trêpa sont de la partie et trois comédiens prometteurs y font leurs débuts chez le maître portugais : Jeanne Moreau, Claudia Cardinale et l’immense Michael Lonsdale dans le rôle-titre. Auteur de son premier long-métrage de fiction, le Polonais Bartosz Konopka est lui beaucoup plus jeune mais son Fear of Falling se plonge dans le passé douloureux de son pays via l’histoire d’un homme confronté à la déchéance mentale de son père. Voici le point de vue circonstancié sur le film d'Olivier Rossignot : Vous dire que Fear of Falling est la sortie la plus gaie et divertissante de la semaine serait vous mentir, mais en revanche, c’est peut-être la plus émouvante, grâce à la forte résonnance autobiographique qui l’imprègne. En effet, le parcours de ce héros renouant avec son père quelques mois avant sa mort réécrit à peine l’expérience du cinéaste. Lorsqu’après des années de silence, Tomek reçoit un coup de téléphone de l’hôpital psychiatrique qui vient d’accueillir son père, il se décide à l’aider, à s’occuper de lui, la communication renaissante coïncidant avec la dégradation mentale du vieil homme, une relation pareille à une lutte vaine contre un temps qui s’accélère. La beauté de Fear of Falling repose sur cet inéluctable cercle du destin où s’enchevêtrent les débuts et les fins. L’amour émerge enfin, fait de regards, de sourires de caresses ; le rapprochement est d’autant plus intense qu’il est fugitif, condamné par la perte de la raison qui prélude à sa mort. A ce titre, rarement une affiche de film n’aura été aussi fidèle au contenu d’une œuvre, main tendue, vers une autre main floutée, jusqu’à son évanouissement total. Dans cette perception symbolique de l’existence, où le jour succède à la nuit, à la mort du père répond la paternité de Tomek, la naissance de son fils n’étant que la suite logique de ce cheminement. On sait que Bartosz Konopa n’a pu vraiment libérer cette douleur qu’après le décès de son père, au moment où lui-même le devenait. Malgré la gravité de son sujet, Fear of Falling ne tombe jamais dans le pathos, et aussi dramatique qu'il soit, il y règne cette sensation de d’apaisement, de paix enfin retrouvée, d’une œuvre créée pour parvenir à faire son deuil et qui ne laisse plus place à la rancœur. Toute la dimension cathartique du cinéma surgit dans Fear of Falling et fait la beauté d'une oeuvre, sobre, pudique et dont l’humeur, à l’image de sa photo, baigne dans le gris et le bleu. ![]() "Tous cobayes ?"
Deux documentaires également cette semaine, genre qui bénécie souvent de plusieurs sorties hebdomadaires mais régulièrement dans des circuits de salles extrêmement réduits. Sombras (Les Ombres) et Tous cobayes ?, traitant tous les deux de sujets extrêmement graves, ne font hélas pas exception à la règle. Signé Oriol Canals, Sombras s’intéresse au destin des immigrés africains qui rejoignent clandestinement l’Espagne par bateau ; tout au moins aux rescapés de ces traversées de tous les dangers. Quant au film de Jean-Paul Jaud (fameux réalisateur de télévision), il est la version cinéma du livre éponyme du chercheur (controversé) Gilles-Eric Séralini qui met actuellement les mondes scientifique et politique en émoi par son réquisitoire accablant sur la dangerosité des OGM et les pratiques occultes de Monsanto. Le film ne traite d’ailleurs pas que de ce grave problème mais également de l’inertie des politiques face au danger nucléaire. Autant dire un film qui prend clairement partie. ![]() Julie Christie et Jose Luis de Vilalonga dans "Darling"
Enfin, l’un des événements cinématographiques de la semaine est sans aucun doute la possibilité qui nous est offerte de mieux connaître l’œuvre extrêmement hétérogène et très inégale d’un cinéaste décédé il y a presque dix ans, John Schlesinger. De lui, on ne retient surtout que ses deux collaborations avec Dustin Hoffman : Macadam Cowboy (pour le second rôle masculin aux côtés de Jon Voight) et Marathon Man (pour le rôle qui a traumatisé des générations de patients des dentistes dans le monde entier). On connaît beaucoup moins ses débuts anglais (puisque Schlesinger était londonien), et encore moins ses trois premiers films que le petit distributeur Tamasa (à qui on devait déjà la découverte au printemps des Jours comptés d’Elio Petri) a eu la formidable idée de ressortir en salles : Un amour pas comme les autres (A Kind of Loving, 1962), Ours d’or à Berlin (pas mal, pour un premier film), avec Alan Bates, Billy le menteur (Billy Liar, 1963), avec Tom Courtenay et Julie Christie, et Darling (1965), à nouveau avec la belle Julie Christie, cette fois (bien entourée) par Dirk Bogarde et Laurence Harvey, sur un scénario coécrit par l’écrivain Frederic Raphael, futur scénariste de Voyage à deux pour Stanley Donen et Eyes Wide Shut pour Stanley Kubrick. Nous reviendrons bientôt plus longuement sur cette triple sortie en salles, prélude à une belle édition en coffret DVD et Blu-ray le 20 novembre prochain.
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