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Richard Kelly - "Southland Tales" (dvd)

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Posté par gee wee le 2009-04-04



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Ovni bizarre aux allures de tract apocalyptique, Southland Tales nous apparaît dès ses premières minutes comme un funambule hésitant à tomber soit du côté du chef-d'oeuvre dickien soit de celui de la supercherie adolescente. A nous spectateur de décider, s'il tombe, déjà, de quel côté, et si les rebonds qu'il ferait sur le filet ne le font pas passer de l'un à l'autre dans une impression générale plutôt indébrouillable. Reste qu'elle n'est pas désagréable, cette impression, bien au contraire!, elle vient un peu extirper le film de la nécessité de le positionner sur l'axe mauvais-bon, tout simplement parce que ce n'est pas en ces termes que l'objet éclaté, bizarre, psychique qu'est Southland Tales doit être pensé, évalué. Il mérite amplement qu'on s'y attarde, qu'on y repense, qu'on le revoie...




L'ombre de Philip K. Dick est très prégnante sur le film. Ce dernier cultive en effet un certain mystère psychédélique et mystique, une atmosphère criptyque, des personnages aux objectifs abscons, les intrigues politiques et de manipulation, un monde menaçant d'imploser, et cette coexistence de lucidité et d'opacité - comme si la compréhension d'un monde de plus en plus complexe dépendait de fenêtres très précises, incarnées en personnages ou en personnages agissant, soit cyniques soit innocents.
Il y a plein d'histoires en réalité dans le film. La troisième Guerre Mondiale a éclaté 3 ans plus tôt (le 4 juillet...), le gouvernement américain développe une technologie de surveillance USIDent, et c'est un savant lynchien qui contrôle l'énergie mondiale avec son "fluide karma" qu'il produit à partir du reflux des marées. Des néo-marxistes tentent de faire chanter le gouverneur de californie tandis qu'une star du porno (excellente Sarah Michelle Gellar) et un acteur bodybuldé (excellent Dwayne Johnson) amnésique car de retour d'un voyage dans le temps présentent le scénario de leur film apocalyptique et prédictif qui se superpose étrangement à leur vie. Tout cela est observé par le soldat sentinelle Pilot Abilene posté en mer avec un gros canon et se shootant au fluide karma, subi par Roland et Ronald (excellent Seann William Scott d'American Pie), jumeaux d'un voyage dans le temps pouvant plier l'espace-temps sur lui-même en se serrant la main. Le tout enfin est rythmé par des écrans de télé futuristes et en même temps très modernes où coexistent de multiples informations, des pubs, des clips, et surtout de la news, du journalisme, de l'info. en continu.
Chaos d'images, chaos de personnages. Si Southland Tales a une apparence de film choral, il n'en est pas nécessairement un. Au principe des rencontres, des hasards heureux ou malheureux, Richard Kelly oppose celui de la collision, souvent brutale et d'une sorte de déterminisme implacable où les personnages sont des entités prises dans un réseau et guidés comme des cerfs-volants par autant de fils qui les relient au monde réel.




Il y a un talent certain de Richard Kelly pour la direction d'acteurs et la mise en scène. Avec un tel casting (un catcheur, buffy et un ado pubère) et un tel scénario tarabiscotté, il fallait s'en sortir, et le film est admirable de cohésion. Rien ne sonne faux, mal assuré. Le tout illogique qu'il nous donne à voir paraît être doté d'une logique propre (là se pose la question de la supercherie ou non, et engage par sa réponse le spectateur dans toute sa subjectivité) - renforcée de plus par l'esthétique très télé et ses images virtuelles grossières, son grain et sa photo peu flatteurs qui nous plonge finalement dans un univers très concret, très immédiat, proche d'une sorte de reportage ? Heureusement le montage et les mouvements de caméra restent dans la sphère cinématographique, ce qui constitue un bon équilibre global qui évite le vulgaire du reportage singé.
Vulgaire évité au niveau des personnages également, où domine une relative sobriété dans le jeu des acteurs, en tout cas l'absence de démonstration ou de didactique. Kelly favorise le mystère et l'inconscient au limpide et à l'intention. Principalement les personnages de Dwayne Johnson et Seann Scott ont ce côté très dickien, des personnages marginaux qui ont un don de clairvoyance (mais impossible à communiquer) et au-delà de toute chose matériel ou sociale sont préoccupés par la perception décalée qu'ils entretiennent à la réalité dans laquelle ils évoluent. Des personnages en quête d'identité ou de vérité, toujours liés aux grandes équations mystiques qui pétrissent l'univers.
Cette finesse est bien perçue et bien rendue par Kelly, cette façon de suggérer un tout par ses parties, l'imminence de l'apocalypse par les personnages singuliers qui y prennent part.




Il y a peut-être un léger ventre mou vers les deux-tiers du film, mais léger, et ça serait tout à redire de Southland Tales, un film vivifiant, à l'humour décapant et innattendu, aux images au vitriol, à la douce incompréhensibilité. En tous les cas un OVNI à se procurer expréssément, d'autant que la France a été privée de sortie (mal accueilli à Cannes en 2006, obligé de le remonter, sortie aux USA et Angleterre en 2007). Les bonus sont pas mal, surtout le commentaire audio mais à écouter après les six visionnages règlementaires du film.
Richard Kelly, après son Donnie Darko halluciné, apparaît avec Southland Tales comme un mec complètement à part, capable d'assumer un cinéma complexe et fouillé, dense, en marge de la production globale (se loverait-il dans l'idée d'une mise en abîme de ses personnages visionnaires?) et déployant quelque chose d'assez révolutionnaire (dans l'ancien sens du mot, pas au sens de "une technique révolutionnaire") contre le divertissement, contre la consommation. Achetez-le!!!


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Commentaires
De : SysTooL

Curieux qu'il ait été ainsi boudé dans les salles européennes... mais je vais prendre le temps de le voir, car j'ai apprécié DONNIE DARKO - même si je ne le considère pas aussi "culte" que certains!

Par contre, le cast ne donne vraiment pas envie, mais je suis persuadé que Kelly est capable de transcender ses acteurs ;-)

SysTooL

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