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Sorties cinéma du 20 juin 2012 : Culturopoing a déjà vu ça…

Sorties salles
Posté par Culturorédac le 2012-06-21



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Neuf nouveaux films cette semaine à l’affiche, on a envie de dire "seulement", tant on est davantage habitué à flirter avec la douzaine, voire la quinzaine de sorties hebdomadaires. Voilà qui laissera peut-être un peu plus d’espoir à ses nouveaux films de profiter pleinement de la fête du cinéma de cette fin de semaine, d’autant que nombreux sont ceux qui le méritent.

Un certain nombre de ces films font déjà l’objet de critiques, positives, en ligne, et la variété, assez extrême, des genres abordés cette semaine n’est certes pas pour nous déplaire.
Cyril Cossardeaux reviendra très vite sur la nouvelle comédie des frères Podalydès, Adieu Berthe (ou l’enterrement de mémé), très réussie.
Avec une nouvelle adaptation du Faust de Goethe, Alexandre Sokourov se frotte à un autre genre de mythe, après, entre autres, Hitler (Moloch) et Hirohito (Le Soleil) et a remporté un Lion d’or mérité au dernier festival de Venise (critique de Laura Tuffery).
C’est un tout autre genre d’adaptation théâtrale que propose le britannique Terence Davies (réalisateur notamment des beaux Distant Voices, Still Lives ou Of Time and the City) avec The Deep Blue Sea, écrit par le dramaturge et scénariste Terence Rattigan (collaborateur régulier d’Anthony Asquith ou de Laurence Olivier pour Le Prince et la danseuse) et déjà adapté en 1955 par Anatole Litvak. Cette fois, c’est Rachel Weisz qui reprend le rôle de Vivien Leigh, dans ce film d’un élégant classicisme (critique de Thomas Roland).
Deux films de genre également au programme cette semaine avec la nouvelle réalisation de l’auteur de V pour Vendetta et fidèle collaborateur des frères Wachowski, James McTeigue. L’Ombre du mal, n’est pas directement adapté d’Edgar Poe, mais est clairement empreint de son atmosphère, comme l’indique bien son titre original, The Raven (Le Corbeau étant l’un des plus célèbres poèmes de l’écrivain américain) (critique de Marija Nielsen). Et, dans un genre plus remuant, le film qui affole le net depuis quelques mois : The Raid (Serbuan maut), film indonésien à petit budget mais réalisé par le nouveau petit prodige de l’action movie, le Gallois Gareth Evans (critique de Benjamin Cocquenet).

Marcello Mastroianni et Micheline Presle dans "L'Assassin"
Marcello Mastroianni et Micheline Presle dans "L'Assassin"

Deux rééditions intéressantes également cette semaine avec un film très méconnu d’Elio Petri, L’Assassin (L’Assassino, 1961), avec Marcello Mastroianni et Micheline Presle. Il semble que Petri soit en pleine phase de redécouverte/réhabilitation (comme le montre aussi la récente sortie en salles des Jours comptés ou bien la sortie en DVD de La Classe ouvrière va au paradis) et on ne peut que s’en réjouir.
Plus connu mais plus vu depuis longtemps, l’un des grands films de Robert Altman, Trois femmes (Three Women, 1977), de Robert Altman, vu par Olivier Rossignot :

Pinky, Millie et Willie. Trois héroïnes en quête d’identité, trois douleurs et trois figures de la féminité pour trois fragments de la vision d’un cinéaste. Altman livre avec Trois femmes un requiem bleuté, une œuvre somnambule et sombre, tour à tour traversée par l’esprit critique et l’irréalité. Altman isole ses personnages, les fait évoluer dans deux décors symboliques, confinés ou infinis, le désert et la maison thermale pour vieillards, entre la poussière et l’eau. Jamais Altman n’aura semblé si proche de Bergman, au point que Trois femmes ressemble à s’y méprendre à une variation de Persona, reprenant lui aussi le thème du masque et transformant progressivement ses héroïnes en concepts, sans jamais pour autant leur faire perdre chair. Pinky Rose (Sissy Spacek) la naïve arrive dans cet établissement comme une incarnation de la vie à l’endroit où la mort n’est pas loin, et rencontre Millie qui doit la former, et lui propose de devenir sa colocataire : Millie (extraordinaire Shelley Duvall) l’aguicheuse, qui claironne ses conquêtes, et ne cesse de se poser en donneuse de leçons. Enfin il y a Willie, la troisième, enceinte et plus silencieuse, qui passe ses journées à peindre des fresques mythologiques, mutantes et érotiques au bord de la piscine vide.

Sissy Spacek et Shelley Duvall dans "Trois femmes"
Sissy Spacek et Shelley Duvall dans "Trois femmes"

Ne nous fions pas aux apparences : ici, la candeur enfantine, l’assurance ou l’arrogance ne sont que trompe-l’œil déguisant les névroses, les frustrations, les douleurs, le labyrinthe de la psyché. Altman installe un sentiment schizophrène où chacune est aussi bien capable d’un sentiment d’altruisme et de protection que de recherche de destruction de l’autre, comme en témoignera ce dérangeant retournement de situation où s’inversent le bourreau et la victime, lorsque brusquement Millie se révèlera vulnérable à la merci d’une nouvelle Pinky Rose cruelle, séductrice, manipulatrice. La tension sexuelle est palpable, accentuée par l’omniprésence de l’élément liquide. En guise d’interlocuteurs masculins, Altman offre de tristes pantins, machos guidés par leur virilité et leur soif de conquête. Trois femmes nous conduit lentement vers un monde sans hommes, vers la reconstruction d’une cellule familiale nouvelle où chacune aura sa place de mère, de père ou d’enfant. Trois femmes, comme trois métamorphoses et trois renaissances. Au-delà du portrait acerbe des Etats-Unis et de l’irrépressible misanthropie d’Altman, la meilleure façon appréhension de Trois femmes c’est de se laisser aller, d’accepter l’invitation à ce voyage somptueusement onirique et anxiogène, plongé dans un symbolisme alchimique qui étreint poétiquement plus qu’il ne cherche à donner des clés. Une œuvre magistrale qui puise sa beauté dans l’énigme.




Autres sorties de la semaine :
- Bitch Slap, de Rick Jacobson
- Ce qui vous attend si vous attendez un enfant, de Kirk Jones
- Jitters, de Baldvin Zophoníasson
- The Dictator, de Larry Charles





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