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Sean Durkin – "Martha Marcy May Marlene"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-02-22



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Il serait facile et assez paresseux de ne voir Martha Marcy May Marlene que comme un film "à sujet", en l’occurrence celui des sectes, comment on y entre, on en sort et on tâche ensuite de se reconstruire, tant bien que mal. Le film n’a aucune prétention sociologique ou documentaire ; il est bien davantage le portrait au singulier d’une très jeune femme, l’un des plus beaux portraits de femmes que nous ait offert le cinéma américain depuis longtemps, qui nous renvoie à une autre époque, celles de Portrait d’une enfant déchue, d'Une femme sous influence, de Wanda, d’Alice n’est plus ici ou de certains films d’Altman des années 70 (cette dernière référence étant revendiquée par son réalisateur, Sean Durkin), même si Martha Marcy May Marlene diffère de ces films sur le fond comme sur la forme. Il y a néanmoins un point commun à tous ces films, celui de nous présenter une femme à la recherche de her place in this world et qui a du mal à la trouver.

Ainsi, si Martha a disparu pendant deux ans dans une ferme des Catskills au sein d’une mystérieuse communauté, ce n’est pas pour épouser une cause par une quelconque foi religieuse. Plutôt parce qu’elle a cru y trouver un cadre plus accueillant que celui qu’elle a connu auparavant, dont nous ne connaîtrons jamais que quelques bribes. Son adoption par cette communauté se fait manifestement sans heurts, sans contrainte apparente autre que le charisme, aussi doux qu’inquiétant, de son espèce de gourou plus ou moins hippie, faisant de chaque nouvelle arrivante sa favorite sexuelle pendant un certain temps, mais sans que cela ne soit vécu sur le moment par personne comme un traumatisme (même leur "première nuit", qui s’apparente clairement à un viol). Ce Patrick, interprété avec énormément de subtilité par John Hawkes, serait une sorte de Charles Manson soft, avec qui il partagerait à la fois le goût pour la musique et le meurtre "gratuit" (peut-être aussi un certain dégoût du matérialisme de ce début de 21ème siècle…).

John Hawkes et Elizabeth Olsen dans "Martha Marcy May Marlene"
John Hawkes et Elizabeth Olsen

Un petit matin, pourtant, Martha (rebaptisée Marcy May par son nouveau mentor) décide de s’enfuir. C’est la première scène du film, qui donne le ton d’un certain mystère, d’une indécision dans lesquels il flottera tout du long, en écho à la présence/absence de Martha/Marcy May au monde qui l’entoure. Celle-ci trouve refuge chez sa sœur aînée, en villégiature au bord d’un lac du Connecticut dans la villa cossue qu’elle loue avec son mari, architecte succesful. Le cadre de vie de Lucy (Sarah Paulson) et Ted (Hugh Dancy) a beau être à l’exact opposé de celui de la ferme communautaire au confort spartiate qu’elle vient de fuir, la mise en scène impressionniste de Sean Durkin nous maintient au début de chaque scène dans la même indécision que son héroïne : au présent du récit, dans ce qui est censé être un havre de paix, ou dans la ferme, au fil des nombreux flash-backs mentaux de Martha ? C’est le meilleur moyen que pouvait trouver Sean Durkin pour signifier que, au-delà du long réapprentissage d’une vie normale, Martha reste toujours aussi étrangère au monde, quel que soit son environnement. Elle est plus exactement de celles et ceux qui se laissent porter par le courant de la vie, par incapacité à en prendre le contrôle autant que par facilité, comme le lui fait remarquer son beau-frère lors d’un dîner orageux où elle fustige le mode de vie bourgeois du couple de sa sœur, dont elle sait pourtant aussi profiter.

Parmi les nombreuses réussites de Martha Marcy May Marlene (on vous laisse découvrir le pourquoi du "Marlene", qui n’apparaît en fait qu’au détour d’une scène, vers la fin du film) qui en font l’étrange beauté, il y a aussi ce choix des chansons de Jackson C. Frank. Il semble qu’il soit d’ailleurs largement le fruit du hasard : cherchant des chansons utilisant les prénoms des différentes facettes de son héroïne, Sean Durkin a d’abord découvert le Marlene de Frank, avant de se rendre compte que celle qui la précédait sur l’unique album jamais enregistré par le plus maudit des musiciens folk américains s’intitulait justement Marcy’s Song ! C’est une anecdote qui semble presque trop belle pour être vraie tant l’univers des chansons de Jackson C. Frank semble cohérent avec celui du film. La scène où John Hawkes réinterprète, magnifiquement, Marcy’s Song est d’ailleurs l’une des plus belles du film, rehaussée par une photographie au grain très émouvant.

Sarah Paulson et Elizabeth Olsen dans "Martha Marcy May Marlene"
Sarah Paulson et Elizabeth Olsen

Mais comme les films-portraits évoqués au début de cette critique, Martha Marcy May Marlene est finalement surtout une rencontre entre le regard d’un cinéaste (dont il faut rappeler que c’est le premier long-métrage et qui promet énormément) et celle qui est regardée. Pour son premier rôle, Elizabeth Olsen est une révélation assez bouleversante. Vierge de toute expérience cinématographique, elle EST Martha pour le spectateur, puisqu’elle ne fut préalablement personne d’autre à l’écran. Mais on jurerait que ce personnage de sœur cadette paumée a un peu résonné avec sa propre histoire de petite sœur de deux jumelles célèbres (pas mal paumées aussi elles-mêmes, dans leur genre), Ashley et Mary-Kate Olsen, ex-enfants stars hollywoodiennes ayant plus ou moins bien tournées. Autant ses sœurs aînées ont désormais perdu tout espoir d’accéder un jour au panthéon des actrices américaines, autant Elizabeth Olsen a tous les atouts pour ça : une beauté qui n’a rien de classique, allant d’une scène à l’autre du sublime au quelconque, un corps un peu lourd mais d’une vraie grâce, et surtout une cinégénie assez magnétique sur laquelle le film (dont elle est de toutes les scènes) peut se reposer entièrement.
D’ores et déjà un double coup de cœur pour 2012 !


En dépit de sa bande-annonce et de la façon dont il est abusivement présenté ici ou là, Martha Marcy May Marlene N’EST PAS un thriller !




Sortie nationale le 29 février 2012


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"L’Exorciste" en mini-série TV, vu par Sean Durkin !


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