Cette année, James Bond fête ses cinquante années d’existence sur grand écran. L’agent secret le plus célèbre du monde en est désormais à sa vingt-troisième aventure cinématographique et, cette fois, le choix du réalisateur s’est porté sur Sam Mendes (Les Sentiers de la Perdition, Les Noces rebelles…). Afin de marquer le coup, le metteur en scène et ses scénaristes ont choisi de coller au plus près des personnages et des ambiances décrits dans les romans de Ian Fleming, assurant ainsi une fidélité d’esprit perdue depuis longtemps tout en permettant à Mendes d’y apposer sa patte personnelle. En effet, ce réalisateur anglais a pour habitude de creuser ses personnages pour en extraire leur humanité jusque dans leurs facettes les moins glorieuses et les rapports entre eux sont toujours compliqués et douloureux, voire souvent malsains.
Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents secrets sont exposés dans le monde entier. Les capacités de M sont remises en cause par ses supérieurs et sa seule solution est de s’en remettre à James Bond pour arriver à bout des mystérieux desseins de Silva qui planent autant sur M que sur le MI6…
Daniel Craig
D’un esthétisme très sobre, Skyfall n’a rien de l’aspect parfois "publicité de luxe" des aventures de l’agent secret de ces dernières années. L’action n’y est plus omniprésente (le réalisateur impressionne toutefois avec le pré-générique de huit minutes qui aurait demandé un mois et demi de tournage) et l’accent est mis sur les personnages, en particulier les relations entre M (Judi Dench) et Bond (toujours incarné par Daniel Craig pour l’instant). Alternant relations mère-fils et supérieure hiérarchique-employé, Mendes explore leurs failles et leurs forces, donnant enfin à M l’humanité qui lui faisait défaut jusque-là. Dans le pré-générique, c’est elle qui commet une grave erreur de jugement en ordonnant à l’un de ses agents de tirer sur le criminel que Bond est en voie de capturer. Et c’est 007 qui prend la balle à la place, l’envoyant par-dessus un pont vers une mort certaine. Pour expier sa faute, M va ensuite lui apporter un soutien allant bien au-delà de la conscience professionnelle, risquant pourtant de mener le MI6 à sa perte.
Judi Dench
Skyfall est un retour aux sources à d’autres niveaux encore, illustré par l’arrivée d’un nouveau Q, incarné par le tout jeune Ben Whishaw (Le Parfum, histoire d’un meurtrier). Les précédents épisodes nous avaient habitués à des gadgets plus élaborés les uns que les autres, flirtant parfois avec l’improbable. Cette fois, 007 doit, en gros, s’en sortir tout seul grâce à son intellect et ses propres mains. Ses seules armes sont un pistolet adapté à l’empreinte de sa paume et une radio miniature. Autant dire, pas grand-chose. Le film met en évidence constante le progrès versus le statu quo, la jeunesse versus la vieillesse. Les deux générations ont de nombreuses choses à apporter l’une à l’autre et aucune n’en sort vainqueur. Il est question d’adaptation, de choix et de confiance et, à ce titre, Bond et Q créent un rapport entre eux jamais vu jusque-là et qui laisse la voie ouverte à davantage de participation.
Javier Bardem
Une autre chose qui surprend dans cet épisode est l’absence réelle de "Bond girls". Certes, quelques jolies créatures y promènent leurs jolies frimousses telle Naomie Harris (en agent secret) et Bérénice Marlohe en petite amie de l’antagoniste, Silva (incarné par un Javier Bardem toujours excellent mais inexplicablement grimé en blond). Bond ne passe plus son temps à tomber ces dames – c’est même lui, l’espace d’une scène de rasage à l’ancienne superbe et très érotique, qui se laisse mener par le bout du nez. L’illustre Bond perd vraiment de sa superbe et n’a plus rien du "super héros". Il est dépendant des autres, physiquement vulnérable et de caractère triste, torturé, hanté par un passé qu’il devra affronter dans la deuxième partie du film.
Bérénice Marlohe
Skyfall s’éloignerait presque de l’univers purement d’espionnage pour se situer quelque part entre le film d’action, le drame humain et le survival, le tout enrobé d’une mise en scène classieuse où Mendes se permet quelques prouesses visuelles à tomber par terre, comme cette scène de baston en silhouettes noires sur fond de Shanghaï illuminé par un jeu de néons. Bien que Mendes puisse d’emblée sembler un choix curieux pour un James Bond, il s’avère au final le réalisateur qui manquait à la saga pour lui injecter du neuf tout en respectant le passé. Les scènes d’action sont exécutées avec précision et lisibilité – à l’ancienne, pourrait-on dire – et l’aspect nouveau est la présentation de personnages tels que rarement vus auparavant. Il en résulte un film très sombre et atypique de par l’identité de Mendes, qui réalise là l’un des meilleurs épisodes de la saga, tout simplement.
Commentaires
De : Kevin Collette
Aurait p-ê gagné à être un poil plus court , en élaguant deci delà .
Et p-ê en ré-insérant certaines séquences coupées ( vivement les bonus du Blu-Ray , tiens ) - notamment celles consacrées au personnage de Séverine qui ici fait vraiment juste ' poule de luxe ' sans grande substance ( à la manière de Miss Anders dans le lointain TMWTGG de 74' ) , malgré le très bon jeu de Bérénice Marlohe ...