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Richard Kelly - The Box (Blu-Ray)

Sorties DVD
Posté par Olivier Rossignot le 2010-03-17



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Nous ne nous attarderons pas à nouveau sur l'excellent film de Richard Kelly qui nous avait enthousiasmé et dont la critique est disponible ici. Le support blu-ray permet à la photo de Steven Poster - qui avait déjà signé celle de Southland Tales et Donnie Darko - de réaffirmer toute sa rigueur et ses nuances et en particulier à travers un remarquable travail sur la couleur, parvenant à récupérer la même la texture délavée, que celle du cinéma des années 70, telle celle d’un Sisters. En cela l'approche « historique » de Richard Kelly et son souci de nous faire voyager dans le temps avec le plus d’authenticité possible rappelle incontestablement celle de David Fincher sur Zodiac. Le transfert est donc absolument irréprochable, et le dts subtil nous immerge à nouveau dans cette ambiance oppressante et bourdonnante ... vous savez, ce grondement sourd qui génère l'angoisse du spectateur à mesure qu'elle envahit les personnages.
Les bonus, bien que d'une durée plutôt courte constituent une belle prolongation de la vision du film, et viennent le plus souvent confirmer nos intutions, à commencer par le commentaire audio extrêmement pertinant de Kelly lui-même, jamais avare d’explications, intégrant définitivement The Box au sein d'une forme de fantastique existentiel, entremêlant références cinéphiles références cinéphiles – avec un incommensurable amour pour le genre - et obsessions philosophiques.
Dans un entretien accordé à l'équipe de Wild Side à l'occasion de la sortie salles du film, Kelly revient sur ce qui l’a passionné dans la nouvelle de Matheson. Il explique la genèse du film, comment quelques pages ont pu donner naissance à un long métrage de deux heures, en particulier grâce au choix d’ajouter sans hésiter l'élément surnaturel qui n'existait pas dans Button, button, mais qui donnait au film une épaisseur supplémentaire, une cohérence, lui fournissant à la fois une matière spirituelle et l’occasion de combler les trous laissés par la short story - basée sur la rapidité du twist et la précipitation des événements. Pour Kelly, l'intérêt principal de The Box avant même d'être surnaturel ou reflexif réside dans l'attachement porté à ses personnages, dans le destin d'un couple comme les autres mis face à face avec l'inconnu et des dilemmes qu'ils n'avaient jamais eus. A ce titre, il insiste sur le fait qu'il tenait à choisir une famille moralement exemplaire afin d’engendrer notre propre identification, face à de tels choix dans une telle situation. De plus il est intéressant de le voir évoquer le personnage incarné par Cameron Diaz, ce qui permet définitivement de répondre à ses détracteurs l’accusant de misogynie : dans sa propension à influencer sa femme et l'entrainer à agir tout en se dédouanant des conséquences de la faute, Kelly considère le mari comme peut-être encore plus responsable car plus lâche. Bref, la complexité du thème central de The Box ne peut se résumer à une unique réponse. Lorsqu'il aborde les proximités frappantes entre la "boite" de Matheson et ses conséquences sur le fonctionnement familial, et la pièce dans laquelle les personnages de Huis clos, Kelly évoque la philosophie existentialiste très brièvement et nous aurions aimé le voir développer un peu plus sur le sujet tant The Box nous paraît porté par la vision pessimiste de la condition humaine chère à Sartre.

 
Le deuxième document qu'on aurait pourtant pu craindre purement promotionnel, nous apporte une série de clés autobiographiques dont nous n’aurions jamais soupçonné l’importance. Grâce aux entretiens avec les parents de Richard Kelly nous apprenons, outre le fait que son père travaillait à la Nasa sur les caméras viking et que sa mère était professeur, que cette dernière subit un accident similaire à celui de Norma, qu’elle se vit amputée de plusieurs doigts de pied avant que son père ne lui construire une prothèse ... Les traumas et les émotions familiales nourrissent donc l'oeuvre fictionnelle de Richard Kelly de façon presque vampirique et ajoutent à The Box cette connotation intime si singulière. The Box apparaît alors comme la parfaite mise en abime de l’imaginaire lui-même et de sa capacité à évoquer le réel par son irréalité même. En plongeant des personnages existants dans un univers fantastique, il introduit une situation extraordinaire au sein de vies ordinaires et trouve le point d'intersection – voire de fusion - entre le surnaturel et la réalité humaine avec une limpidité confondante. Plonger ses parents de l'autre côté du miroir permet d'autant plus à Kelly de se confronter à travers le fantastique à l'homme et aux dilemmes de sa condition.
C'est avec un vrai plaisir - bien qu'un peu court, l'entretien ne durant que 5 minutes - que l'on découvre parmi les bonus rien de moins qu'un entretien avec Richard Matheson lui même, maintenant octogénaire d'une douceur exemplaire. L'un des plus grands écrivains fantastiques du XXe siècle se révèle d'une simplicité confondante et avoue n'avoir écrit que pour nourrir ses quatre enfants. S’il ne connut jamais connu de crise d'inspiration c’est que l’écriture fut toujours pour lui un gagne pain. Il s'étonne d'avoir tant d'admirateurs qui lui demandent des autographes, lui même ne s'étant jamais "pris au sérieux" et rappelle avec le sourire, que l’argument de Button, Button lui a été inspiré par sa femme qui à l'époque suivait des études de psychologie, ses professeurs étant spécialistes des questions philosophiques lancées à travers des phrases laconiques... Matheson trouva donc que le débat - "et si vous pouviez avoir 50 000 dollars et que quelqu'un mourait, accepteriez-vous ?" - serait un bon point de départ pour une histoire. Pour tout admirateur de Matheson, voir s'exprimer cet homme fascinant dans sa sagesse et son naturel, même quelques minutes sur son oeuvre, suscite une réelle émotion, sa modestie se révélant proportionnelle à la puissance de son œuvre. A 83 ans, il continue d'écrire et avoue que son dernier roman est peut-être son préféré … avec Quelque part dans le temps.
Enfin, pour les amateurs, s'ajoutent trois petites évocations succinctes des effets spéciaux CGI du film, sans grand intérêt. De fausses archives non incluses au montage final ajoutent à notre trouble face à cette re-création du réel, fusion du cadre historique et de l'intrigue surnaturelle magnifiquement orchestrée par Richard Kelly.



The Box (USA, 2009) de Richard Kelly avec Cameron Diaz, James Marsden, Frank Langella,
Blu-Ray édité par Wild Side


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Commentaires
De : Singet

J'ai revu Alien récemment. C'est fou à quel point la vision sartrienne de l'existence m'y paraît plus intelligente que dans The Box.

De : Infernalia

Ben oui, mais comme tu n'as pas aimé le film de Kelly, c'est normal :-) The Box me touche personnellement plus qu'Alien.

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