Sorties DVD Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-03-01
Et si la grande différence entre le cinéma X depuis, disons, les années 80 et celui de la décennie précédente (années où il a commencé à se constituer en véritable industrie) était la perte de son "innocence" ? On ne parle pas ici des conséquences de l’apparition du sida et des ravages qu’il a vite causés dans un milieu par essence à risques (même si le spectre de la maladie a fatalement changé pas mal de choses). Non, on veut plutôt parler de l’enthousiasme un peu naïf de ceux qui devaient inventer un genre cinématographique qui n’existait pas autrement que sous la forme de quelques métrages courts échangés sous le manteau (et alimentant les légendes du Hollywood babylonien, de Kenneth Anger à James Ellroy).
Par définition, le porno des 70’s était, sinon réellement "inventé", en tout cas codifié par des gens qui n’en avaient jamais vu avant d’en faire. Même à la fin de cette décennie (à l’époque où a été tourné Coed Fever, qui nous intéresse aujourd’hui), à moins d’avoir baigné ado dans le milieu du fait de son ascendance familiale ou d’avoir soudoyé quelques laxistes caissières de cinéma, il n’y avait guère de moyen de voir du X avant d’être en âge d’en tourner.
Aujourd’hui, on n’imagine pas qu’un(e) comédien(ne) X se pointe sur un plateau avant d’en avoir déjà plus ou moins copieusement consommé, même avant l’âge légal (ce qui constitue, c’est le cas de le dire, un jeu d’enfant).
Attention, il ne s’agit pas ici de préparer le terrain à une croisade boutino-villiériste sur l’air du "nos chers enfants pervertis par la pornographie". Aucun rapport avec le sujet et puis, d’ailleurs, on est bien en peine d’avoir un avis tranché sur l’âge à partir duquel il est convenable qu’un ado puisse être confronté à la représentation de scènes de sexe non simulées (le bon sens nous commanderait de dire "celui auquel il est susceptible de pratiquer lui-même l’acte en question", mais le bon sens et la législation, hein…).
Non, le propos est de dire que le cinéma pornographique, aujourd’hui, ne peut être, ontologiquement, que maniériste et post-moderne, rejoignant d’ailleurs ainsi tous les autres genres cinématographiques avec quelques décennies de retard, et accédant lui-même ainsi au rang de genre en tant que tel.
Et il est donc historiquement passionnant de pouvoir se plonger, grâce à Wild Side, dans une époque où il en allait autrement, où beaucoup restait encore à inventer. Pour constater que, hélas, l’imagination n’était pas pour autant souvent au pouvoir…
Ainsi donc ce Coed Fever, qui surfe avec une bonne humeur badine et plutôt sympathique sur la mode des college movies américains dévergondés, avec le American College de John Landis en idéal type. On sait que Landis a toujours été un érotomane déclaré mais un film comme Coed Fever va évidemment bien plus loin. Pré-générique : une scène (assez marrante) de fellation (mettant en scène deux personnages qu’on ne reverra jamais dans le film !). Deuxième scène : un coït moite dans les cuisines du campus. Tout ça sans le début de la queue d’une intrigue. Fichtre, du gonzo avant l’heure ?
Fausse piste : le film est d’abord une comédie, parodie X d’un genre lui-même déjà proche de la parodie. Autant dire que personne ne se donne la peine de croire à l’intrigue, tellement lâche qu’on a du mal à la résumer, et ça fixe évidemment très vite les limites du film. Mal écrit (mais écrit quand même), le film n’est pas sauvé par ses comédiens, au jeu très approximatif et volontairement (?) outré. Il est clair que la finesse de jeu n’est pas non plus ce qu’on leur demande…
Majoritairement potache, Coed Fever s’offre néanmoins, aux deux tiers du film, une séquence gentiment SM assez longue. Rupture de ton étonnante et intéressante parce qu’elle marque la première scène dénudée d’une des vedettes du film, Annette Haven, dont la beauté (un petit côté Jennifer O’Neill dans le visage) justifie que Wild Side ait, un peu abusivement, basé la promo du film sur elle (cf. la jaquette, avec une photo qui n’est pas extraite du film, hélas…). C’est dire qu’on est donc loin du gonzo, avec au contraire une forte proportion de scènes de comédie habillées. A tel point qu’une comédienne comme Juliet Anderson n’a aucune scène de sexe à jouer. A vrai dire, on le regrette plutôt, car ce sont encore les scènes X les plus intéressantes.
Notamment parce que l’époque était évidemment aussi celle des corps naturels, "plastic surgery free". Même si certains corps féminins du X sont aujourd’hui plastiquement superbes, rien ne vaudra à nouveau l’émotion de celui d’une Brooke West, par exemple, dont on regrette qu’elle n’ait qu’une courte scène pour se mettre en valeur.
N’oublions pas pour autant ces messieurs et l’un des mérites historiques de Coed Fever est aussi de nous proposer ce truc inouï : un Ron Jeremy presque mince !
La copie du DVD est de très bonne qualité. Les bonus sont peu nombreux mais très intéressants, qui illustrent parfaitement cette idée d’"innocence" évoquée précédemment, via les témoignages pleins d’humour de Juliet Anderson (qui a connu un étonnant destin !) et de Mike Horner, véritable pilier (poutre maîtresse ?) du X américain des trente dernières années (pas très loin de 1 000 "films" répertoriés au compteur !), qui faisait quasiment ses (discrets) débuts dans Coed Fever.
PS : A noter qu’il existait quelques passerelles entre X et tradi dans ces années-là. En témoigne l’étrange itinéraire du réalisateur du film, Gary Graver, qui, parallèlement à son intense activité de réalisateur porno sous son pseudo Robert McCallum, fut aussi le chef opérateur des dernières années d’Orson Welles, notamment sur Filming Othello ! Quant à la belle Annette Haven, elle fut un temps sérieusement pressentie par DePalma pour tenir le rôle finalement dévolu à Melanie Griffith dans son Body Double…
Une petite présentation du film par Christophe Lemaire. La vidéo n'est réservée 1) qu'aux titulaires d'un compte YouTube, 2) aux majeurs. On se demande bien pourquoi, vu qu'elle n'est agrémentée d'aucune image. Ou alors est-ce le seul mot "clitoris" qui déclenche ce genre de censure ?...
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