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Scott Cooper – "Crazy Heart" (avant-première)
Sorties salles
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Il est dit à la fin de Crazy Heart du personnage de Bad Blake (Jeff Bridges) qu’il est "vintage". Voilà un qualificatif qui s’applique merveilleusement au film lui-même. Scott Cooper, qui passe ici à la réalisation pour la première fois, signe un film "à l’ancienne", un film d’atmosphère, de personnages. Il raconte une histoire éternelle, de celles qui font mentir le vieil adage fitgeraldien : "Il n’y a pas de second acte dans la vie d’un Américain". Evidemment, qui dit histoire éternelle implique le risque de déjà vu. Alors, oui, Crazy Heart évoque l’écho de Susie et les Baker Boys (pas seulement pour la présence de Bridges), quelques films d’Eastwood (et des meilleurs : Honkytonk Man ou Sur la route de Madison), de Leaving Las Vegas aussi (mais en se complaisant moins dans la glamourisation de l’autodestruction)… De toute façon, toutes les histoires ont déjà été racontées depuis longtemps, non ? Alors, quand elles le sont aussi bien, avec autant de simplicité et portées par des comédiens magnifiques, on peut, comme ici, atteindre à une Vérité éternelle. Il y a des films portés par la Grâce. Crazy Heart est porté par l’Amour. L’amour manifeste que chacun de ses participants a apporté au film. Il est tout sauf anodin que Jeff Bridges, Robert Duvall et T. Bone Burnett (immense compositeur, musicien et producteur, en charge de la musique) en soient aussi les producteurs. On peut aussi voir Crazy Heart comme un portrait de l’Amérique profonde, celle de ces habitants de Nowheretown, toujours partants pour aller écouter une vieille vedette de la country en sirotant quelques bonnes bières. Cette Amérique qui n’a peut-être pas tellement changé ces soixante dernières années et qui pourrait bien ne pas changer davantage dans les cinquante à venir. Et même si le film témoigne d’un profond respect pour cette scène country pas encore complètement édulcorée par le business (on peut parler d’Amour, là aussi), il s’agit bien d’abord d’un film de personnages. ![]() Jeff Bridges et Maggie Gyllenhaal
Ils sont encore ce qu’il y a de plus réussi dans le film et des solistes comme Jeff Bridges, Maggie Gyllenhaal ou Robert Duvall n’ont pas besoin de plus d’une scène pour leur donner vie et épaisseur, pour incarner autant leur passé que leur présent. On pourra dire, là aussi, que Bridges producteur s’est taillé un rôle sur mesure (alcoolique, bouffi, crasseux, pas loin d’être échoué comme une épave), de ceux qui vous pavent le chemin vers les petites statuettes. De fait, il a déjà remporté un Golden Globe et est en route pour un possible Oscar. Doit-on pour autant nier l’excellence de sa composition ? Tout en restant jusqu’au bout improbable, le couple qu’il forme avec Maggie Gyllenhaal dégage une vraie force, on a, comme lui, envie d’y croire, et quelques scènes de fin devraient voir se fendre bien des cœurs de pierre. Il n’y a pas grand-chose à dire de la mise en scène de Scott Cooper, si ce n’est qu’elle se fait majoritairement oublier, ce qui est encore la meilleure des choses à faire pour un film reposant d’abord sur ses personnages et ses dialogues. Ça ne veut certainement pas dire qu’elle est inexistante ou approximative. Elle sait au contraire adopter un parfait timing et souvent prendre son temps, comme les gens du Sud (où "le temps dure longtemps", n’est-ce pas Nino ?) le font généralement. ![]() Jeff Bridges et Robert Duvall
Un dernier couplet sur la musique, qui occupe une place centrale et très bien respectée par la mise en scène et le montage du film. Chez bien des Français, "country" est synonyme de "courage, fuyons". Ce serait vraiment ici une grave erreur car cette country-là, au fond, elle vient de là, elle vient du blues (de ces "gars du Delta", comme dit Bad Blake), et Lightnin’ Hopkins et son Once a Gambler ont tout à fait leur place sur l’épatante BO du film, elle aussi hautement recommandée. Cette country raconte fondamentalement les mêmes histoires que le blues, parfois avec d’autres mots, d’autres accords, d’autres accompagnements musicaux, mais elle vient de la vie elle-même, comme ce très beau film, aussi juste que modeste.
Commentaires
De : Cyril C. Pour son second film, Scott Cooper devrait diriger Brad Pitt dans un western (produit par ce dernier), The Hatfields and the McCoys, fameuse affaire de vendetta familiale ayant duré une quinzaine d'années à la fin du 19ème siècle du côté de la Virginie et du Kentucky. Projet alléchant, qui devrait également inclure à nouveau Robert Duvall dans le casting... Insérer un commentaire : |
