Sorties salles Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-08-16
Numéro 9 est un film profondément agaçant, rageant, même. Pourquoi déployer de tels trésors d’ingéniosité visuelle pour un propos d’une stupidité aussi confondante ? On se trouverait typiquement face à l’un de ces films qui nous "tombent des yeux" (pour reprendre la magnifique expression de Serge Daney) si ces derniers n’étaient pas, malgré tout, fascinés par la recréation d’un univers pas si usité dans le monde de l’animation mainstream.
Surtout, on se demande à qui peut bien s’adresser ce film ? De par son climat assez anxiogène et ses références à mille lieues du royaume de Disney (pixarisé ou non), de par plusieurs scènes probablement assez effrayantes pour de trop jeunes spectateurs (le film est classé "PG-13" aux Etats-Unis), il ne cible manifestement pas les enfants. Mais quels adultes peuvent-ils bien trouver leur compte dans un scénario aussi neuneu ?
De façon assez saisissante, Numéro 9 condense en 1h15 le meilleur et le pire du cinéma de Luc Besson. D’un côté, l’univers post-apocalyptique du Dernier combat, auquel le film de Shane Acker emprunte trop d’attributs pour que cela puisse être une totale coïncidence (soyons justes, on pense aussi à La Jetée, de Chris Marker, et à tous les films que ce diamant brut a par la suite nourri, L’Armée des 12 singes de Gilliam, évidemment, remake déclaré, ou le Delicatessen de Caro & Jeunet). De l’autre, son récit s’abreuve au même genre de sources fantastico-spiritualistes que Le Cinquième élément ou Arthur et les Minimoys, pour vous donner une idée du désastre.
Mais pourquoi diable faut-il que tant de films fantastiques infantilisent à ce point leur public ? Pourquoi un film aussi riche dans la création de cet univers dévasté, habile mélange du monde en ruines de la fin de la Seconde Guerre mondiale et d’une planète livrée aux machines du début de Terminator 2, se sent-il obligé de jouer la surenchère dans les scènes d’action spectaculaires, au timing mécanique, comme si programmé par un ordinateur (ou une console de jeux…) ?
Est-il à ce point inimaginable que ce type de production (n’émanant pourtant même pas d’une major) privilégie davantage l’atmosphère à l’intrigue, à l’instar des magnifiques cinq ou dix premières du film, extrêmement prometteuses ? Un tel film serait-il commercialement moins performant ?...
On n’a pas évoqué la présence au générique de Tim Burton, ici simple (co)producteur. Probablement parce que, à part la participation de son Bela Lugosi Martin Landau au casting des voix (qui aligne évidemment les vedettes, comme si c’était une fin en soi…), d’un Danny Elfman en berne à la musique (il n’est d’ailleurs crédité que pour les "thèmes musicaux", pour lesquels il ne s’est pas trop foulé) ou de quelques petits gimmicks épars (l’une des petites créatures, alliant Bibendum – si, si, c’est frappant ! – et le Oogie Boogie de L’Etrange Noël de M. Jack, une autre évoquant aussi bien Beetlejuice qu’un prisonnier des camps d’extermination dans sa tenue rayée… quand on vous disait que ça n’était pas pour les enfants), la "Burton touch" se fait très discrète. Même dans ses films les plus "enfantins", lui a au moins toujours su jouer sur l’intelligence et la finesse d’esprit de ses spectateurs. On n’en dira pas autant ici…
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