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Samuel Maoz – "Lebanon" (avant-première)

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Posté par Matthieu Loire le 2010-01-28



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A l’instar de Valse avec Bachir, qui avait durablement marqué le festival de Cannes en 2008 (mais était injustement revenu sans prix), Lebanon, de Samuel Maoz, a également marqué les rétines et les oreilles des spectateurs du dernier festival de Venise en 2009. Le film a d’ailleurs remporté le Lion d’or du festival.
Quoi de commun entre ces deux films ?

Tout d’abord, ils s’appuient sur le même lieu et le même contexte, la première guerre du Liban en 1982. Tous les deux sont également en partie autobiographiques, les deux réalisateurs israéliens ont combattu au Liban.
Ensuite ils utilisent une forme rarement, voire pas du tout, utilisée dans le cinéma.
Valse avec Bachir célébrait les noces entre le film d’animation et le documentaire, en y intégrant des entretiens réels redessinées pour déboucher sur un remarquable travail sur la mémoire, individuelle et collective, et la psychanalyse. Une forme innovante, certes, mais toujours au service du cinéma. Le film maintenait un suspense d’un bout à l’autre, distillé d’images oniriques et répétitives et bercé par une bande son prodigieuse.
La scène finale dans les camps de Sabra et Chatila, en images "réelles" supprimant le confort et la distance apportés par l’animation du film, en a ébranlé plus d’un.
Lebanon, lui, décrit les premiers jours de la guerre et prend le parti de nous laisser, spectateurs, pendant quasiment tout le film à l’intérieur d’un char israélien.
En guise de paysage, nous devrons nous contenter d’un magnifique champ de tournesol, l’un sans char, l’autre avec char. Un début bucolique. Une fin névralgique.   
   
"Lebanon"   

D’entrée de jeu, l’immersion est totale, la lunette du canon du char fait office d’objectif, les mouvements de soldats, les rues, les fenêtres, les paysages, tous passent par le filtre de cet objectif à l’angle réduit. Chaque mouvement, déplacement horizontal ou vertical, zoom,  est d’ailleurs ponctué par un grincement strident. Une des réussites du film est d’ailleurs dans ce rendu du son, violent, âpre et sans concession. Et, pout tout dire, éprouvant.
Pour conclure ce panorama, l’intérieur du char : noirceur, graisse, crasse, un grand bac en guise d’urinoir. L’impression d’être protégé et à la merci de tout.

"Lebanon"

Tout l’enjeu du film se passe bien sûr hors-champ, les contacts avec l’extérieur se feront soit par radio, soit par l’intrusion de corps étrangers dans cet univers confiné et claustrophobique.  Le commandant qui donne des ordres de moins en moins compris, le corps d’un soldat rapatrié, un prisonnier syrien, un phalangiste.
Protégés à l’intérieur de ce lieu, les quatre membres de l’équipage vont chacun perdre leur innocence et découvrir, par le biais de cette petite fenêtre ouverte sur le monde, les ravages de la guerre et des gestes qu’il faut accomplir rapidement et que l’on ne comprend pas.
D’un point de vue formel, le film est moins révolutionnaire que Valse avec Bachir, filmer la guerre hors-champ dans une unité de lieu, cela a déjà été fait notamment par Wolfgang Petersen en 1982, à l’époque le plus gros budget du cinéma allemand (et avant que celui-ci aille couler à Hollywood), avec Le Bateau (Das Boot), dont l’action se déroulait à l’intérieur d’un sous-marin et narrait les déboires de l’équipage allemand du U96 au moment de la déroute nazie. La grande réussite était d’avoir réussi à instaurer psychologie et profondeur aux différents protagonistes du film. Il est vrai qu’il y a plus de choses à montrer dans un sous-marin que dans un char et que le film était à la fois plus lyrique et moins conceptuel.
A cette dimension romanesque, Lebanon tranche par son réalisme, son radicalisme mais, du coup, on sort un peu frustré du film puisqu’on n’apprendra pas grand-chose du contexte historique du film (ce qu’arrivait à faire Valse avec Bachir et Le Bateau).
Mais l’enjeu du film est à ce prix, ressentir, craindre, s’immerger totalement : la guerre est toujours ignoble, douloureuse, souvent absurde et anéantit durablement tous ceux qui l’ont vécue.  






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Commentaires
De : Cuauhtli

J'ai été très impressionnée par ce film . Certes, on n'évite pas les cas de figure obligés (l'âne agonisant, la femme -très belle- dénudée symboliquement et dont on a tué l'enfant, les paisibles joueurs d'échecs interrompus par la mort dans leur partie, etc.), mais le point de vue par la lunette du tank reste d'une grande force, et la dénonciation de la guerre diablement efficace du fait que chaque vision que l'on en a constitue une image dans l'image, et sa source de lumière principale, ce qui focalise obligatoirement le regard dessus. Les relations des 4 jeunes enfermés là-dedans sont vraiment incarnées, avec une assez grande économie de moyens, je pense notamment au long récit nostalgique de l'un d'entre eux, jolie intrusion de la vie dans ce film qui montre des morts diverses...

Pour le contexte historique, c'est vrai, cela reste en revanche assez obscur. L'épisode avec le phalangiste chrétien (assez répugnant physiquement, contrairement à tous les autres qui sont hirsutes, sales, suants, mais beaux ;-), y compris le prisonnier syrien) m'a un peu dérangée, car dans ce film, il est le seul salaud, tous les autres restant capables de gestes de compassion et d'humanité, et se montrant violents, hélas, surtout par peur et par nécessité... Il y avait déjà ce même point de vue dans "Valse avec Bachir". Cela dit, cela correspond peut-être à une réalité? Mais n'est-ce pas un peu systématique, et une manière de dédouaner -un peu-? l'armée israélienne? Je ne sais pas.

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